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Les Deux îles (III, 1)

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Posté(e)

Acte III

La scène représente la même auberge qu’à l’Acte I. C’est le début du jour, la salle est mieux éclairée mais les vitres crasseuses lui donnent cette fois un air de féérie. Selkirk se tient au comptoir quand Stradling rentre.

Scène 1 – Selkirk, Stradling

Stradling : M. Selkirk, bonjour à vous.

 

Selkirk : Capitaine Stradling, bonjour à vous également. La marée n’était donc pas bonne ? Quel dommage !

 

Stradling : Je ne vois pas l’aubergiste, pourtant son commerce est déjà ouvert…

 

Selkirk : Il est parti quelques instants, sachant qu’il n’y aurait pas beaucoup de clients en cette heure matinale et il m’a laissé. Lui sait faire confiance comme vous pouvez le constater.

 

Stradling (se dirigeant derrière le comptoir) : Si l’aubergiste vous fait confiance, il peut bien faire de même pour moi ! D’ailleurs nous n’avons rien cassé hier, il doit en être content, je suppose ! (Il se dirige vers la même table que lors de leur entretien de l’Acte I avec deux verres.) Je vois qu’il a laissé sur la table votre cruche de lait de chèvre et la bouteille de ce petit rhum de Floride que j’apprécie tant. Je vous propose de vous joindre à moi, M. Selkirk. (Sans attendre la réponse, il s’installe. Selkirk, après un temps, le rejoint et s’installe à son tour. Stradling remplit leurs verres.)

 

Selkirk : Votre ami le marin s’est montré très convaincant hier, après votre départ. Nous avons beaucoup discuté, lui et moi, je dirais même voyager si l’on peut dire.

 

Stradling : Cet homme, M. Selkirk, est en effet un ami. Cela ne m’étonne pas qu’il ait choisi de vous parler après notre entretien d’hier.

 

Selkirk : C’est que vous avez dû en créer des liens, lui et vous, pendant trois ans. Des liens de quelle nature, d’ailleurs ?

Stradling : Je vous saurais gré de m’épargner vos sarcasmes, M. Selkirk. La souffrance n’a rien de drôle et j’aurais pensé qu’un homme comme vous, après ce que vous avez subi… par ma faute (Stradling le regarde droit dans les yeux), aurait compris cela.

 

Selkirk (élevant la voix) : Et vous, quand avez-vous fini par comprendre ce que j’ai souffert ?

 

Stradling : Pour être tout à fait franc avec vous, c’est difficile à dire. Après vous avoir abandonné (de nouveau il regarde Selkirk droit dans les yeux), j’étais très content de moi, je dois l’avouer, ou plutôt de vous : quelle occasion m’aviez-vous offerte là de me débarrasser d’un fauteur de troubles !

 

Selkirk (en frappant la table de la main) : Un fauteur de troubles qui avait vu juste !

 

Stradling : Je ne nie pas le fait, je me contente de vous répondre en reprenant la chronologie. Je disais donc qu’après vous avoir abandonné, j’étais bien content, soulagé même. Lors du naufrage, je reconnais que je nous ai en même temps maudits, vous et moi. Mais c’est la captivité qui m’a ouvert les yeux. Ciel ! J’allais dire qu’elle m’avait libéré ! Quel jeu de mots cruel quand je pense à tous nos disparus…

 

Selkirk (élevant la voix) : Les vôtres ! Ne me mêlez pas à votre culpabilité !

 

Stradling : Mais, M. Selkirk, qui est coupable dans cette tragique histoire ? Moi bien entendu. Mais je pensais qu’avec le temps, vous auriez appris à pardonner, sinon à moi, je ne me fais plus aucune illusion là-dessus, du moins à l’équipage : l’équipage, M. Selkirk, est un et tout en même temps. Il s’appartient à lui-même tout comme il est un ensemble qui vit… et qui survit.

 

Selkirk (froidement) : Ou qui se tranche un membre !

 

Stradling : De ce que je peux constater, ce membre ne s’est pas noyé ou n’a pas croupi trois ans en prison. Par contre il est devenu autonome : un bras qui marche tout seul ou, pour reprendre un terme technique puisque vous les affectionnez tant, M. Selkirk, un bras qui a appris à se manipuler tout seul.

Selkirk (même ton) : Je ne vous permets pas.

 

Stradling : Et moi si.

 

Selkirk (se levant subitement) : Et moi je dis que non ! J’avais raison pour l’état du navire ! Et quand bien même ce dernier aurait résisté à la tempête, cela ne vous donnait pas le droit d’abandonner un homme sur une île déserte !

 

Stradling (le regardant droit dans les yeux depuis sa chaise) : Vous avez raison sur ces deux points, M. Selkirk. Je reconnais que votre expertise était bien supérieure à la mienne et que c’est avant tout mon orgueil de jeune capitaine qui m’a aveuglé comme je l’ai été. Je reconnais également que j’aurais pu prendre une autre décision que celle de vous suivre et de vous abandonner comme je l’ai fait. Je n’ai pas oublié vos suppliques quand le navire partait. Je m’en souviens très bien. Et croyez-le ou non, M. Selkirk, vos paroles me hantent comme me hantent les cris d’agonie de mes compagnons de cellule ! Aussi vais-je vous poser la question : que vous dire ? Oui, M. Selkirk, que vous dire ? Je ne peux pas remonter le temps mais nous pouvons le faire avancer, à nouveau, tous les deux, ensemble.

 

Selkirk (se rasseyant) : Me proposeriez-vous de reprendre la mer… sous votre commandement ? J’espère que c’est une plaisanterie.

 

Stradling : Absolument pas, M. Selkirk. Comme je vous l’ai dit, nous ne pouvons pas remonter le temps mais je peux choisir d’avancer avec vous tout comme vous pouvez choisir d’avancer avec moi. Je ne vous demande pas votre amitié, M. Selkirk. Je ne vous demande pas non plus votre pardon, je vous l’ai déjà dit.

 

Selkirk : Alors que demandez-vous, demandeur d’ordres ?

 

Stradling : Moi ? Rien. Vous vous méprenez sur votre analyse, M. Selkirk. Je ne viens rien demander, je viens chercher : ce n’est pas la même chose.

 

Selkirk : Alors que cherchez-vous, chercheur d’ordres ?

 

Stradling : Un nouveau voyage, M. Selkirk, au cours duquel nous ferions escale sur votre île.

A suivre.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

La confrontation entre des points de vue et des sensibilités opposés se poursuit, se prolonge et s'approfondit.

Les personnages en sortent grandis et surtout, la mise à nue des sensibilités est totale.

Le rebondissement annoncé (le voyage) renforce la tension dramatique et crée un nouvel enjeu théâtral. Le suspense est à son comble...

Voici une pièce bien menée, qui sait soutenir l'attention du lecteur/spectateur, bravo Nils !

Modifié par Alba

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