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L'immeuble fou

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Posté(e)
  • Semeur d’échos


Au premier étage, quelqu’un marche en rond depuis trois heures, c’est agaçant au possible ! La concierge qui vit au-dessous est en train de nettoyer ses dessus de meubles avant que Jacquet n’arrive, le fils de la veuve du troisième, qui prépare ses gâteaux à la crème pendant que son mari, rentré plus tôt du bureau, joue au tric-trac parce qu’il en a entendu parler à la radio, où l’on lisait un roman de Balzac en feuilleton. Au moment où Arthur, tout là-haut, qui vit comme un clodo, commence à boire, on entend les enfants du deuxième dans l’escalier monter les courses qu’ils ont dû faire après l’école. Leur père, divorcé, est alité aujourd’hui. Il va si mal qu’il n’a pas pu ouvrir sa porte aux policiers qui s’en sont retournés lui rédiger un courrier le sommant de se présenter au tribunal. C’est à ce moment peu précis que la concierge, Aude de son prénom, s’apprête à sonner au premier. Elle y renonce quand elle voit l’assistante médicale de sa vieille maman arriver sur le trottoir de ce côté de la rue. Elle se met à trembler. Mais l’aide médicale frappe, à la porte d’abord, et puis sur elle, lui présente une seringue gigantesque et lui déclare qu’il faut s’occuper illico de sa sexualité de vieille fille. Aude n’en croit pas ses oreilles ! Cette femme est devenue folle. « Mme Demer, écoutez-moi... » hurle l’assistante dans le corridor. La dame du premier s’affole et se penche par la fenêtre : « Mme Demer, enfin ! Qu’avez-vous à faire tout ce raffut ? - Vous ne manquez pas d’air ! » lui répond Aude Demer. Cette terrible journée lui a usé les nerfs. Les policiers sont partis sans lui rendre compte du résultat de leur visite chez le miséreux des combles. Cela achève de la mettre hors d’elle. Un grand cri retentit au troisième étage, que l’on croyait vide et cela déclenche les aboiements interminables du fox terrier d’Isidore Lapillule, qui doit loger… au combien, déjà ? Il est si discret qu’on ne pense jamais à lui. Pourtant, il a déjà fait une tentative de suicide en se goinfrant de pruneaux faisandés à la stomachine, un poison de Russie mis au point grâce au dégel du spermafrost sibérien… ou, non, du permafrost, pardon, songe la pauvre Aude qui se noie dans son bac à vaisselle, ou plutôt elle y noie son chagrin, ou plutôt c’est Jacquet qu’elle tient la tête dans le bac et la voilà qui crie au secours, je fais n’importe quoi ! L’immeuble est en révolution et l’errant du grenier est le seul à avoir réagi. En vérité, il était descendu vomir sa soupe au vin, espérant atteindre le caniveau avant un premier soubresaut gastrique pour ne pas contrarier la concierge qui nettoie tous les jours l’escalier. Affaibli par le jeûne perpétuel qu’il s’impose, il a glissé sur une marche où le chien du je ne sais plus combien a compissé tant et plus et plutôt plus que moins, au moins autant, tant qu’à dire. C’est à ce moment-là très précisément, monsieur l’agent, que j’ai vu Jacquet Desbrumes, le neveu par alliance de la concierge et qui loge au troisième si je compte bien, s’élancer pour égorger le chien. J’ai voulu sauver cette pauvre bête et j’ai glissé sur le vomi d’Arthur Bine, le locataire sans ressource, qui, d’ailleurs, venait d’expirer selon toute apparence. J’ai sauvé le chien in extremis mais par un geste maladroit, j’ai fait voler le flacon de verre que le petit tenait dans sa main, qu’il avait sorti de sa poche et qu’il avait brisé pour en faire un objet tranchant. Le contenant ne s’était pas encore vidé de son contenu, qui éclaboussa largement la bouche du gamin, lequel la tenait perpétuellement ouverte à en gober les mouches. Je suppose que c’est comme ça qu’il s’est empoisonné. Et je pourrais continuer longtemps encore. Alors j’ai prié mon narrateur de se mettre sa plume où il veut mais stop, ça suffit cette histoire à faire démolir un immeuble. Moi, Asmodée, je vous jure, je n’avais encore jamais vu pareil méli mélo !

Posté(e)
  • Semeur d’échos
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