Poésie
183 poèmes dans cette catégorie
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Sur le vieux pont verdi de mousse, Et tout rongé de lichens roux, Deux amants parlaient à voix douce : Et c'était nous ! Lui, penché tendrement vers elle, Lui disait l'amour et la foi Qu'il portait en son cœur fidèle ; Et c'était moi ! Elle semblait, pâle, incertaine, Tremblante et pourtant sans effroi, Écouter une voix lointaine ; Et c'était toi ! Sur le vieux pont toujours le même, Deux amants ont pris rendez-vous : Il lui dit, elle croit, qu'il l'aime ; Ce n'e
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Partir avant le jour, à tâtons, sans voir goutte, Sans songer seulement à demander sa route ; Aller de chute en chute, et, se traînant ainsi, Faire un tiers du chemin jusqu'à près de midi ; Voir sur sa tête alors s'amasser les nuages, Dans un sable mouvant précipiter ses pas, Courir, en essuyant orages sur orages, Vers un but incertain où l'on n'arrive pas ; Détrempé vers le soir, chercher une retraite, Arriver haletant, se coucher, s'endormir : On appelle cela naître, vivre
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Ouvrez-moi cette porte où je frappe en pleurant La vie est variable aussi bien que l’Euripe Tu regardais un banc de nuages descendre Avec le paquebot orphelin vers les fièvres futures Et de tous ces regrets de tous ces repentirs Te souviens-tu Vagues poissons arques fleurs surmarines Une nuit c’était la mer Et les fleuves s’y répandaient Je m’en souviens je m’en souviens encore Un soir je descendis dans une auberge triste Auprès de Lu
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Si j’ai le droit de dire, en français aujourd’hui, Ma peine et mon espoir, ma colère et ma joie Si rien ne s’est voilé, définitivement, De notre rêve immense et de notre sagesse C’est que ces étrangers, comme on les nomme encore, Croyaient à la justice, ici-bas, et concrète, Ils avaient dans leur sang le sang de leurs semblables ces étrangers savaient quelle était leur patrie. La liberté d’un peuple Oriente tous les peuples Un innocent aux fers enchaîne tous les hommes et, qui ne se refuse
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Ravivant les langueurs nacrées De tes yeux battus et vainqueurs, En mèches de parfum lustrées Se courbent deux accroche-cœurs. A voir s'arrondir sur tes joues Leurs orbes tournés par tes doigts, On dirait les petites roues Du char de Mab fait d'une noix ; Ou l'arc de l'Amour dont les pointes, Pour une flèche à décocher, En cercle d'or se sont rejointes A la tempe du jeune archer. Pourtant un scrupule me trouble, Je n'ai qu'un cœur, alors pourquoi, Coquette, u
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Sonnez, sonnez haut sur la joue, Baisers de la franche amitié, Comme un fils de neuf ans qui joue, Petit tapageur sans pitié. Baiser du respect qui s'imprime À la porte du cœur humain, Comme avec l'aile d'une rime, Effleurez à peine la main ; Baiser d'affection armée, De la mère au cœur noble et fier Sur le front de la tête aimée, Vibrez mieux que le bruit du fer. Baiser d'affection aînée, Ou de mère, le jour des prix, Sur chaque tête couronnée Laissez-vous tombe
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La très-chère était nue, et, connaissant mon coeur, Elle n’avait gardé que ses bijoux sonores, Dont le riche attirail lui donnait l’air vainqueur Qu’ont dans leurs jours heureux les esclaves des Maures. Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur, Ce monde rayonnant de métal et de pierre Me ravit en extase, et j’aime à la fureur Les choses où le son se mêle à la lumière. Elle était donc couchée et se laissait aimer, Et du haut du divan elle souriait d’aise A mon amour profond et doux
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Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal Fatigués de porter leurs misères hautaines, De Palos de Moguer, routiers et capitaines Partaient, ivres d’un rêve héroïque et brutal. Ils allaient conquérir le fabuleux métal Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines, Et les vents alizés inclinaient leurs antennes Aux bords mystérieux du monde Occidental. Chaque soir, espérant des lendemains épiques, L'azur phosphorescent de la m
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Seigneur, quand froide est la prairie, Quand dans les hameaux abattus, Les longs angelus se sont tus... Sur la nature défleurie Faites s'abattre des grands cieux Les chers corbeaux délicieux. Armée étrange aux cris sévères, Les vents froids attaquent vos nids ! Vous, le long des fleuves jaunis, Sur les routes aux vieux calvaires, Sur les fossés et sur les trous Dispersez-vous, ralliez-vous ! Par milliers, sur les champs de France, Où dorment des morts d'avant-hier, Tournoyez, n'est-ce pas, l'h
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Murs, ville, Et port, Asile De mort, Mer grise Où brise La brise, Tout dort. Dans la plaine Naît un bruit. C'est l'haleine De la nuit. Elle brame Comme une âme Qu'une flamme Toujours suit ! La voix plus haute Semble un grelot. D'un nain qui saute C'est le galop. Il fuit, s'élance, Puis en cadence Sur un pied danse Au bout d'un flot. La rumeur approche. L'écho la redit. C'est comme la cloche D'un couvent maudit ; Comme un bruit de foule,
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Je r’passe tous les ans quasiment dans les mêmes parages Et tous les ans, j’trouve du changement de d’ssus mon passage À tous les coups, c’est pas l’même chien qui gueule à mes chausses Et pis voyons, si je m’souviens, voyons dans c’coin d’Beauce Y avait dans l’temps un bieau grand chemin Chemineau, chemineau, chemine ! A c’t’heure n’est pas pus grand qu’ma main Par où donc que j’cheminerai d’main ? En Beauce, vous les connaissez pas, pour que ren n’se parde,
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Des porcs, roses et gras, les mâles, les femelles, Remplissaient le verger de leurs grognements sourds, Et couraient par les champs, les fumiers et les cours, Dans le ballottement laiteux de leurs mamelles. Près du purin, barré des lames du soleil, Les pattes s'enfonçant en plein dans le gadoue, Ils reniflaient l'urine et fouillaient dans la boue, Et leur peau frémissait sous son lustre vermeil. Mais Novembre approchant, on les tuait. Leur ve
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N’écris pas. Je suis triste, et je voudrais m’éteindre. Les beaux étés sans toi, c’est la nuit sans flambeau. J’ai refermé mes bras qui ne peuvent t’atteindre, Et frapper à mon cœur, c’est frapper au tombeau. N’écris pas ! N’écris pas. N’apprenons qu’à mourir à nous-mêmes, Ne demande qu’à Dieu... qu’à toi, si je t’aimais ! Au fond de ton absence écouter que tu m’aimes, C’est entendre le ciel sans y monter jamais. N
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Je revenais du Louvre hier. J’avais parcouru les portiques Où le chœur des Vénus antiques Se range gracieux et fier. A ces marbres, divins fossiles, Délices de l’œil étonné, Je trouvais bon qu’il fût donné Des palais de rois pour asiles. Comme j’allais extasié, Vint à passer une pauvresse ; Son regard troubla mon ivresse Et m’emplit l’âme de pitié : - Ah ! m’écriai-je, qu’elle est pâle Et triste, et que ses traits sont beaux ! Sa jupe étroite est en lambeaux ; Elle croise avec soin son châle
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Lorsque l'enfant paraît, le cercle de famille Applaudit à grands cris. Son doux regard qui brille Fait briller tous les yeux, Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être, Se dérident soudain à voir l'enfant paraître, Innocent et joyeux. Soit que juin ait verdi mon seuil, ou que novembre Fasse autour d'un grand feu vacillant dans la chambre Les chaises se toucher, Quand l'enfant vient, la joie arrive et nous éclaire. On rit, on se récrie, on l'appelle, et sa mèr
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Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées ; Mon paletot aussi devenait idéal ; J'allais sous le ciel, Muse ! et j'étais ton féal ; Oh ! là ! là ! que d'amours splendides j'ai rêvées ! Mon unique culotte avait un large trou. - Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse. - Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou Et je les écoutais, assis au bord des routes, Ces bons soirs de septembre où je sent
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Marie, vous passez en taille, et en visage, En grâce, en ris, en yeux, en sein, et en téton, Votre moyenne sœur, d'autant que le bouton D'un rosier franc surpasse une rose sauvage. Je ne dis pas pourtant qu'un rosier de bocage Ne soit plaisant à l'œil, et qu'il ne sente bon ; Aussi je ne dis pas que votre sœur Thoinon Ne soit belle, mais quoi ? vous l'êtes davantage. Je sais bien qu'après vous elle a le premier prix De ce bourg, en beauté, et qu'on serait épris D'elle f
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Je veux peindre la France une mère affligée, Qui est entre ses bras de deux enfants chargée. Le plus fort, orgueilleux, empoigne les deux bouts Des tétins nourriciers ; puis, à force de coups D’ongles, de poings, de pieds, il brise le partage Dont nature donnait à son besson l’usage : Ce voleur acharné, cet Esaü malheureux, Fait dégât du doux lait qui doit nourrir les deux, Si que, pour arracher à son frère la vie, Il méprise la sienne et n’en a plus d’envie ; Lors son Jacob, pressé d’avoir jeûn
- Baroque
- Épique
- Poésie engagée
- Satire
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Gilbert, de votre cœur savez-vous ce qu’on pense ? Hypocrite, jaloux, cuirassé d’impudence, Vous ne l’ignorez pas, votre méchanceté Donna seule à vos vers quelque célébrité, Et l’oubli cacherait votre muse hardie, Si vous n’aviez médit de L’Encyclopédie. Encor si démasquant les prêtres, les dévots, Vous diffamiez leur dieu par d’utiles bons mots ; Peut-être on vous pourrait pardonner la satire : Lorsqu’on médit de Dieu, sans crime on peut médire. Mais toujours critiquer en vers pieux et froids,
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Mon cœur vous ajourne, Vieillesse, Par droit huissier de parlement, Devant Raison qui est maîtresse, Et juge de vrai jugement. Depuis que le gouvernement Avez eu de lui et de moi, Vous nous avez, par tyrannie, Mis sous le joug de Mélancolie Sans savoir la cause pourquoi. Auparavant nous tenait Jeunesse Et nourrissait si tendrement, En plaisir, confort et liesse Et tout joyeux divertissement ; Or vous faites tout autrement. Ce vous est honte, sur ma foi, Car en douleur et maladie Nous faites use
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Ne me console pas. Cela est inutile. Si mes rêves qui étaient ma seule fortune quittent mon seuil obscur où s’accroupit la brume je saurai me résoudre et saurai ne rien dire. Un jour, tout simplement (ne me console pas !) devant ma porte ensoleillée je m’étendrai. On dira aux enfants qu’il faut parler plus bas. Et, délaissé de ma tristesse, je mourrai.
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Nice, trop petite naguère, S'agrandit, libre de tout mur, Ni port marchand, ni port de guerre, Toute blanche au bord de l'azur. Nice a pour orgueil d'être blanche Dès que luit le soleil levant ; Les vaisseaux vont à Villefranche Qui veulent s'abriter du vent. Son quai nouveau n'est que la plage. Qu'importe un navire en danger ? Pourvu que dans son vert feuillage Blanchisse sa fleur d'oranger ; Pourvu que le brick de plaisance, Le brick élancé de mylord, Lui du moins, tienne avec aisance Dans
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Oh ! combien de marins, combien de capitaines Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines, Dans ce morne horizon se sont évanouis ! Combien ont disparu, dure et triste fortune ! Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune, Sous l'aveugle océan à jamais enfouis ! Combien de patrons morts avec leurs équipages ! L'ouragan de leur vie a pris toutes les pages Et d'un souffle il a tout dispersé sur les flots ! Nul ne saura leur fin dans l'abîme plongée. Chaque vague en p
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« Ô Metz, mon berceau fatidique, Metz, violée et plus pudique Et plus pucelle que jamais ! Ô ville où riait mon enfance, Ô citadelle sans défense Qu’un chef que la honte devance, Ô mère auguste que j’aimais. Du moins quelles nobles batailles, Quel sang pur pour les funérailles Non de ton honneur, Dieu merci ! Mais de ta vieille indépendance, Que de généreuse imprudence, A ta chute quel deuil intense, Ô Metz, dans ce pays transi ! Or donc, il serait des poètes Méconnaissant ces sombres fêtes Au