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Qu'un dieu vous serve (V, 13 & 14)

Featured Replies

Posté(e)

Scène 13 – Arès, Jacques, Juliette

 

Juliette s’avance sur scène, une valise à la main.

 

Jacques : Tu ne rejoins pas ta mère ?

 

Juliette : Non, en fait, je t’apporte tes affaires… Maman est très en colère, tu sais…

 

Jacques : Ah ! Toutes mes excuses : encore mon ego et moi ! Donc, si je comprends bien, la rupture est définitive ? Je ne vous reverrai pas ?

 

Juliette : Mais si ! Seulement, il faut nous laisser le temps… Il y a quand même quelque chose que je ne comprends pas…

 

Jacques : Je t’écoute.

 

Juliette : Pourquoi t’es-tu encore emporté comme tu l’as fait ? Tu n’as pas compris qu’on te manipulait ?

 

Jacques : Rien de tout cela ne serait arrivé si vous m’aviez obéi ! Je vous avais interdit, à ton frère et à toi, d’approcher Arès !

 

Juliette : Mais c’est incroyable comme tu ne comprends pas les choses ! Arès n’est qu’une excuse, tu le sais bien ! Tôt ou tard, tu te serais encore mis en colère et tout aurait recommencé, comme il y a dix ans, à l’école…

 

Jacques : Tu ne peux pas comprendre, tu étais toute petite…

 

Juliette : Non, je ne peux pas comprendre ; par contre, je peux ressentir. Vous vous étiez déjà disputés ce jour-là, je ne suis pas prête de l’oublier… Et j’ai vu comment tu as recommencé avec Julien… A la maison, c’est toujours la même histoire : à table tu commentes l’actualité et tu parles sans cesse de mépris ou de lutte des classes ou de je-ne-sais-quoi encore ; quand tu pars au travail le matin c’est pareil et quand tu rentres le soir c’est pire ! N’as-tu donc pas compris que Julien prenait le même chemin que toi ?

 

Jacques : Je ne lui ai jamais dit d’être grossier !

 

Juliette : Non, c’est sûr mais il était en colère, tout comme toi tu l’es. La différence, c’est que lui ne comprend pas tout à son âge et il s’est contenté de répéter tes litanies sur les titres, les fonctions et les uniformes ; toi, tu sais faire la différence, ou plutôt tu devrais…

 

Jacques : Je sais… mais c’était à moi de vous défendre ! C’est mon rôle !

 

Juliette : Mais bon sang, le dieu de la guerre en personne leur a envoyé un coup de balai qu’ils ne sont pas prêts d’oublier et le dieu des océans en personne là encore est venu te donner raison ! Si deux dieux te sont inutiles, que te faudra-t-il de plus ? Et défendre, c’est aussi penser à sa famille : as-tu vu dans quel pétrin tu nous as fourrés ? Maman est obligée de partir très loin parce que nous sommes tous grillés ici pour retrouver un emploi, Julien et moi-même allons devoir quitter notre école et tout recommencer, loin de vous deux, loin de toi je voulais dire car, dans notre tête, vous êtes inséparables.

 

Jacques : Je suis désolé…

 

Juliette : C’est un peu tard, non ? Tu sais, tu es un super père sauf quand tu perds les pédales… Il est là, ton problème.

 

Jacques : Le jeu de mots à la bouche ? Tu es bien ma fille !

 

Juliette : Papa, on ne parle pas de jouer ici ! Ta rhétorique, comment dire ?, tout le monde s’en moque, à commencer par ceux que tu détestes ! Alors sois plus malin : ignore-les !

 

Jacques : Pourrai-je au moins vous contacter ?

 

Juliette : Bien sûr, mais pas tout de suite. Laisse quelques mois, le temps que les choses se tassent…. (A Arès.) Je vous dis adieu, Arès. (A Jacques.) Papa, au revoir… mais pas adieu.

 

Arès : Dans ce cas, adieu, Juliette.

 

Jacques : Et moi, j’espère un au revoir qui ne soit pas trop long.

Scène 14 – Arès, Jacques

 

Jacques s’assied sur un banc et serre contre lui sa valise.

 

Jacques : Beau bilan ! Sans emploi, sans famille, sans domicile ! Un sans, quoi !

 

Arès : Je comprends, Monsieur Jacques, je sais ce que sont l’exil et la solitude.

 

Jacques : Puis-je vous donner deux ordres, Arès ?

 

Arès : Bien sûr, Monsieur Jacques : ordonnez, j’obéirai.

 

Jacques : S’il vous plaît, à ma mort, faites que je ne sois pas enterré dans ce pays. Balancez mon corps où vous voulez, mes cendres sur un tas de fumier si cela vous plaît, mais pas ici, pas sur cette terre.

 

Arès : Ce sera fait, Monsieur Jacques.

 

Jacques : Par ailleurs, je sais que vous allez encore vous mettre en colère, Arès, car je n’ai pas lu tout le contrat, mais je veux y mettre fin. Cela est-il possible ? Y aura-t-il des répercussions sur ma famille ?

 

Arès : Non, Monsieur Jacques : vous avez donné un ordre et il n’y aura aucune répercussion, ni sur vous, ni sur les vôtres. C’est le dieu des serments qui vous le dit !

 

Jacques (tout en se levant) : Merci à vous, Arès. Adieu également et bonne chance !

 

Arès (l’interpellant) : Monsieur Jacques ! Vous souvenez-vous de ce moment où je vous ai effrayé ? (Jacques hoche de la tête.) J’ignore si cela vous aidera mais vous êtes l’un des rares mortels à m’avoir affronté sans plier… et je pense que si un mortel comme vous peut s’élever face à un dieu, alors il peut bien s’abaisser à faire des excuses, même fausses, face à des crétins. N’oubliez pas par ailleurs une chose : si ces trois imbéciles s’en sont pris à vous, c’est parce qu’ils avaient trop peur de s’en prendre à moi ! Adieu également, Monsieur Jacques, et bonne chance à vous aussi !

A suivre.

 

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une suite émouvante, on ressent profondément la sincérité des personnages qui parlent tous avec leur cœur, la remise en question de Jacques est particulièrement touchante.

Arès en devient même sympathique, c'est dire le renversement final !

On a hâte de découvrir la suite...

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Il semble qu'un compromis s'amorce, ou une réconciliation.

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