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Dystopia [Deuxième partie]

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  • Semeur d’échos

Dystopia

 

Deuxième partie

 

65jo.jpg

Jack et son bourreau, illustration réalisée avec le concours de l'IA

 

Ses gardiens s’effacèrent. Une douzaine d’hommes les remplacèrent. Ils se positionnèrent en ligne devant lui : c’était le peloton d’exécution. Leur chef leva la main. Ce serait bientôt fini. Une douleur affreuse s’insinua dans la poitrine du jeune homme, crampe ou peur intense. Au moment où il perdait conscience et tombait à terre, écrasé de terreur, il entendit une salve bruyante résonner à ses oreilles. Il sombra dans l’inconscience. Son évanouissement dura deux minutes environ.

Des claques vigoureuses qu’il reçut sur les joues le ramenèrent à la vie.

- Bravo, vedette ! T’étais parfait, mon pote ! L’épisode de ce soir est dans la boîte : « MORT EN DIRECT ».  Il pourra être diffusé sans problème à vingt-trois heures pétantes. Faudra être devant ton poste à c’t’heure.

Une voix tonitruante mais cordiale aboyait à ses oreilles. Jack ouvrit les yeux, éberlué. Un technicien de télévision s’adressait à lui en lui donnant maintenant des claques sur l’épaule. Le jeune homme opina, soumis, en état de choc.

- Bah ! T’as pas compris, canard ? Tu passes à la télé dans une heure en vedette. Tu seras célèbre et admiré dans ton quartier, une vraie star !

Le jeune homme acquiesça sans réellement comprendre ce qu’on lui disait. Il vit les soldats qui venaient de le fusiller rire et plaisanter entre eux. Ils avaient renversé leurs armes factices à l’envers et étaient en train de quitter en groupe le studio d’enregistrement. Des acteurs. Des comédiens payés à l’heure pour le feuilleton vedette de la chaîne « TOUS DES STARS ». Des figurants, comme lui. Ce qui importait, c’était le programme et sa soupe d’émotions fortes susceptibles de scotcher devant l’écran des millions de résidents de la planète Dystopia.

Le technicien qui lui avait adressé la parole et ramené à la vie le prit par les épaules et le poussa vers la sortie, toujours avec cordialité.

- Voilà, c’est fini, tu peux rentrer chez toi. Bon, évidemment, t’es pas payé pour ta participation, mais tu sais, tout le monde va t’envier et t’admirer maintenant. C’est comme ça que ça se passe à Mirabilia. Tu es devenu une star de la télé. Et ça, crois-moi, ça ne s’achète pas, mais ça vaut de l’or !

Jack fut mis dans la rue sans ménagement. Il reconnut les lieux. Il n’était pas très loin de chez lui, juste à trois ou quatre pâtés de maison. Dans la nuit d’avril, il rentra à pied. Le froid lui fit du bien. Mais il mourait de faim. Il n’avait pas dîné, finalement. La bande de faux policiers qui étaient venus soi-disant pour l’arrêter l’avaient emmené avant qu’il ne commence son repas. Quelle histoire ! Quelle folle histoire ! Lui qui adorait les émissions TV à suspense, voilà qu’il avait participé, bien involontairement, au tournage de l’une d’elle.

Dans la ruelle obscure, il réfléchit un moment à la situation. C’était une drôle d’époque, en fait. Chacun pouvait devenir sans prévenir objet de divertissement universel. Une loterie, une sorte de tirage au sort. On avait tiré son nom. Il avait dû jouer le jeu. Leur jeu. Pur objet, il n’avait pas pu donner son avis. Seul comptait le résultat final : la foule, gavée de jeux télévisés, se tiendrait fascinée et immobile devant son écran. Pas de maintien de l’ordre en prévision. La paix sociale, à peu de frais.

Ecœuré, le jeune homme arriva finalement jusqu’à son domicile. Là, il monta chez lui. Son dîner l’attendait, un peu refroidi quand même (sans jeu de mots) sur la table de la cuisine. Il alla se laver les mains puis s’attabla. Il avait grand faim. Que pouvait-il faire d’autre ? Sur la planète Dystopia, il n’était que peu de choses. Allons, demain, il ferait jour. Et puis, c’est vrai, ses collègues de bureau allaient certainement l’envier. Il était célèbre, maintenant, et non plus un anonyme parmi d’autres. La vedette du jeu de la mort ! Joie ! La vie était belle, en fin de compte. Il alluma la télévision.

 

 

FIN

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