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Les Deux îles (Scène finale)

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Posté(e)

Scène finale – Selkirk, Stradling, le marin, l’aubergiste, des clients

Des clients commencent à entrer. Ils jettent un regard curieux sur Selkirk, Stradling, le marin et l’aubergiste installés à la même table mais ne disent rien et vont eux-mêmes s’installer un peu partout. Le silence reste toutefois assez pesant.

Selkirk : Pourquoi ? Pourquoi ? Deux fois pourquoi ?

 

Le marin : Parce que moi, je veux retrouver le M. Selkirk d’avant ! Vous aviez beau avoir votre caractère de cochon, vous étiez tout de même bon camarade et ça me manque !

 

L’aubergiste : Parce que, pour ma part, maintenant que j’ai toute l’histoire en tête, du moins si je puis me permettre plus de la chair vivante qu’un simple récit, je comprends le geste que vous avez eu à cause du choc que cela a dû provoquer en vous.

 

Stradling : Et pour ma part, parce que je me suis juré que plus jamais je n’abandonnerais un homme derrière moi. Beaucoup ont payé de leur mort mon orgueil et je me dois de réparer ce que j’ai fait. Vous pouvez y voir une autre forme d’orgueil, M. Selkirk, cela ne me dérange pas. Je connais vos compétences, je sais que vous ne manquerez pas de noter en moi ce… comment l’exprimerais-je ?, ce manque disons.

 

Selkirk (à Stradling) : Oui, je l’avais remarqué. Dès le début d’ailleurs, dès votre arrivée, dès que nous nous sommes croisés. Mais, en cet instant, je ne sais pas pourquoi mais c’est comme toutes mes facultés me tombaient du corps et de la tête, toutes, d’un coup sec !

 

Le marin : C’est votre caboche, M. Selkirk, c’est pour ça que c’est une bonne idée de la part du Capitaine de vous proposer ce retour sur votre île. Et j’espère bien en être aussi !

 

Stradling (au marin) : J’y comptais, mon brave, j’y comptais.

 

L’aubergiste (en se levant) : Je vous prie de m’excuser, Messieurs, mais le commerce me réclame. M. Selkirk, je suis à vous si besoin : ma proposition tient toujours.

 

Selkirk (le regardant pendant qu’il va voir les autres clients) : Merci, mon ami.

 

Le marin : Vous êtes un chic type, M. Selkirk. Si je m’y connais en regards, je m’y connais aussi en tons et je peux vous garantir que votre phrase, là, elle est bien belle.

 

Stradling : Je plussoie. Alexander, si je puis me permettre de vous appeler par votre prénom, je sens également en vous un changement. Et c’est ce changement que je suis venu chercher. Alors, répondez-nous : êtes-vous d’accord pour que nous retournions sur votre île ?

 

Selkirk : Mais pourquoi ? A quoi cela servirait-il ? Cette île, je la connais par cœur. Je me souviens encore de l’emplacement du premier rocher sur lequel je me suis affalé, après avoir tant et tans supplié. Et je ne vous parle pas des nombreux chemins que mes pas ont fabriqués d’eux-mêmes au sein de la forêt quand, après un an à peu près sur la plage, j’osais enfin m’aventurer dans ces ténèbres de soleil.

 

Stradling : C’est votre rhétorique qui recommence à parler, M. Selkirk, ou, si vous préférez, votre œil d’expert. Vous n’oubliez aucun détail, c’est votre force… mais aussi votre plus grande faiblesse. Revenir sur cette île, parlons simplement : ce n’est pas y revenir en vous y laissant seul à méditer encore une fois sur vous-même, c’est y revenir avec vous pour y réfléchir ensemble à ce que nous allons faire. Je dis bien : « ce que nous allons faire » car, hélas, personne ne peut réparer le passé !

 

Le marin : Revoir et revivre, M. Selkirk, c’est toujours la même question.

 

Selkirk : Ce serait donc pour… réparer ?

 

Stradling : Oui, puisque vous appréciez les termes techniques. Mais j’ajouterais un pronom si vous le permettez : vous réparer.

 

Selkirk : Mais je n’ai pas besoin que l’on me répare. Je suis en bonne santé, j’ai de l’aisance, j’ai une compagne qui doit d’ailleurs se demander ce que je fabrique depuis quelques jours avec ces provisions qui n’arrivent pas !

 

Stradling : C’est encore votre expertise qui parle, M. Selkirk. Ce besoin de contrôle, ce besoin de compter, ce besoin de comprendre… Si je puis me permettre un autre conseil, laissez donc l’analyse de côté et regardez votre vie avec un regard de vivant.

 

Selkirk : De vivant ?

 

Stradling : Oui.

 

Le marin : Je suis bien d’accord ! J’aimerais vous voir rire un bon coup ! Avec votre tête à réveiller un mort, vous donnez pas envie de pousser bien loin la discussion !

 

Selkirk (se saisissant d’un verre de lait de chèvre) : Mais je suis vivant ! J’aime ma ferme, j’aime mes chèvres, j’aime contempler la plage de l’horizon depuis mon fauteuil.

 

Stradling : « La plage de votre horizon » ? Je ne vous comprends pas.

 

Selkirk : C’est pourtant simple. Je m’installe, parfois des heures, et je regarde la plage. Vous savez bien, vous qui êtes marin, cette plage pleine d’herbes à faucher, cet horizon plein de champs à moissonner. C’est beau, cela me plaît, j’aime vivre.

 

Stradling et le marin se regardent un temps.

 

Stradling : Excusez-moi M. Selkirk mais je crois que notre discussion vous fait plus de mal que de bien. Je vous propose de reprendre cela plus tard, à tête reposée. Je suis déjà en tort de ne pas être parti ce matin avec mon navire, je peux bien être en tort d’être encore en retard d’un jour ou deux. Je mentirai à l’Amirauté… et cela nous permettra de rediscuter.

 

Une cloche de navire résonne. Personne ne l’entend sauf Selkirk qui réagit vivement.

 

Selkirk (se levant avec force) : Entendez-vous ? La cloche des Cinq Ports nous appelle !

 

Tout le monde regarde Selkirk avec des regards d’incompréhension. Stradling lance un regard en direction de l’aubergiste.

 

L’aubergiste : Je ne comprends pas ! C’est la première fois que je le vois dans un état pareil ! Et les habitués de mon commerce pourront le jurer !

 

Stradling (se levant et se mettant à la hauteur de Selkirk) : Alexander, qu’avez-vous ?

 

Selkirk : Moi, ce que j’ai ? Mais je vais bien, je vais même très bien ! La cloche sonne, c’est l’heure du départ ! Le navire est là, brillant sous le soleil, ses voiles gonflées sous le vent comme un bébé joufflu ! Le gouvernail est solide, je le sais car j’ai fait mon inspection avant le départ, hier au soir ! Tout est paré, mon Capitaine : nous sommes prêts pour le départ ! Il faut venir, mon Capitaine, il faut venir ! (Il saisit les mains de Stradling qui ne bouge pas.) Nous allons rater la marée, l’avez-vous oublié ? Vous venez vous-même de dire que vous alliez mentir à l’Amirauté mais ce n’est pas bien, mon Capitaine ! Si vous souhaitez que nous discutions, ce sera avec plaisir… mais sur le pont ! Partons, oui, partons ! Ô Mer, comme je t’ai attendue ! Je me suis toujours défini comme un fils de la terre mais tu m’as adopté, en bonne mère que tu es, protectrice pour tes petits même quand ils subissent une tempête ! Et si nous faisons naufrage, tes eaux nous emporteront sur la plus belle plage que je n’ai jamais vue ! Je l’ai tant contemplée, cette plage ! Je l’ai tant discuté, cet horizon ! « Du bateau ! Oh ! Du bateau ! » Telles étaient les paroles que j’ai plus d’une fois prononcées ! Il ne faut plus que je les prononce, elles me font mal : alors je pars. Tant pis si vous ne me suivez pas mais je pars ! Adieu, Thomas !

 

Stradling (tentant de le retenir) : Alexander…

 

Selkirk fait le tour des tables de la salle, essayant d’entraîner avec lui les autres clients. Certains ne disent rien, d’autres le repoussent. Il finit par sortir en courant. Le silence dure un peu après son départ.

 

L’aubergiste : Ce n’est sans doute pas le moment mais je crois que nous ne le reverrons pas.

 

Le marin : Mon Capitaine, si c’est pas trop indiscret, vous qui avez gardé contact avec nous autres, on est encore combien de 1704 ?

 

Stradling : Je dois vous avouer que je vous ai menti. Les contacts… n’existent plus. Nous ne sommes plus que deux… (en regardant la porte d’où est sorti Selkirk) mais je pensais trois.

 

Le marin (après un temps) : Vous savez mon Capitaine, y’a des gens, ils quittent jamais leur île.

Rideau

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Déjà la fin de la pièce ? Je m'interroge...

Cinq actes auraient été pleinement justifiés, du fait de la densité de l'intrigue et de l'importance de ses enjeux, notamment sur le plan psychologique.

Cela étant, voici un final de haute tenue et d'une grande profondeur. Les abysses des personnalités sont mises à jour, l'île lointaine devient symbole, l'aventure évoquée est en définitive celle de la vie.

Ce qui n'est pas rien !

( ͡~ ͜ʖ ͡° )

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