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La Roue du Diable [Première partie]

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  • Semeur d’échos

La Roue du Diable

 

Première partie

1901.jpg

Photographie personnelle

 

C’est dans un joyeux concert de klaxons que la voiture des jeunes mariés s’éloigna, après la cérémonie du mariage et la réception qui avait suivi. Tom perdait là son meilleur ami, le compagnon de toutes ses sorties nocturnes et le très agréable complice des aventures risquées. Philippe Legent devait désormais se consacrer à sa jeune épouse et à ses obligations maritales. Finie, la vie de garçon ! Tom sourit tout seul dans le noir. En riant de lui-même, il descendit la rue Jean-Louis Herzog puis l’avenue Alfred Lemire. Il devait à présent penser à rentrer chez lui. La fête était finie.

À dire vrai, il n’en avait guère envie. Dans cette merveilleuse nuit de début juillet, les étoiles brillaient généreusement et le jeune homme ressentait encore un peu les effets du punch délicieux préparé par le père de la mariée. Quel bon moment il avait passé ! Il était seul à présent dans le dédale des rues de sa cité. Il rejoignit sans hâte le centre historique. Sous la lumière pâle de l’astre nocturne, les vieilles façades brillaient étrangement. On aurait dit des joyaux du passé, rivalisant de beauté.

Il fit une pause devant la très vieille demeure de Dame Martyne. Quel charme avait donc cette bâtisse ancienne ! Elle datait du Moyen Âge mais n’avait pas pris une ride. Soudain, Tom se figea. Un roulement, ou un grondement bizarre, se faisait entendre. Cela se rapprochait. De quoi s’agissait-il ? Dans la rue en pente, cela résonna subitement de façon très claire, comme de la mitraille. C’était tout près. Le jeune homme eut un sursaut de terreur. Il se colla à la façade juste en face de lui pour éviter ce qui se rapprochait à très vive allure dans la rue étroite, tel un boulet de canon.

Ce ne fut pas un boulet de canon, mais presque. Tournant la tête, le jeune homme eut le temps d’entrapercevoir à la lueur de la Lune ce qui se précipitait dans la rue : c’était une sorte de roue gigantesque qui dévalait la pente avec une ardeur quasi infernale. Quelle surprise ! Et quelle frayeur ! Tom s’éloigna un peu du mur salvateur et suivit l’objet des yeux. L’engin non identifié poursuivit sa course folle dans la ruelle en contrebas.

Lorsqu’elle fut arrivée en bas de la pente, Tom eut la surprise de voir que la roue tournait le virage, comme mue par une main invisible. S’il était resté dans le passage, Tom aurait été impitoyablement écrasé. Quelle horreur ! Puis le silence se fit. À nouveau, il n’y eut plus le moindre bruit dans le centre historique de la petite ville. Le jeune homme se secoua. Allons ! Il fallait échapper à la fascination morbide engendrée par cette machinerie du Diable. Tom rentra alors chez lui, non sans regarder de temps en temps derrière lui. Mais nul autre incident ne troubla son retour.

Arrivé dans son « home, sweet home », le jeune homme se fit une boisson chaude pour se réconforter. Non, il n’avait pas rêvé. Il avait bien échappé de peu à une collision mortelle avec une roue géante venue d’on ne sait où. Il finit par se calmer un peu et après une courte toilette, il gagna son lit. Il se jura bien avant de s’endormir, épuisé (il était déjà près de trois heures du matin), de tirer les choses au clair dès le lendemain.

Le réveil sonna bruyamment à sept heures. Allons, il fallait reprendre la routine du travail. La journée se déroula sans incident particulier pour Tom, employé à la Compagnie Générale des Eaux. Il s’arrangea pour sortir un peu plus tôt que d’habitude : il avait une enquête à mener. Le jeune homme fila directement dans le quartier ancien de sa ville. Tout était calme et paisible. Les anciens devisaient paisiblement avec leurs voisins sur le seuil de leurs maisons, aussi vieilles qu’eux-mêmes, .

Le jeune homme n’eut qu’à aborder le sujet de la fameuse roue lâchée en pleine nuit, il trouva vite des oreilles complaisantes pour l’écouter. Il se confia alors sans crainte, évoquant sa terreur, décrivant la mort à roulettes à laquelle il avait échappé de très peu. Les langues des personnes âgées se délièrent rapidement et sans se faire prier. Il y avait tant à dire sur cette maudite roue et sur son non moins maudit propriétaire, Monsieur Dumoncel.

 

(À suivre…)

Modifié par Alba

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