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L'heure bleue, shaker de mémoire

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

La mémoire est un bar désert à l’heure bleue,
derrière le comptoir, un shaker d’argent attend ;
ses cocktails sont impitoyables

il jette pêle-mêle un zeste de lumière de phare, une mesure d’odeur de soupe fumante, une éclaboussure de voix rauque …

il secoue avec une violence douce, et toujours, toujours, cette goutte d’amer essentielle qui monte à la surface, cette huile iridescente de regret qui ne se mêle pas tout à fait au reste. On boit le breuvage d’un trait : il brûle, il caresse, il empoisonne.

C’est peut-être pour cela que ma mère …

Les pluies de novembre ruissellent dans les regards perdus
delà la brume couleur d'ennui, une chanson d'amour
ose percer le rideau gris où tintent des grelots
dans le désert de vivre ardoise des jours :
elle surgit un bouquet de fleurs rouges à la main,
de ces fleurs qui ne fanent jamais,
dont on garde quelques pétales entre deux poèmes,
et elle déballe sur le bord du chemin
des envolées d’édredon, d’hivers joyeux …
Ils ont coupé les chênes ils étaient bien trop vieux
elle en ramène le parfum des veillées,
de la soupe fumante et des chiens sans collier ;
elle chante de sa voix rauque une chanson d'aïeule
qui savait la caresse rude et les mots doux,
des brassées de plantes à tisane et des glaïeuls …

Entre ses doigts, le sable coule à vive allure,
les étés n'ont pas toujours été si tendres,
même la mer s'est retirée, veuve éplorée,
dans son cadre d'écume.
Je me souviens du phare de nuits sans lune
qui faisait l'amour aux insomnies
avec le trident d'or de Neptune,
au nom d'un dieu, sacrifice d'une vie.

La mémoire est un shaker
et ses cocktails sont impitoyables :
un peu de sucre, beaucoup d'amer,
elle est parfois insupportable …
Peut-être est-ce pour cela que ma mère
était allée la perdre, delà le brouillard ?

Elle parlait du vent sur les collines

de celui qui caresse les mains gelées,

de la douleur assassine

du manque d'amour de l'ubac à l'adret.

C'est moi qui oublie la couleur de ses yeux

Les pluies de novembre ruissellent dans les regards perdus,
ô mémoire,
heure bleue…


(joailes -) 14 décembre 2025 - 23h 15

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un écrit très émouvant, hanté par une présence-absence tissée de douceur et de douleur...

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un cocktail Blue Lagoon au curaçao, doux-amer, rien de tel pour faire surgir de la mémoire tout le blues du temps passé et des êtres chers qui ne sont plus.

Posté(e)

L'image de la mère et le travail de deuil qui l'accompagne sont intelligemment rendus par l'image du bar et le barman, uniquement présenté par son outil de travail (le shaker), est un terrible juge.

Posté(e)
Il y a 18 heures, Joailes a écrit :

La mémoire est un bar désert à l’heure bleue,
derrière le comptoir, un shaker d’argent attend ;
ses cocktails sont impitoyables

il jette pêle-mêle un zeste de lumière de phare, une mesure d’odeur de soupe fumante, une éclaboussure de voix rauque …

il secoue avec une violence douce, et toujours, toujours, cette goutte d’amer essentielle qui monte à la surface, cette huile iridescente de regret qui ne se mêle pas tout à fait au reste. On boit le breuvage d’un trait : il brûle, il caresse, il empoisonne.

C’est peut-être pour cela que ma mère …

Les pluies de novembre ruissellent dans les regards perdus
delà la brume couleur d'ennui, une chanson d'amour
ose percer le rideau gris où tintent des grelots
dans le désert de vivre ardoise des jours :
elle surgit un bouquet de fleurs rouges à la main,
de ces fleurs qui ne fanent jamais,
dont on garde quelques pétales entre deux poèmes,
et elle déballe sur le bord du chemin
des envolées d’édredon, d’hivers joyeux …
Ils ont coupé les chênes ils étaient bien trop vieux
elle en ramène le parfum des veillées,
de la soupe fumante et des chiens sans collier ;
elle chante de sa voix rauque une chanson d'aïeule
qui savait la caresse rude et les mots doux,
des brassées de plantes à tisane et des glaïeuls …

Entre ses doigts, le sable coule à vive allure,
les étés n'ont pas toujours été si tendres,
même la mer s'est retirée, veuve éplorée,
dans son cadre d'écume.
Je me souviens du phare de nuits sans lune
qui faisait l'amour aux insomnies
avec le trident d'or de Neptune,
au nom d'un dieu, sacrifice d'une vie.

La mémoire est un shaker
et ses cocktails sont impitoyables :
un peu de sucre, beaucoup d'amer,
elle est parfois insupportable …
Peut-être est-ce pour cela que ma mère
était allée la perdre, delà le brouillard ?

Elle parlait du vent sur les collines

de celui qui caresse les mains gelées,

de la douleur assassine

du manque d'amour de l'ubac à l'adret.

C'est moi qui oublie la couleur de ses yeux

Les pluies de novembre ruissellent dans les regards perdus,
ô mémoire,
heure bleue…


(joailes -) 14 décembre 2025 - 23h 15

Mais si la mémoire se retire , ton imaginaire Joailes le recrée comme ici dans ce beau « conte à rebours » du temps 😉 l’impitoyable machine à oubli … un grand merci pour cet univers sensible, acide, lucide en fait 🙃

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une métaphore filée d'une belle originalité, @Joailes

Peut-être est-ce pour cela que ma mère
était allée la perdre, delà le brouillard ?

Elle parlait du vent sur les collines

de celui qui caresse les mains gelées,

de la douleur assassine

du manque d'amour de l'ubac à l'adret.

C'est moi qui oublie la couleur de ses yeux

Les pluies de novembre ruissellent dans les regards perdus,
ô mémoire,
heure bleue…

Un pont semble s''ériger entre vous deux. C'est beau et bouleversant....

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Très beau texte, à la portée profonde et saisissante. Ta vision de la mémoire sonne juste et s'incarne en de magnifiques métaphores, belles autant qu'efficaces. Qui a une mémoire se retrouve nécessairement dans ce cocktail qui fait du bleu à l'âme. Tu transcendes la forme au bénéfice du fond. C'est poignant. 💫

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Il y a bien des sortes de cocktails, mais le vôtre, à travers la mémoire de votre mère, fleure si bon le vent dans les collines de Provence !

Merci chère @Joailes

Posté(e)

Superbe ce "shaker de mémoire" en mode blues si poétique et si poignant !

J'ai tout particulièrement aimé l'introduction en prose poétique au vocabulaire généreux , en fines touches impressionnistes, pour planter très joliment le décor.

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Un grand merci à vous pour votre lecture et vos retours personnels !

@Alba @Jeep @Nâau @Nils Exo @Sophie @Thy Jeanin @Tarentaise et @Danivan

Posté(e)

Pas facile, et j'en sais quelque chose, de construire un souvenir vivant de ceux que nous avons perdus, afin de créer une sorte de continuité alors même que nous subissons une perte.

Une fois que le chagrin est moins intense, nous pouvons ouvrir une nouvelle voie, en racontant autour de nous la vie de nos parents disparus, en brossant leur portrait à destination de leurs petits-enfants , c'est cette phase qui est la mienne aujourd'hui. On fait vivre l'histoire familiale, et c'est une thérapie bienfaisante.

Ton texte chère @Joailes m'a beaucoup émue car j'y ai trouvé tant d'échos avec ma propre expérience.

Tes mots toujours choisis avec soin, les émotions que tu sais tisser avec pudeur et finesse, affection et sincérité, accompagnent de façon bouleversante cette évocation du deuil et de la mémoire 💙

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci beaucoup @Lina pour ton commentaire si chaleureux ! ❤️‍🔥

Posté(e)

La mémoire, dans ce texte, n'est pas un récit mais une liqueur trouble : elle brûle, elle éclaire, elle blesse. Dans ses remous surgit la mère, non pas en portrait, mais en parfum, en voix rauque, en gestes qui réchauffent encore les jours froids. On lit ce poème comme on entrouve une boîte de souvenirs : un peu de sucre, beaucoup d'ombre, et cette goutte d'amer qui ne dissout jamais. C'est un texte qui marche dans la pluie de novembre en tenant une braise fragile entre les mains. Magnifique!!

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