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Qu'un dieu vous serve (V, 15, 16 & Scène finale)

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Posté(e)

Scène 15 – Arès, les trois policiers

 

Les trois policiers s’entretiennent sans voir Arès, toujours invisible pour eux.

 

Policier 1 : Et s’il avait raison ?

 

Policier 2 : Tu vas vite apprendre à faire trois différences dans ce métier. D’abord, il y a faire la loi et faire appliquer la loi ; nous, notre boulot, c’est de faire en sorte que les règles soient respectées, c’est tout, nous ne sommes pas là pour juger. Ensuite, il y a la loi et la justice ; oui, il avait peut-être raison et oui, le collègue avait peut-être tort, et alors ? Si notre collègue a estimé il y a dix ans que sa plainte n’était pas recevable, elle ne l’était pas, point à la ligne ! Et s’il s’est trompé, que veux-tu que nous y fassions ? Ça arrive et c’est comme ça, le monde est injuste. Enfin, il y a l’attitude et le comportement ; ce Jacquot adopte peut-être un comportement correct par-devers nous, encore qu’il était très limite !, mais son attitude est lamentable, ce gars s’imagine rendre la justice à chaque fois qu’il parle et ça, vois-tu, c’est dangereux dans une communauté. Non mais, il porte plainte ou il prêche ? Je vais même aller encore plus loin et te dire quelque chose : la haine anti-flics, elle ne vient pas des voyous parce qu’eux, on les connaît, on sait de quoi ils sont capables ; non, la haine anti-flics, elle est propagée par des types de ce genre qui viennent faire la morale à tout-va. Reprenons sa plainte d’il y a dix ans puisque tu en parles : si j’ai bien compris, il a été menacé de mort ? Pourtant, il est toujours en vie, non ? Et les menaces de mort, elles ont continué ou pas ? Apparemment non puisqu’on ne l’a plus revu ! Alors tu me diras qu’il n’est pas revenu parce qu’on lui avait refusé sa plainte mais moi, je te dirai qu’il n’est pas revenu tout simplement parce qu’il n’avait rien à dire ! Et maintenant, on se retrouve à devoir se les geler toute la nuit parce que Môssieur est encore allé se plaindre et que le commandant veut faire bonne figure et montrer qu’on est présents dans la cité ! Tu ne crois pas que nous serions plus utiles ailleurs ?

 

Policier 1 : Mais...

 

Policier 2 : Et il y a une quatrième différence que tu vas devoir apprendre avec moi : c’est quand la conversation commence et c’est quand elle se termine.

 

Arès se rend visible, sans sa lumière divine et son casque.

 

Policier 3 : Qu’est-ce que tu regardes, toi ?

 

Arès : Rien, excusez-moi.

 

Policier 3 : Dis donc, quand tu t’adresses à nous, tu dis « Messieurs », parce qu’avec votre langage de racaille, à vous de la cité, nous ne sommes pas censés savoir que tu t’adresses à des représentants de l’ordre ! Est-ce que tu as compris ?

 

Arès : Oui, Messieurs.

Scène 16 – Arès

 

Arès : L’univers n’est pas assez vaste pour qui a le cœur en exil ! Vous m’avez donné là, Monsieur Jacques, un ordre qui me paraît terriblement difficile à accomplir, non en ma qualité de dieu, mais en ce qu’il questionne. D’ailleurs, dans votre cas, ce n’est pas un ordre mais un désir : car ce n’est pas quelqu’un qui vous bannit hors de ce sol, c’est vous-même qui ne savez plus comment endurer vos tourments intérieurs ! Et l’exilé en lui-même, que devient-il ? Où sa route le mènera-t-elle quand même le plus petit chemin de terre ne saurait point le guider ? Et votre cœur, Monsieur Jacques, est ainsi fait : tel l’astéroïde dans l’espace dont on croit le parcours erratique, sans but ni direction, il obéit sans s’en rendre compte à des lois qui le dépassent ; et ces corps célestes qui vous gouvernent, Monsieur Jacques, sont sans doute les plus puissants de l’univers, sans doute même plus puissants que les divinités elles-mêmes ! Car c’est la colère, car c’est la volonté de justice, car c’est l’envie de reconnaissance ! Vous m’avez dit que vous vous contenteriez de vos cendres sur un tas de fumier mais, même dans cette hypothèse, le fumier serait encore ce sol, pire en un sens : il ne serait qu’un agrégat et, qui sait, vos cendres seraient-elles en contact avec des déjections que vous détesteriez… Alors, que faire ? Je regarde le sol mais j’oublie le ciel. Seriez-vous plus heureux si vous saviez que votre corps errerait dans le vide ? Il est vrai que l’on n’y entend aucun son mais l’on y ressent le froid. Cela me ressemble assez, d’ailleurs, et, si je puis me le permettre, vous me ressemblez, Monsieur Jacques. Aussi fais-je le serment que vous retrouverez les étoiles, et, peut-être ainsi, nous retrouverons-nous tous les deux, ou vous-même du moins, je l’espère pour vous. En tout cas, vous m’aurez appris beaucoup, Monsieur Jacques. Car moi, Arès, dieu de la guerre, j’ai saisi cette idée épouvantable : parfois, il est inutile de tuer un individu, il suffit de tuer ses convictions.

Scène finale – Arès, Poséidon, Amour

 

Poséidon : Par l’eau qui ravage tout sur son passage, qu’as-tu fait ? Je rentre à peine de mon entretien avec les Olympiens et je te retrouve encore à désobéir à nos ordres !

 

Arès : Je ne suis pas d’humeur, aussi calmez-vous, je vous prie.

 

Poséidon : Les mortels à qui Hermès te confie n’ont pas le droit de rompre le contrat ! Tu sais aussi bien que moi que tu as pour ordre de les mettre à mort s’ils le font !

 

Arès : Je le sais bien… C’est d’ailleurs une clause qui n’apparaît pas sur le contrat, même en tout petits caractères… Il vous faut donc piper les dés jusqu’au bout, n’est-il pas ?

 

Poséidon : Cela suffit ! Si tu n’exécutes pas les ordres, alors je le ferai à ta place…

 

Il s’apprête à utiliser son trident quand Arès lève un bras en avant. Sans qu’il soit touché, Poséidon est violemment repoussé, roulant plusieurs fois à même le sol. La lumière qui émane d’Arès devient brillante, presque aveuglante, au point de s’enflammer.

 

Poséidon (restant à terre pour reprendre son souffle) : Comment oses-tu ? Et d’où te vient cette force ? La haine ne t’a pas seulement égaré, mon garçon, elle t’a aussi donné une force sur… surhumaine.

 

Arès (marchant lentement vers lui) : J’ose parce que je suis Arès, dieu de la guerre ; Arès, dieu de la fureur, du carnage et du massacre ; Arès, dieu des serments !

 

Poséidon : Une révolte trouve toujours l’ordre en face d’elle ! Je vais faire appel à l’ensemble des Olympiens pour te remettre à ta place !

 

Arès (même jeu) : Déchaînez les Titans, ramenez à la vie les Géants, lâchez les Olympiens contre moi, je ne vous anéantirai peut-être pas tous mais tous, vous serez anéantis ! Je ne suis plus le renard que vous avez connu et vous n’êtes plus le chasseur que vous avez toujours cru être ! J’avise d’ailleurs juste à côté de vous une petite flaque d’eau. Je vous conseille de vous y regarder car vous êtes pareil à elle : quand l’eau se reflète dans l’eau, elle ne voit qu’elle-même tout comme quand un dieu se regarde, il ne voit que son orgueil ! J’ai pourtant plus d’une fois appelé mais personne ne m’a jamais répondu ! Tant qu’à faire, utilisez donc encore cette flaque d’eau boueuse : elle y reflète assez votre face mais également le ciel, peut-être alors réussirez-vous à entrevoir ce père de tous les dieux qui n’est pas le mien ! D’ailleurs, ce souverain, répond-il à votre appel ? Alors ? Je n’entends rien ! Zeus, contemple ton œuvre : quand on punit, il faut réfléchir aux conséquences ! N’es-tu donc plus si prévoyant ou tout simplement muet ? Tous, méfiez-vous car le dieu de la guerre est en marche : il sèmera le néant dans le chaos, le chaos dans le néant ! Disparaissez, dieux, disparaissez !

 

Poséidon : J’en appelle, s’il t’en reste encore, à ta raison ! Que pouvons-nous, que puis-je faire pour apaiser ton courroux ? Car il est clair que tu ne peux nous rejoindre désormais !

 

Arès : Jurez-vous de laisser le mortel et sa famille à qui Hermès m’a confié tranquilles ? Jurez-vous de les laisser, lui et les siens, vivre leur vie sans y interférer ?

 

Poséidon : Puisqu’il doit en être ainsi…

 

Arès : Je connais mieux que quiconque la valeur d’un serment prononcé sous la menace ! Aussi vais-je reformuler ma demande : jurez-vous de laisser Monsieur Jacques et les siens en paix, pour toujours, et les siens des siens bien entendu jusqu’au bout, si, de mon côté, je paye le prix nécessaire pour ma révolte ?

 

Poséidon : Que m’importe un insecte ? Que m’importe qu’il vive quelques secondes ou quelques décennies ? A mes yeux, c’est la même chose… Mais toi, pourquoi es-tu prêt à te sacrifier ? Pour un simple mortel ?

 

Arès : Nullement. Je me sacrifie pour moi mais j’assure la survie d’un ami qui m’est cher.

 

Amour (qui vient d’entrer) : Wesh les gars, c’est Clash of Titans en direct !

 

Arès, à Amour : Approche, toi ! Allons, n’aie pas peur ! Vois-tu ces armes ? (Il désigne son casque, sa lance et son bouclier.) Je te les donne, utilise-les comme bon te semblera.

 

Amour : Trop cool !

Arès : Maintenant, écoutez-moi, vous tous ! Les paroles que vous entendrez seront les dernières du dieu de la guerre ! Et si vous doutez encore, sachez que je suis sûr de moi autant que le loup qui a déjà planté ses crocs dans le cou de la brebis ! Il en faut peu pour détruire un homme mais il en faut peu aussi pour détruire un dieu, cela prend juste un peu plus de temps. Vos incessantes guerres, querelles, disputes ont eu raison de ma patience car si je suis peut-être le dieu de la guerre de par ma fonction, je ne suis en aucun cas le dieu des responsabilités. Et si la responsabilité fait toujours mal, elle fatigue aussi. Et combien qui refuse le poids de ses frustrations aime se décharger sur autrui ! Je comprends maintenant pourquoi Zeus m’a fait naître avec la fonction qui est la mienne. Je comprends également pourquoi il est resté si muet pendant tous ces millénaires. Père !, je ne suis pas apaisé, ne crois point cela. Ma colère est toujours là, le temps l’aura seulement émoussée. Je ne cherche plus la révolte mais sache que je ne t’ai jamais obéi : j’ai seulement accepté ta volonté. Je m’en vais désormais dans un monde où je ne connaîtrai pas le repos mais le silence. Cela me fera du bien mais je ne crois pas que cela vous en fera à vous, à vous de voir. Adieu.

 

Arès tourne le dos au public et se dirige vers le fond du parc, à l’endroit le plus éloigné de tous. Il se fige dans la pose de la statue de la Villa d’Hadrien. Le silence dure un peu. Les divinités cessent peu à peu d’éclairer l’obscurité des mortels.

 

Amour (s’amusant avec les armes) : Mais comme les mortels aiment servir les dieux !

Rideau

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une fin puissante et nuancée qui couronne admirablement l'ensemble !

Un plaisir de lecture !

Posté(e)
  • Semeur d’échos

La casuistique des flics m'a beaucoup amusé. L'intrigue reste fine, riche, drôle et pousse à la réflexion jusqu'au bout. Bravo et merci pour ce partage!

Posté(e)
  • Auteur

Merci à vous, @Alba et @Thy Jeanin, pour vos commentaires tout au long de ce partage qui aura été, il est vrai, un peu long... Merci donc également pour votre patience à suivre les aventures d'Arès et de Jacques !

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