Aller au contenu
View in the app

A better way to browse. Learn more.

Accents poétiques

A full-screen app on your home screen with push notifications, badges and more.

To install this app on iOS and iPadOS
  1. Tap the Share icon in Safari
  2. Scroll the menu and tap Add to Home Screen.
  3. Tap Add in the top-right corner.
To install this app on Android
  1. Tap the 3-dot menu (⋮) in the top-right corner of the browser.
  2. Tap Add to Home screen or Install app.
  3. Confirm by tapping Install.

Le Scarabée de Cornaline

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Le Scarabée de Cornaline

Récit historique

 

La chaleur de Thèbes tombait comme un linceul sur les jardins du palais royal. C'était la troisième année du règne d'Amenhotep II, mais pour le prince Thoutemôsis, héritier désigné, ces merveilles ne seraient pas les siennes avant la mort de son père. Il avait dix-sept ans, les épaules déjà sculptées par les maîtres d'armes, le front marqué par l'apprentissage des hiéroglyphes sacrés et des rituels d'Amon-Rê.

Ce fut lors d'une razzia en Nubie qu'il la vit pour la première fois. Elle s'appelait Néhassi, fille d'un chef rebelle du royaume de Kouch. Les soldats l'avaient enchaînée avec les autres captifs, ses chevilles entravées par des anneaux de bronze. Pourtant, sous la saleté et le sang séché, Thoutemôsis discerna une beauté sombre qui le frappa comme la foudre de Seth. Ses yeux en amande brillaient d'une fierté intacte malgré l'humiliation.

Le grand prêtre Amenemopet inscrivit son nom sur les tablettes d'argile : esclave affectée aux cuisines du temple de Karnak, corvéable à merci, propriété divine jusqu'à la mort.

Les semaines s'écoulèrent. Thoutemôsis étudiait les textes des pyramides sous la férule du scribe royal, s'entraînait au tir à l'arc dans la cour du palais, assistait son père lors des audiences solennelles dans la salle hypostyle. Mais chaque nuit, quand la Lune montait au-dessus du Nil, il traversait les jardins d'acacias et longeait le canal sacré jusqu'aux cuisines du temple.

C'est là qu'il la retrouvait, après le départ des prêtres. Néhassi broyait le grain dans la pénombre, ses mains meurtries par la meule de granit. Il lui apportait des dattes, du pain blanc, parfois un collier de perles de faïence qu'elle cachait sous sa tunique grossière.

- Tu es fou, prince, murmurait-elle dans sa langue gutturale qu'il apprenait mot après mot. Si les gardes nous trouvent...

- Alors je dirai que tu es mienne. Mon père acceptera.

Mais tous deux savaient que c'était un mensonge. Une princesse d'Égypte attendait déjà, fille du gouverneur de Memphis, dont l'union scellerait les alliances du Delta. Un pharaon n'épouse pas une esclave nubienne.

Sous le sycomore aux branches argentées par la Lune, ils échangèrent pourtant des serments impossibles. Thoutemôsis jura par Horus et Osiris qu'il la libérerait. Néhassi, plus lucide, pleurait en silence. Un soir, elle lui donna son unique trésor : un scarabée de cornaline gravé des symboles de son peuple.

Le destin frappa durant la fête d'Opet. Amenhotep II mourut subitement, terrassé par une fièvre maligne. Et Thoutemôsis devint pharaon après sept jours de rituels. Les cérémonies se succédèrent : purification dans le lac sacré, onction des huiles sacrées, couronnement dans le sanctuaire secret où seul le roi peut pénétrer. Il portait désormais le némès rayé, le sceptre héqa et le flagellum nekhekh.

Le jeune pharaon crut d'abord pouvoir agir. La première nuit de son règne, il convoqua le grand prêtre et exigea la libération de l'esclave nubienne. On le regarda avec un mélange de pitié et de mépris.

- Majesté, les généraux murmurent déjà. Les gouverneurs du Sud redoutent votre jeunesse. Si vous affranchissez une esclave ennemie, si vous la prenez pour épouse ou même pour concubine, le trône vacillera. L'Égypte a besoin d'un pharaon fort, pas d'un enfant amoureux.

Thoutemôsis comprit alors le piège dans lequel il était pris. La couronne pesait plus lourd que tous les serments.

Mais Néhassi, elle, avait osé l'espoir. Quand la rumeur parvint aux cuisines que le jeune pharaon avait réclamé une esclave nubienne, elle pensa qu’un miracle était advenu. Elle commit l'irréparable : elle s'enfuit du temple pour rejoindre le palais, traversant la rue des Sphinx en pleine nuit.

Les gardes la capturèrent à l'aube, devant les portes de bronze. On la traîna devant le conseil royal. Le crime était double : fuite et profanation du domaine sacré d'Amon.

Thoutemôsis était là, sur son trône d'électrum, paralysé par les regards des généraux, des prêtres, des nobles. Néhassi leva les yeux vers lui. Dans ce regard, il n'y avait plus d'espoir, seulement une question silencieuse.

Le grand prêtre prononça la sentence traditionnelle pour une telle offense : l'empalement.

Le pharaon ne dit rien. Ses doigts se refermèrent sur le scarabée de cornaline dissimulé sous son pagne royal. Il acquiesça d'un mouvement imperceptible.

On exécuta la jeune femme le lendemain, sur la place du temple, le pieu de cèdre traversa son corps mince tandis que les corbeaux tournoyaient déjà. Elle mit trois heures à mourir sous le soleil de plomb.

Thoutemôsis régna pendant quarante-deux ans. Il conquit la Syrie, fit graver ses victoires sur les pylônes de Karnak, édifia des temples magnifiques. Mais chaque nuit, jusqu'à sa mort, il serra dans sa main le scarabée de cornaline jusqu’à faire jaillir le sang.

Et jamais plus il ne regarda la Lune.

 

FIN

 

Modifié par Alba

Posté(e)

Un récit qui pose la question fondamentale de tout pouvoir : jusqu'où doit-on aller pour maintenir le calme ? La réponse est ici cruelle de lucidité.

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci Nils pour ce commentaire sensé.

Oui, Pharaon n'est pas libre, le pouvoir suprême a ses contraintes. Toute structure aspire à sa maintenir telle quelle et nul désordre ne doit advenir. L'amour sincère et désintéressé, qui ne sert pas le pouvoir, introduit ce désordre insupportable et fatal à toute tyrannie qui se respecte...

Pharaon et cette pauvre esclave l'apprennent à leurs dépens.

(+_+)

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une histoire dont j'appréciai au début le charme pittoresque, le décalage amoureux, et qui finit horriblement, dans une fin non merveilleuse, comme dans les contes, mais plausible. Y aura-t-il quelque chose pour sauver l'humain?

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci, Thy jeanin, pour ce ressenti partagé.

L'amour ensorcelle les remparts de Thèbes (comme ceux de Séville) mais la réalité le rattrape cruellement.

Il n'y a pas de place pour la romance sur le trône des puissants ! Dura lex sed lex.

(+_+)

Posté(e)
  • Semeur d’échos

C'est un exercice de style appliqué, un peu scolaire.

J'ai le ressenti que tu as fait tes devoirs (documentation, structure, chute), mais il manque l'essentiel : une voix, un angle, une façon de raconter qui n'appartienne qu'à toi.

C'est lisse, prévisible, et finalement oubliable malgré le sujet tragique.

La vraie difficulté n'est pas de raconter une histoire triste avec un bel objet symbolique.

C'est de faire en sorte qu'on ait quelque chose à en faire, nous, lecteurs, une fois le texte refermé.

Là, il ne reste que le scarabée et un peu de sang sur les doigts.

Pardon, @Alba , je lis avec mon ventre.

Je guette la petite étincelle, la surprise, le truc qui dérape un peu et qui dit : il y a quelqu'un là-dessous.

Sinon, bien évidemment, c'est de la belle écriture et mon avis ne compte guère.




Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

"Pardon, Alba, je lis avec mon ventre".

Cette façon très personnelle de lire n'est peut-être pas la meilleure pour appréhender une chronique historique fictive, tissée de précision dans le compte rendu des faits et de détachement voulu.

"Un exercice de style scolaire" ?

"tu as fait tes devoirs" ?

Franchement, j'ai l'impression que l'enfance n'est pas de mon côté. Ce sont des propos dénigrants et blessants de gamine méchante dans une cour d'école.

Tu perds le sens et toute mesure, Joailes, ainsi que ce respect mutuel qui nous est si cher sur Accents Poétiques.. Je le déplore profondément.

il y a une heure, Joailes a écrit :

C'est un exercice de style appliqué, un peu scolaire.

J'ai le ressenti que tu as fait tes devoirs (documentation, structure, chute), mais il manque l'essentiel : une voix, un angle, une façon de raconter qui n'appartienne qu'à toi.

C'est lisse, prévisible, et finalement oubliable malgré le sujet tragique.

La vraie difficulté n'est pas de raconter une histoire triste avec un bel objet symbolique.

C'est de faire en sorte qu'on ait quelque chose à en faire, nous, lecteurs, une fois le texte refermé.

Là, il ne reste que le scarabée et un peu de sang sur les doigts.

Pardon, @Alba , je lis avec mon ventre.

Je guette la petite étincelle, la surprise, le truc qui dérape un peu et qui dit : il y a quelqu'un là-dessous.

Sinon, bien évidemment, c'est de la belle écriture et mon avis ne compte guère.




Posté(e)
  • Semeur d’échos

@Alba : je suis sincèrement désolée que mes mots aient pu être perçus comme dénigrants ou blessants. Ce n’était absolument pas mon intention, et je le regrette si la forme t'a heurtée.

Pour clarifier mon propos : je maintiens mon ressenti sur le fond (la sensation d’un texte très maîtrisé mais où j’ai personnellement manqué d’un grain de folie), et je reconnais bien volontiers que ma façon de lire "avec le ventre" n’est pas universelle.

Tu expliques très bien que ta démarche était celle d’une chronique historique précise et détachée.

Cela s’entend parfaitement, et je conçois tout à fait que cette intention échappe à une lecture viscérale comme la mienne.

Mon "tu as fait tes devoirs" visait à saluer le travail documentaire, pas à infantiliser ton écriture.

Le forum est justement fait pour ces rencontres de sensibilités différentes.

La mienne a mal rencontré la tienne, et pour cela, je te présente mes excuses si tu penses que le ton a dépassé ma pensée.

Le forum est un espace d'échange où chacun vient chercher quelque chose : des retours, des ressentis, des encouragements.

La critique fait partie du jeu, et j'ai donné la mienne, sincèrement, sans aucune malveillance.

Je conçois qu'elle puisse déplaire ou ne pas correspondre à ta vision : c'est le risque de toute publication, et c'est aussi ce qui fait la richesse des échanges : des regards différents sur un même texte.

Si ma lecture t'a déplu par rapport à ton projet d'écriture, encore une fois, j'en suis désolée, mais

je crois qu'on peut accueillir un avis contraire sans y voir une agression.

Je te souhaite bonnes continuation et lectures.

Modifié par Joailes

Posté(e)

Un texte fort @Alba , porté par une tension efficace entre l'intime et le monumental. Le meilleur moment, pour moi, est la scène du trône : Thoutemôsis n'a pas besoin de parler, son silence dit tout. Et la fin – le scarabée serré jusqu'au sang pendant quarante-deux ans – est d'une sobriété parfaite.

Ni Thoutemôsis, ni Néhassi ne sont à blâmer, ils sont tous les deux victimes de leur statut, mais, malgré tout, ils se sont aimés et chacun condamné à son triste sort.

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci beaucoup pour ce commentaire sensible et subtil, Vol Au Vent !

L'Égypte ancienne est fascinante. Les récits qui la font revivre offrent un merveilleux voyage dans le passé. C'est l'objet de cette fiction historique. Voici Pharaon devant nous, sous l'immense soleil de Rê...

Les hommes ont disparu, mais les barques temporelles demeurent et les pyramides se dressent toujours. La fugacité humaine dit toujours cet immense désir d'éternité, par-delà les millénaires.

(¬‿¬)

Account

Navigation

Configure browser push notifications

Chrome (Android)
  1. Tap the lock icon next to the address bar.
  2. Tap Permissions → Notifications.
  3. Adjust your preference.
Chrome (Desktop)
  1. Click the padlock icon in the address bar.
  2. Select Site settings.
  3. Find Notifications and adjust your preference.