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Un Monde peut en cacher un autre [Première partie]

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un Monde peut en cacher un autre

Première partie

 

La vie est pleine de surprises et celles-ci surgissent quand on s’y attend le moins. Est-il besoin de le prouver ? Sans doute. Alors, commençons par le commencement.

Ce matin-là, le service hospitalier accueillait sans heurt ses patients. Beaucoup de monde, beaucoup de souffrances rassemblées là. C’était peu réjouissant : l’attente serait longue. C’est ce que je me disais lorsque j’aperçus dans un coin de la vaste salle blanche garnie de tables basses et de prospectus sanitaires un couple assez étrange. Leur mine hors du commun me frappa instantanément. Deux personnes assez âgées, qui parlaient fort et semblaient sans gêne. Je les contemplai plus attentivement et faillis rire aux éclats : de très petite taille, on aurait dit un couple de lutins.

Ils portaient chacun un bonnet enfoncé jusqu’aux yeux qui ne laissait à l’air libre qu’une paire d’oreilles largement écartées. Ils étaient tous deux très bizarrement accoutrés. Mais cela ne les ennuyait pas, bien au contraire. Des petits vêtements étriqués leur dévoilait le nombril. Quelle étrange parure. L’homme comme la femme (?) ne ressemblaient à personne. Les patients présents dans la grande pièce profitaient de leurs éclats de voix. Cela montait et descendait en parcourant toute la gamme. Ces malades étranges restaient parfaitement incompréhensibles, leurs discours tenant davantage du chant d’oiseau ou du miaulement de chat que de l’échange entre humains. Que fallait-il penser ? Je n’en savais rien.

La salle d’attente se vida progressivement et je restai seule avec ceux que j’avais surnommés les deux petits lutins. Le temps passait lentement. Au moment où je décidai de faire quelques pas pour me dégourdir les jambes, le lutin de sexe masculin se mit à m’imiter. Nous évoluâmes un moment en tournant en rond dans la salle d’attente, l’un derrière l’autre. Une scène assez cocasse mais distrayante, somme toute. Cela ne calma pas cet étrange personnage. Il continua ses grands discours animés en direction de son épouse, tout en me jetant de furieux coups d’œil. Qu’avais-je fait au ciel ? Je l’ignorais. Je revins gentiment à ma place, désireuse avant tout de ne pas laisser les choses s’envenimer. Le drôle continua sa promenade circulaire un moment, encouragé par sa compagne.

Il finit par se calmer un peu, se tenant à peu près tranquille. De mon côté, j’attendais toujours que l’on m’appelle en consultation. Soudain, le lutin, toujours debout au milieu de la pièce et la main sur le cœur, se mit à déclamer des vers avec conviction :

Peuple des forêts dormantes,

Mânes de mes ancêtres,

Illusions retrouvées d’un continent perdu,

S’envoler jusqu’à vous,

D’une aile si légère qu’elle n’a jamais pesé,

Ô ruisseaux tourbillonnants de l’en-deçà du temps,

Cavales blanches et noires

Parcourant l’océan,

Redonnez-moi la foi, le chemin de naguère,

Et les mots d’aventure pour chanter l’espérance.

 

Recrée pour moi, ma mie, ces jours trop tôt passés,

Souris comme autrefois dans la manne du temps,

Retrouvons pour une heure la magie d’être un peu

Et de rêver beaucoup sans jamais sommeiller,

La brise danse là, elle mime à présent tous les jours écoulés,

Faut-il te le redire ? Si j’aime, c’est à jamais.

Quittons ce monde à deux pour trouver le chemin.

Nous aurons lors des ailes pour survoler le temps,

Il faudra murmurer tous les mots d’avant-hier

Pour trouver le portail.

 

Il se tut et retourna s’asseoir. C’était renversant. J’étais admirative. Ce tout petit bonhomme était un vrai poète ! Jamais je n’aurais imaginé qu’un tel poème puisse sortir d’une bouche aussi disgracieuse.

Je pensais à présent profiter du calme retrouvé quand, brusquement, se tournant vers moi, la dame lutin me demanda l’heure. Je fus assez surprise par cette requête. Ils attendaient un rendez-vous et n’avaient pas le moindre repère temporel ? Mais peu importait, en définitive. Je répondis poliment qu’il était 11h30, pestant intérieurement, d’ailleurs : déjà une heure d’attente ! La salle d’attente était bien nommée. Mais nul ne me remercia du renseignement, bien au contraire.

 

(À suivre…)

Modifié par Alba

  • Le titre a été modifié en Un Monde peut en cacher un autre [Première partie]
Posté(e)
  • Semeur d’échos

Etrange rencontre! Une fois de plus, méfions-nous de notre tendance au "délit de sale gueule"! Une énigme dont je suis curieux de connaître la suite.

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci Thierry, pour ces premières impressions ! Il y a une suite et le pot aux roses se dévoile (ou pas).

Un scoop: les lutins sont de vrais lutins !

( ͡°_ʖ ~)

Modifié par Alba

Posté(e)

Voilà des lutins bien malicieux dans un service hospitalier ; moi qui aime le calme, je ne les aurais certes pas appréciés... mais j'ai hâte néanmoins d'en apprendre davantage sur eux !

Modifié par Nils Exo

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci beaucoup, Nils, pour ces mots très sensés !

Tout est inventé, ou presque, dans ce conte fantastique. Reste que tout est vrai, mais cela est une autre histoire...

Leçon de poésie et relativité des choses : voilà le bel enseignement, et sans doute la mission, des deux petits lutins.

( ͡~ ͜ʖ ͡° )

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