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Castelnau de Montmiral

Featured Replies

Posté(e)

Château neuf sur le mont. Vigie sur la multitude de collines voisines… Promontoire sur la Vère qui se divertit dans les vallons alentours. Promesse de tout voir, de tout épier, de tout savoir, des folies de l’adolescence aux querelles du grand âge.

 

Excroissance salvatrice pour les convois en transit, les profusions soudaines, les échanges prospères.

 

Jadis, le comte de Toulouse n’était pas philanthrope. Son empathie à lui exigeait un résultat. Il sut dire à ces hommes combien ils étaient de son nombre, combien leur addition pouvait soustraire de soucis, multiplier de bénéfices communs et diviser par l’énumération des uns et des autres la peur absconse du lendemain.

 

Au total, il les rallia à sa bannière, à sa protection, à sa mansuétude et à sa bonhommie.

 

Sans attendre, ils devinrent son sang neuf et construisirent ici une bastide fière assurée du regard complice de l’éternel. Toutefois, en ville moderne, elle inscrivit l’au-delà dans un repli de sa cartographie. Car ici, c’est par l’échange que se conjuguait le quotidien. Le salut pouvait bien attendre la sagesse de la vieillesse. C’est sur la place que se posait d’emblée le nouvel arrivant.

 

Un puits affable offrait là du répit à son attelage. Les deux étages de pierre surmontant les arcades du couvert imposaient illico la sentence consulaire. Dans la diagonale, s’affichait le pilori symbole de retenue nécessaire.

 

La vie grouillait sur le pavé du lieu. Les marchandises débarquées s’exposaient à ceux d’ici, à ceux d’ailleurs, à tous ceux qui se trouvaient là pour faire une affaire ou pour aller en faire plus loin.

 

On parlait fort en roulant les « r », on s’apostrophait sans en prendre ombrage, on s’esclaffait à s’en faire péter la sous ventrière, on topait de grandes claques dans des paumes calleuses et fières, on trinquait au passé, au présent, à l’avenir…

 

Un jour, pendant qu’Albi la fière s’enflammait pour la croisade, on étouffait ici des murmures impies dans les andrones et les carreyrous…

 

On devinait que le curé du lieu n’était pas parfait mais que les Parfaits des Bons Hommes n’avaient cure du lieu. Quadrature du cercle clanique et patrimoniale.

 

Par tradition occitane, on se méfiait du clerc, si peu clair dans ses jugements, le dernier mis à part. On voyait d’un œil plutôt amical le projet plus égalitaire de ces hérétiques catarrheux vulgairement catharisés par les marchands du temple modernes. Bref, on voulait bien admettre que les bougres y allaient un peu fort, mais on les avait en sympathie et on leur simplifiait la vie comme on le pouvait.

 

Puis, les bûchers éteints, les cendres de l’antipathie flottèrent longtemps sur les braises attiédies. On chemina dans d’autres temps. On se fit moins belliqueux. Les étapes se diluèrent dans la fougue de la poste. Les repos se firent urbains. Les fêtes devinrent patronales, pastorales, parentales et paraphernales.

 

Elles scellent désormais les fins d’adolescence, les naissances adultes, les sociétés individuelles. Elles désertent sans amertume les lieux vivaces de la palabre, de la conscience collective et de l’avenir du clan.

 

Il subsiste dans les ruelles absentes, la fierté de la pierre, la dignité du colombage, le silence qui observe et qui sait. Il voyage dans la brise la campagne multicolore, les floraisons nouvelles, les randonneurs secrets. Il subsiste le bonheur de la halte sur la place du marché, sur la terrasse du café, sur les sceaux des porches dissimulés.

 

Il demeure du souvenir, de l’eau à la source, du transport dans les champs de blé.

 

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Photo Papy Adgio - Castelnau de Montmiral (81)

Modifié par Papy Adgio

Posté(e)

Merci pour la ballade @Papy Adgio tu sais faire voyager dans le temps.

Posté(e)

Ah! PAPY, la "VEZERE" a une toute autre histoire en ..............DORDOGNE!

Posté(e)
  • Auteur

Merci à tous les deux. Dans la région des bastides tarnaises, il s'agit de la Vère et non de la Vézère. Mais je suis d'accord, la Vézère est un haut lieu de l'histoire. Ce sera pour plus tard, je dois avoir quelque chose en magasin.

Posté(e)

Comme toujours un voyage dans le temps, dont nous ne nous lassons pas !

Posté(e)
Il y a 12 heures, Papy Adgio a dit :

Il subsiste dans les ruelles absentes, la fierté de la pierre, la dignité du colombage, le silence qui observe et qui sait. Il voyage dans la brise la campagne multicolore, les floraisons nouvelles, les randonneurs secrets. Il subsiste le bonheur de la halte sur la place du marché, sur la terrasse du café, sur les sceaux des porches dissimulés.

 

Il demeure du souvenir, de l’eau à la source, du transport dans les champs de blé.

Ces quatre phrases finissent de me bercer définitivement ... je rêve ... Merci. 

Posté(e)

Toujours aussi bien troussée, votre prose nous transporte littéralement. Période ou la violence la plus brutale côtoyait la poésie dans sa plus absolue et essentielle formulation.

Posté(e)

Alors, je vais faire une confidence: lire ta prose sans connaître le lieu était déjà un régal, mais le connaître rajoute un je-ne-sais-quoi à la lecture qui la rend encore plus savoureuse! Bravo!! 🙂

Posté(e)
  • Auteur

Merci à tous les deux. Il me semblait @Notabene que tu pourrais connaître l'endroit et je me disais que ne t'y retrouverais peut-être pas car mes pérégrinations ont des éclairages toujours très personnels ! Il y a presque vingt ans que j'ai traîné au pays des bastides et ton commentaire me fait penser que le temps a dû se figer un peu sur ces pierres pourtant affables.

Posté(e)
il y a 4 minutes, Papy Adgio a dit :

Merci à tous les deux. Il me semblait @Notabene que tu pourrais connaître l'endroit et je me disais que ne t'y retrouverais peut-être pas car mes pérégrinations ont des éclairages toujours très personnels ! Il y a presque vingt ans que j'ai traîné au pays des bastides et ton commentaire me fait penser que le temps a dû se figer un peu sur ces pierres pourtant affables.

Je t'avoue que ma visite là-bas remonte à plusieurs années (honte à moi), je ne sais pas s'il y a de la vie... probablement en été. En tous cas, je penserai à toi lorsque j'y retournerai. Et j'ai pensé à Jean Teulé en te lisant, il y faisait référence, un peu à ta sauce, dans je ne sais plus quel ouvrage 🙂
Tu connais Cordes? C'est la bastide tarnaise qui a ma préférence 🙂

Posté(e)

Ce texte est une saveur. Il sent le parchemin, le chaume, le feu de bois, la pierre taillée, le bourrelier... Je ne me lasse pas de découvrir vos merveilles Papy.

Vous  êtes vraiment chouette. Bravo

Posté(e)
  • Auteur

Je n'ai plus de petits symboles dont j'ai oublié le nom à afficher, alors je vous réponds tout de suite.

@Notabene je connais Cordes mais je préfère Puycelsi. D'ailleurs, je ne sais pas pourquoi j'ai écrit sur Castelnau car j'aurais dû le faire sur Puycelsi. J'avais quelques anecdotes craquantes sur l'aubergiste du coin avec qui j'avais bien ri !

@Frédéric Cogno je te remercie pour ton commentaire (tu peux me tutoyer aussi, on est tous du même pays ici !) mais je voyage aussi avec plaisir dans tes textes. Nous employons des formes différentes mais j'ai l'impression qu'au fond nous ne sommes pas si éloignés que cela : alors, continuons tous les deux !!! Les autres aussi, ils ne sont pas si mal !!!

Posté(e)

Parcourir les contrées, ici ou là, à la façon d'un érudit voyageur; les raconter avec verve et talent, cela donne des chroniques poétiques enchanteresses de belles factures. 

Posté(e)

Plus je lis vos cartes postales écrites, plus je me dis qu'un recueil de celles-ci pourrait être intéressant. N'y avez-vous jamais songé ?

Posté(e)
  • Auteur

Merci @Seawulf mais il n'y a pas d'érudition dans cette affaire. C'est juste que lorsque j'emprunte les ruelles et les impasses de ces lieux qui pour moi ont une âme, j'engage la conversation avec ceux que je croise et qui n'ont pas l'air de touriste et c'est eux qui me racontent les petites histoires ou les plus grandes (que je vérifie tout de même par déformation professionnelle) avant de les livrer.

En fait @Eathanor , j'ai toujours pensé que mes petits récits de balades pourraient intéresser quelques curieux. En 2015, j'en ai regroupé 24 dans un recueil que j'ai nommé "Traces" pour participer au concours des Arts Littéraires de Saint Orens de Gameville où, après le prix de la municipalité il y avait un prix de l'éditeur que je convoitais. Evidemment, mon recueil a obtenu l'autre prix ! Suite à la présentation qui en avait été faite lors de la remise des prix j'ai eu un certain nombre de demandes de la part des personnes présentes. J'ai sollicité quelques éditeurs en Rhône Alpes et je n'ai reçu aucune réponse. Afin de répondre à la demande qui m'avait été faite, j'ai procédé à une auto-édition sur un site internet après que Maryse Carrier, la présidente des Arts Littéraires de St Orens m'ait offert une préface. Entre les demandeurs et les amis, j'ai dû écouler une petite trentaine d'exemplaires et je n'ai pas cherché plus loin.

Mais, si vous avez une piste je suis preneur car je pourrais regrouper tous les textes que je possède dans ce domaine et peut-être permettre à un nombre plus important de lecteurs de suivre mes "Traces" !

Modifié par Papy Adgio

Posté(e)
Il y a 1 heure, Papy Adgio a dit :

Mais, si vous avez une piste je suis preneur car je pourrais regrouper tous les textes que je possède dans ce domaine et peut-être permettre à un nombre plus important de lecteurs de suivre mes "Traces" !

J'en prends bonne note si jamais je devais avoir une piste un de ces jours 😉 

Posté(e)
  • Auteur

Il me semble que nous avons le sens de la litote tous les deux : ne serions-nous pas un peu poètes à nos heures perdues ?!!!

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