Poésie
183 poèmes dans cette catégorie
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Ah, Curnonsky, non plus que l’aube, N’était bien rigolo Il regardait le fil de l’eau. C’était avant les Taube. Et moi j’apercevais – pourtant Qu’on fût loin de Cythère – Un objet singulier. Mystère : C’est un éléphant. Notre maison étant tout proche, On le prit avec nous. Il mettait, pour chercher des sous Sa trompe dans ma poche. Hélas, rue-de-Villersexel, La porte était trop basse. On a beau dire que tout passe Non – ni le riche au Ciel.
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Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées, Des montagnes, des bois, des nuages, des mers, Par delà le soleil, par delà les éthers, Par delà les confins des sphères étoilées, Mon esprit, tu te meus avec agilité, Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l’onde, Tu sillonnes gaiement l’immensité profonde Avec une indicible et mâle volupté. Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides ; Va te purifier dans l’air supérieur, Et bois, comme une pure et divine l
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Dans Arles, où sont les Alyscamps, Quand l’ombre est rouge, sous les roses, Et clair le temps, Prends garde à la douceur des choses. Lorsque tu sens battre sans cause Ton cœur trop lourd ; Et que se taisent les colombes : Parle tout bas, si c’est d’amour, Au bord des tombes.
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Dans la forêt étrange c’est la nuit ; C’est comme un noir silence qui bruit ; Dans la forêt, ici blanche et là brune, En pleurs de lait filtre le clair de lune. Un vent d’été, qui souffle on ne sait d’où, Erre en rêvant comme une âme de fou, Et, sous des yeux d’étoile épanouie, La forêt chante avec un bruit de pluie. Parfois il vient des gémissements doux Des lointains bleus pleins d’oiseaux et de loups ; Il vient aussi des senteurs de repaires ; C’est l’heure froide où dorment les vipères,
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En toi je vis, où que tu sois absente : En moi je meurs, où que soye présent. Tant loin sois-tu, toujours tu es présente : Pour près que soye, encore suis-je absent. Et si nature outragée se sent De me voir vivre en toi trop plus qu'en moi : Le haut pouvoir qui, œuvrant sans émoi, Infuse l'âme en ce mien corps passible, La prévoyant sans son essence en soi, En toi l'étend comme en son plus possible.
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Dans le vent qui les tord les érables se plaignent, Et j'en sais un, là-bas, dont tous les rameaux saignent ! Il est dans la montagne, auprès d'un chêne vieux, Sur le bord d'un chemin sombre et silencieux. L'écarlate s'épand et le rubis s'écoule De sa large ramure au bruit frais d'eau qui coule. Il n'est qu'une blessure où, magnifiquement, Le rayon qui pénètre allume un flamboiement ! Le bel arbre ! On dirait que sa cime qui bouge A trempé dans les feux mourants du soleil rouge ! Sur le feu
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La nuit n’est jamais complète Il y a toujours puisque je le dis Puisque je l’affirme Au bout du chagrin une fenêtre ouverte Une fenêtre éclairée Il y a toujours un rêve qui veille Désir à combler faim à satisfaire Un cœur généreux Une main tendue une main ouverte Des yeux attentifs Une vie la vie à se partager.
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Quand je n’ai rien à faire, et qu’à peine un nuage Dans les champs bleus du ciel, flocon de laine, nage, J’aime à m’écouter vivre, et, libre de soucis, Loin des chemins poudreux, à demeurer assis Sur un moelleux tapis de fougère et de mousse, Au bord des bois touffus où la chaleur s’émousse. Là, pour tuer le temps, j’observe la fourmi Qui, pensant au retour de l’hiver ennemi, Pour son grenier dérobe un grain d’orge à la gerbe, Le puceron qui grimpe et se pend au brin d’herbe,
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Klop, Klip, Klop, Klop, Klip, Klop, Goutte à goutte égrenant son rythmique sanglot, Aux vasques du bassin où l'eau rêve immobile, Un jet d'eau trouble seul la grande Nuit tranquille. Quel silence ! On dirait que le monde assoupi Sur des flots de velours roule dans l'infini. Là-haut, criblant l'Espace à des milliards de lieues, Pèlerins ennuyés des Solitudes bleues, Enchevêtrant sans fin leurs orbes indolents, Sans soucis des martyrs qui grouillent sur leurs flancs, Les étoiles en chœur circulent
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Hérodiade La Nourrice N. Tu vis ! ou vois-je ici l’ombre d’une princesse ? À mes lèvres tes doigts et leurs bagues et cesse De marcher dans un âge ignoré... H. Reculez. Le blond torrent de mes cheveux immaculés, Quand il baigne mon corps solitaire le glace D’horreur, et mes cheveux que la lumière enlace Sont immortels. Ô femme, un baiser me tûrait Si la beauté n’était
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Voici d'anciens désirs qui passent, Encor des songes de lassés, Encor des rêves qui se lassent ; Voilà les jours d'espoir passés ! En qui faut-il fuir aujourd'hui ! Il n'y a plus d'étoile aucune : Mais de la glace sur l'ennui Et des linges bleus sous la lune. Encor des sanglots pris au piège ! Voyez les malades sans feu, Et les agneaux brouter la neige ; Ayez pitié de tout, mon Dieu ! Moi, j'attends un peu de réveil, Moi, j'attends que le s
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Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage, Ou comme cestuy-là qui conquit la toison, Et puis est retourné, plein d'usage et raison, Vivre entre ses parents le reste de son âge ! Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village Fumer la cheminée, et en quelle saison Reverrai-je le clos de ma pauvre maison, Qui m'est une province, et beaucoup davantage ? Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux, Que des palais Romains le front audacieux, Plus que le marbre dur me pl
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Je vais parfois revoir, tout seul, un petit coin Obscur du boulevard Montparnasse, témoin De mon premier amour pour une « fleurs et plumes » Aux cheveux d'or. C'est dans ce lieu que nous nous plûmes. Aussi me produit-il un effet singulier : Il me semble que mon âme est comme un clavier, Et que le doigt furtif du souvenir la frôle. Pareil au bruit du vent dans les feuilles d'un saule, Il s'en dégage un son lumineusement doux, — Une espèce de la bémol, qui serait roux.
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À Lucien Marcheix. Je porte des douleurs plus vieilles que moi-même, Mon cœur est encombré de chagrins hérités, Et je sens quelquefois mon front devenir blême De remords que je sais n'avoir pas mérités ; L'angoisse, les regrets, les tares, les faiblesses De ceux d'où nous sortons roulent à travers nous, Pour passer, augmentés de nos propres détresses, Par le cœur des enfants bercés sur nos genoux ; Un fleuve plus chargé de hontes et d'alarmes Descend en emportant dans ses érosions Des oppr
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Je suis aimé de la plus belle Qui soit vivant dessous les cieux : Encontre tous faux envieux Je la soutiendrai être telle. Si Cupidon doux et rebelle Avait débandé ses deux yeux, Pour voir son maintien gracieux, Je crois qu'amoureux serait d'elle. Vénus, la Déesse immortelle, Tu as fait mon cœur bien heureux, De l'avoir fait être amoureux D'une si noble Damoiselle.
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Je me propose, sans être ému, de déclamer à grande voix la strophe sérieuse et froide que vous allez entendre. Vous, faites attention à ce qu’elle contient, et gardez-vous de l’impression pénible qu’elle ne manquera pas de laisser, comme une flétrissure, dans vos imaginations troublées. Ne croyez pas que je sois sur le point de mourir, car je ne suis pas encore un squelette, et la vieillesse n’est pas collée à mon front. Écartons en conséquence toute idée de comparaison avec le cygne, au moment
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Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ; J'ai chaud extrême en endurant froidure : La vie m'est et trop molle et trop dure. J'ai grands ennuis entremêlés de joie. Tout à un coup je ris et je larmoie, Et en plaisir maint grief tourment j'endure ; Mon bien s'en va, et à jamais il dure ; Tout en un coup je sèche et je verdoie. Ainsi Amour inconstamment me mène ; Et, quand je pense avoir plus de douleur, Sans y penser je me trouve hors de peine. Puis, quand je crois ma jo
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Aujourd’hui dans tes bras j’ai demeuré pâmée, Aujourd’hui, cher Tirsis, ton amoureuse ardeur Triomphe impunément de toute ma pudeur, Et je cede aux transports dont mon âme est charmée. Ta flâme et ton respect m’ont enfin désarmée, Dans nos embrassemens je mets tout mon bonheur, Et je ne connois plus de vertu ni d’honneur, Puisque j’aime Tirsis, et que j’en suis aimée. Ô vous ! foibles esprits, qui ne connoissez pas Les plaisirs les plus doux que l’on goûte ici-bas, Appr
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Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers, Qui suivent, indolents compagnons de voyage, Le navire glissant sur les gouffres amers. A peine les ont-ils déposés sur les planches, Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux, Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches Comme des avirons traîner à coté d’eux. Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule! Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid!
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L'amour ! un mot encor, mais sublime et sauvage, Apre au cœur et si doux qu'on ne peut l'oublier, Et que sans cesse, ainsi que le flot au rivage, Qui s'en vit repoussé revient le supplier. O fléau tentateur au sûr et lent ravage, Faible à te laisser prendre et fort à nous lier, Lorsque, nous provoquant à te mettre en servage, Tu nous charmes avant de nous humilier ; Auteur des plus longs maux et des plus courtes joies, Qui, de la même main, nous sacres et nous broies Sans n
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C'est en vain qu'au Parnasse un téméraire auteur Pense de l'art des vers atteindre la hauteur. S'il ne sent point du Ciel l'influence secrète, Si son astre en naissant ne l'a formé poète, Dans son génie étroit il est toujours captif ; Pour lui Phébus est sourd, et Pégase est rétif. Ô vous donc qui, brûlant d'une ardeur périlleuse, Courez du bel esprit la carrière épineuse, N'allez pas sur des vers sans fruit vous consumer, Ni prendre pour génie un amour de rimer ; Craignez d
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À André Billy Le chapeau à la main il entra du pied droit Chez un tailleur très chic et fournisseur du roi Ce commerçant venait de couper quelques têtes De mannequins vêtus comme il faut qu’on se vête La foule en tous les sens remuait en mêlant Des ombres sans amour qui se traînaient par terre Et des mains vers le ciel plein de lacs de lumière S’envolaient quelquefois comme des oiseaux blancs Mon bateau partira demain pour l’Amérique Et je ne reviendrai jamais Avec l’argent gagné dans les pra
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Ma jeunesse ne fut qu’un ténébreux orage, Traversé çà et là par de brillants soleils ; Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage, Qu’il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils. Voilà que j’ai touché l’automne des idées, Et qu’il faut employer la pelle et les râteaux Pour rassembler à neuf les terres inondées, Où l’eau creuse des trous grands comme des tombeaux. Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve Trouveront dans ce sol lavé comme une grève Le mystique aliment qui fer
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Angantyr, dans sa fosse étendu, pâle et grave, À l’abri de la lune, à l’abri du soleil, L’épée entre les bras, dort son muet sommeil ; Car les aigles n’ont point mangé la chair du brave, Et la seule bruyère a bu son sang vermeil. Au faîte du cap noir sous qui la mer s’enfonce, La fille d’Angantyr que nul bras n’a vengé Et qui, dans le sol creux, gît d’un tertre chargé, Hervor, le sein meurtri par la pierre et la ronce, Trouble de ses clameurs le héros égorgé.