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La ceinture dorée du kimono d’été [Deuxième partie]

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  • Semeur d’échos

La ceinture dorée du kimono d’été

Deuxième partie

 

6bh2.jpg

Iko inconsciente, illustration réalisée avec le concours de l'IA

 

La ceinture s’enroula doucement autour du cou d’Iko. Puis elle se serra progressivement. Cran après cran, œillet après œillet. La jeune femme, affolée, commença à manquer d’air. Elle porta vivement les mains à sa gorge, essayant de dénouer le lien qui l’enserrait. Ce fut en vain. À cet instant, la voix de la geisha retentit à nouveau. Amusée, narquoise, elle paraissait compter les points, comme dans un jeu d’enfant ou un match de boxe, décompte mortel.

- Et un, et deux, et trois, bientôt la fin. Il va falloir faire ses adieux, jeune fille !

Elle reprit plusieurs fois :

- Et un, et deux, et trois…

Que signifiaient ces paroles démoniaques ? Il fallait réagir, faire quelque chose, appeler à l’aide ! Dans un effort surhumain, Iko parvint à se libérer de la ceinture mortelle qui enserrait son cou et la jeta à terre. Puis elle réussit enfin à faire un bond vers la sortie dans une poussée désespérée. Les estampes vrombissaient derrière elle, toutes en chœur, et chacune répétait :

- Et un, et deux, et trois, bientôt la fin. Il va falloir faire ses adieux, jeune fille !

Iko s’enfuit à toute vitesse de la salle démoniaque. Encore faible sur ses jambes, elle parvint à la pièce voisine, un cabinet réservé aux curiosités du monde. Tout paraissait normal ici. De rares visiteurs se tenaient devant les objets rassemblés et précieux. Nul ne fit attention à elle. La jeune femme se précipita, le cœur battant, dans la salle attenante. C’était une collection particulière d’éventails et de paravents chinois. Plusieurs personnes les regardaient avec intérêt. Un des gardiens du musée était assis dans un angle de la pièce et contemplait les amateurs d’art d’un air détaché.

La jeune fugitive se précipita vers lui. Il leva vers elle un regard d’un bleu délavé, lointain, absent. Iko ne put trouver les mots pour expliquer sa frayeur et son trouble. Il lui sembla qu’elle poussait un cri immense qui se répercutait jusqu’au plafond. Un cri d’horreur et de terreur, un appel à l’aide, comme venu du fond d’un abyme. Mais apparemment, personne dans la salle du musée ne l’entendit. Chacun continuait sa visite. Un enfant turbulent se fit même reprendre par sa mère, assez agacée. Que faire ? Affolée, Iko était au bord de la syncope. Elle vivait, minute après minute, un véritable cauchemar. Mais ses jambes la portaient encore. Il fallait s’évader de ce musée maudit.

Iko reprit sa course au hasard dans les salles du musée. Personne ne semblait faire attention à elle. Elle traversa ainsi la salle des costumes, celle des armes de parade et celle de décorations et ornements impériaux. La sortie ! Il fallait trouver la sortie ! Vite, de l’air pur ! La jeune femme sentit que sa tête tournait horriblement mais elle parvint enfin à voir la flèche indiquant la sortie. Elle continua sa course folle. Enfin, les battants du portail de sortie se profilèrent devant elle. Horreur ! Ils étaient barrés par tout un jeu de ceintures dorées qui entonnèrent la chanson cruelle :

Et un, et deux, et trois, bientôt la fin. Il va falloir faire ses adieux, jeune fille !

Mais Iko voulait se battre jusqu’au bout. Elle se rua vers l’avant. Et tant pis pour toutes les cordes du destin qui lui barraient la route. Arrivée sur le seuil, elle eut le temps d’entendre à nouveau les cris suraigus des milans noirs puis tout s’effaça. Il n’y eut plus rien de peint sur l’estampe de sa vie.

***

Ce fut une visiteuse qui trouva le corps d’une jeune femme manifestement décédée à l’entrée du musée. Elle se hâta de signaler sa présence aux autorités compétentes. Le corps de celle qui se prénommait « Iko » d’après ses papiers d’identité avait succombé, comme l’autopsie du corps le révéla, à une attaque d’apoplexie foudroyante. Heureusement, selon le spécialiste, elle n’avait pas eu le temps de souffrir.

Tout s’était à l’évidence passé très vite. Il faudrait prévenir ses proches et organiser les obsèques. Aucun suspect concernant ce décès ne devait être retenu, naturellement. La mort était des plus inévitables. Le destin ne faisait pas de cadeaux. Heureusement, les belles choses consolaient de bien des malheurs. Comme les estampes du Musée Pralognan, à Longueil-lès-Donges, par exemple, et en particulier celle à la ceinture dorée. Quelle pudeur, quelle grâce dans la pose de cette jeune personne exotique en kimono d’été !

 

FIN

Modifié par Alba

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