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Et sans ciel

Featured Replies

Posté(e)

Et sans ciel

« Les murs sont blancs et les couloirs sont noirs,

c’est une course dans une boîte qu’une main agite en tous sens, mon sang glacé ».

 

Mon père aimait m’enfermer dans une pièce sombre, la poussière était noire, les murs étaient bruts avec des joints épais. Je n’ai jamais vu cette pièce à la lumière. Je l’ai brûlée de ma mémoire autant que j’ai pu. Ma mère était là, avec moi, elle ne disait rien et j’avais fini par l’entasser dans un coin pour ne plus sentir son regard terrifié. Nous sommes restés dans cette chambre - je l’ai appelée ainsi, un souvenir-traineau du gamin d’avant - pendant plusieurs années, je ne sais plus combien de temps. J’en suis sorti enfin, les mains réduites et en sang.

Maman le sifflement… tu ne l’entends pas et je reste pendu à cette respiration involontaire pendant que mon cœur s’assèche… maman.

Maman est tombée avec moi dans les marches de l’escalier, le père nous a balancés, triste mouvement d’humeur alcoolisée. Je suis resté silencieux sous son ventre. Il est descendu un peu plus tard, un coup de pied dans son corps et j’ai crié, elle respirait encore. Je l’ai déplacée délicatement et elle a séché, os blancs dans l’angle fermé de la chambre.

Maman, tu es l’absence du vent, mon cœur sourd, ton cœur disparu, j’aimais tant quand tu chantais, quand tu me chantais ce refrain de feuilles sous la pluie, maman… je suis ce vent qui hurle, que vais-je devenir ?

Et sans que je m’y attende, le père malade - je l’entendais tousser comme un rat - a oublié de refermer la trappe, j’ai sauté mais il a eu le temps de mettre sa chaussure sur mes doigts. J’ai écorché ma voix, j’ai poussé, les muscles bandés, le flux de mon sang en mouvement, un ciel retrouvé.

Je l’ai assis à côté de maman qui m’avait dit avant de mourir qu’elle le voulait là pour le déboulonner éternellement.

Maman, je suis de nouveau vivant comme le vent, la lumière est aveuglante mais si belle. Bonne nuit maman.

Et je suis parti, emportant dans mes poches les rêves de maman et la folie du père.

 

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Tout est là pour faire couler les larmes du lecteur dans ce terrible souvenir d'enfance, fictif ou véritable !

L'écriture est parfaite.

Hé oui, pour certains, l'enfance ne fut pas un "vert paradis"...

Posté(e)

Un récit qui fait froid dans le dos, le jeu de mots du titre prend tout son sens à la lecture.

Posté(e)

Oui, sans ciel et sans ciel ce récit.

Sobriété des mots pour une survie à la bête alcoolisée.

Survit-on @Eobb à ce fardeau ? Ce passé douleur ? Comment se construit-on ? En dehors des murs bruts à la poussière noire ?

J'ai aimé la force du récit, sa construction, son échappée. Merci pour cette lecture.

Posté(e)
Le 24/03/2026 à 22:15, Eobb a écrit :

Et sans ciel

« Les murs sont blancs et les couloirs sont noirs,

c’est une course dans une boîte qu’une main agite en tous sens, mon sang glacé ».

 

Mon père aimait m’enfermer dans une pièce sombre, la poussière était noire, les murs étaient bruts avec des joints épais. Je n’ai jamais vu cette pièce à la lumière. Je l’ai brûlée de ma mémoire autant que j’ai pu. Ma mère était là, avec moi, elle ne disait rien et j’avais fini par l’entasser dans un coin pour ne plus sentir son regard terrifié. Nous sommes restés dans cette chambre - je l’ai appelée ainsi, un souvenir-traineau du gamin d’avant - pendant plusieurs années, je ne sais plus combien de temps. J’en suis sorti enfin, les mains réduites et en sang.

Maman le sifflement… tu ne l’entends pas et je reste pendu à cette respiration involontaire pendant que mon cœur s’assèche… maman.

Maman est tombée avec moi dans les marches de l’escalier, le père nous a balancés, triste mouvement d’humeur alcoolisée. Je suis resté silencieux sous son ventre. Il est descendu un peu plus tard, un coup de pied dans son corps et j’ai crié, elle respirait encore. Je l’ai déplacée délicatement et elle a séché, os blancs dans l’angle fermé de la chambre.

Maman, tu es l’absence du vent, mon cœur sourd, ton cœur disparu, j’aimais tant quand tu chantais, quand tu me chantais ce refrain de feuilles sous la pluie, maman… je suis ce vent qui hurle, que vais-je devenir ?

Et sans que je m’y attende, le père malade - je l’entendais tousser comme un rat - a oublié de refermer la trappe, j’ai sauté mais il a eu le temps de mettre sa chaussure sur mes doigts. J’ai écorché ma voix, j’ai poussé, les muscles bandés, le flux de mon sang en mouvement, un ciel retrouvé.

Je l’ai assis à côté de maman qui m’avait dit avant de mourir qu’elle le voulait là pour le déboulonner éternellement.

Maman, je suis de nouveau vivant comme le vent, la lumière est aveuglante mais si belle. Bonne nuit maman.

Et je suis parti, emportant dans mes poches les rêves de maman et la folie du père.

 

Terrible… terreur… dans un sous terre où l’enfer n’est pas une chimère mais la réalité… Eobb 😌si l’expression est là , le cheminement en amont de pouvoir le dire a dû être… je ne sais pas … je n’ai jamais vécu de telles violences, ce que je sais c’est que je suis touchée au plus profond de mon âme par tout ce que peuvent subir les enfants et femmes ou hommes…en ce monde …

🙏

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Ton texte est d’une telle force, d’une telle nudité, qu’il n’appelle pas de commentaire, il appelle le silence. On ne l’explique pas, on le reçoit, comme une gifle ; il reste là, brut ... et tout ce qu’on pourrait en dire semble soudain dérisoire.

Posté(e)

Face à cette violence intra familiale terrifiante, on est décontenancé,

votre texte est implacable mais oui essentiel, ce sont des vécus qu'il faut dire, dénoncer, repérer quand c'est possible.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un témoignage fort et nécessaire... Eobb. On ressent chaque mot, douloureusement.

Ce ciel retrouvé est beau et émouvant. Ce rêve et cette folie dans les poches dit tant...

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un très beau récit, si terrible soit-il, qui ne prend des airs d'épouvante que pour mieux dire une authentique réalité.

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