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« Ma vie est à vendre »

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

« Ma vie est à vendre »

 

Conte philosophique

 

Il existait autrefois une cité où l’on ne comptait pas l’or, mais les heures. Chaque habitant possédait une bourse de verre remplie d’un sable lumineux : le temps de sa vie. À chaque minute vécue, un grain s’échappait vers le fond, réduisant peu à peu la lueur. Dans cette ville, les banques étaient des horloges, et les riches n’avaient pas de coffres, mais des sabliers immenses où le sable s’amassait en collines étincelantes.

Parmi les habitants vivait un homme nommé Élias, humble horloger. Il réparait les sabliers fissurés et entretenait les clepsydres des plus pauvres. Son propre sablier, petit et fêlé, ne brillait que faiblement. Mais Élias travaillait avec soin, heureux d’entendre les tictacs réguliers de sa boutique, comme un cœur battant qu’il partageait avec le monde.

Un jour, un étranger à la mise éclatante entra dans l’atelier. Sa montre battait si vite qu’elle bourdonnait d’une énergie inhumaine.

- Êtes-vous Élias le réparateur de temps ? demanda-t-il.

- C’est ainsi qu’on m’appelle, répondit l’horloger avec humilité.

- J’ai besoin de vos talents. Je possède un sablier unique, mais je voudrais en avoir un second, vide, que je puisse remplir selon mon gré.

Élias fronça les sourcils.

- On ne peut remplir un sablier qu’avec le sable de sa propre vie, monsieur. C’est la loi du monde.

L’étranger sourit.

- Eh bien, fabriquez-moi le sablier, je me chargerai du reste.

Le ton ne laissait pas place à la discussion. L’homme paya Élias avec une poignée de sable doré qui fit rayonner aussitôt la boutique. Le cœur de l’horloger battit plus fort : ces grains prolongeaient sa vie. Il accepta le travail.

Pendant plusieurs nuits, il forgea le sablier commandé. Quand il le remit à l’étranger, celui-ci plaça sa main dessus, et un flot de sable s’y écoula de nulle part. En un instant, le sablier se remplit d’un sable à l’éclat surnaturel.

- Vous voyez, dit-il, il suffit de savoir acheter le temps des autres.

Élias fut stupéfait.

- Acheter... le temps ? Comment cela ?

- En vendant ce qu’ils désirent le plus, répondit l’homme, un sourire aux lèvres. Certains troquent une heure contre un moment d’amour, d’autres un jour contre la gloire. Les plus désespérés donnent des années entières pour oublier leur douleur. Moi, je leur offre ce qu’ils croient vouloir… et je prends leurs heures.

Ainsi naquit le marchand de temps.

Les semaines passèrent, et la rumeur de l’homme aux sabliers se répandit. Les jeunes venaient acheter quelques heures supplémentaires de plaisir, les vieillards troquaient une nuit d’existence contre la vigueur retrouvée, les ambitieux payaient leurs promotions avec dix années de leurs vieux jours. La ville s’illumina, mais d’un éclat trompeur. Les sabliers se vidaient plus vite que les cœurs ne savaient battre.

Élias, horrifié, tenta de raisonner le marchand.

- Vous jouez avec la vie des hommes !

- Je ne fais que commercer, répliqua-t-il. Les gens savent ce qu’ils vendent. Le temps, pour eux, n’a plus de valeur tant qu’ils croient pouvoir en racheter.

Les rues de la cité devinrent silencieuses ; ceux qui avaient donné trop de leur sable s’effaçaient lentement, comme des ombres dans le vent.

Un soir, Élias vit son propre sablier presque vide. Son temps s’était écoulé à réparer les horloges d’un monde malade. Désespéré, il se rendit chez le marchand.

- Donnez-moi un peu de temps, je vous en prie. Une seule année de plus pour comprendre.

Le marchand observa la lueur tremblante de la lampe.

- Tout s’achète, Élias. Que m’offrez-vous en échange ?

- Rien d’autre que mes mains. Servez-vous-en pour réparer vos sabliers.

- Inutile, ricana l’homme. Ce que je veux, c’est ce que vous possédez encore : votre conscience.

Élias recula.

- Ma conscience ?

- Oui. Renoncez à vos doutes, à votre pitié. Devenez mon associé. Ensemble, nous ferons fortune.

L’horloger hésita. Il vit la poussière dorée danser dans la lumière, douce, tentatrice. Puis il songea à tous ces visages fanés qu’il avait vus disparaître.

- Non, dit-il enfin. J’aimerais mieux que mon sablier se brise plutôt que de remplir le vôtre.

Le marchand soupira.

- Comme il vous plaira.

Il tourna son sablier, et le sable d’Élias se mit à couler plus vite

.

Mais avant que le dernier grain ne tombe, Élias saisit l’instrument et le jeta contre le sol. Le verre éclata, projetant mille éclats lumineux. Le sable, libre, s’envola dans l’air et se mit à briller d’une lumière d’aurore qui se propagea dans toute la ville.

Un phénomène étrange se produisit : les sabliers des habitants cessèrent de s’écouler. Chacun vit le sable suspendu, immobile entre ciel et terre. Le temps venait de s’arrêter !

Le marchand, furieux, tenta de ramasser les grains d’or, mais ils se dissolvaient entre ses doigts. Sans le temps, il n’était plus rien.

- Imbécile ! cria-t-il. Tu as détruit le monde !

- Non, répondit Élias, le souffle court. J’ai seulement rappelé que le temps ne nous appartient pas. Il est fait pour être vécu, non pour être vendu.

Le marchand voulut parler encore, mais déjà sa voix s’éteignait. Il se dissipa comme un écho dans le vent. Lentement, le sable retomba, paisible, dans les sabliers. La vie reprit son cours, plus lentement, plus calmement.

Depuis ce jour, la cité bannit toute idée d’acheter ou vendre le temps. Les habitants apprirent à le partager : une heure de conversation valait plus qu’une journée de profit ; un instant de tendresse plus qu’un trésor. Et au milieu d’eux, un petit sablier brisé trônait sur la place publique. On disait que quiconque le regardait longtemps entendait la voix d’Élias souffler :

« Le temps n’est pas une marchandise, mais un souffle que l’on se transmet ».

 

FIN

 

Posté(e)

Un bien joli conte philosophique assorti d'une relecture inventive du pacte avec le Diable...

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci Nils pour ce commentaire, le diable aux mille visages est en effet présent dans ce conte cruel.

Buveur de sang, voleur de temps, il trompe pour mieux régner. L'illusion et le mensonge sont ses armes favorites et la naïveté et la faiblesse humaines, ses alliées les plus précieuses.

Heureusement, certains voient clair dans son jeu !

⊙︿⊙

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une jolie histoire pleine de profondeur. Ce marchand de temps est aussi marchand de sable: il "endort" tout le monde. Mais Elias a veillé, lui. Edifiant. Les personnages sont typés comme dans les contes et sable et sablier apportent, les lumières aidant, une part de poésie.

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci Thy Jeanin, pour ce commentaire !

À travers celui qui lutte contre les fausses valeurs, toutes de superficialité, est suggéré en fait une autre société, une communauté de l'authentique.

Car ce marchand du temps (ou marchant du Temple ?) qui grimace comme le Diable, a le visage de nos bonheurs illusoires modernes. L'humanité, la vraie, est possible en faisant d'autres choix, en adoptant d'auttes valeurs.

ヘ(* 。* ヘ)

Posté(e)

Le conte pose une question ancienne : peut-on posséder le temps ? Le marchand croit que oui – il en fait une marchandise, un capital. Mais le temps vécu ne s'accumule pas : il est l'existence même. Vendre son temps, c'est vendre son être.

On ne guérit pas les hommes, hélas, de leur rapport au temps – on leur montre simplement comment un homme choisit de mourir.

Merci @Albapour ce texte!

Modifié par Vol Au Vent
faute de frappe

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci à toi, Vol Au Vent, pour ce si beau et si profond commentaire !

On ne possède pas le temps mais on peut voler celui des autres : la captation de l'attention, par cette fascination qu'elle suscite, en est un bon exemple...

On ne croise plus que des zombies dans la rue, le nez sur leur écran. Rares sont ceux qui savent qu'il y a encore des "nuages, des merveilleux nuages", comme dirait le poète, au-dessus de leur tête.

(¬‿¬)

Posté(e)

"On ne croise plus que des zombies dans la rue, le nez sur leur écran. Rares sont ceux qui savent qu'il y a encore des "nuages, des merveilleux nuages", comme dirait le poète, au-dessus de leur tête" : c'est tellement vrai! Pourtant la Nature, dans toute sa splendeur, a tant à nous offrir .... sur de nombreux sujets, il faut apprendre d'Elle, car, à mes yeux, Elle seule est parfaite!

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Comme tout ceci est vrai, Vol Au Vent !

La nature porte en elle la sagesse de millénaires d'évolution au cœur d'un équilibre chaque jour renouvelé et chaque soir prolongé ! Comment ne pas y reconnaître l'immense figure du Tout ? Chaque chose y est signifiante et finement liée par les lois non de la contingence, mais de la nécessité.

Tout fait sens et lumière, dans la nature, d'où cette impression de plénitude et de sérénité que nous éprouvons en la contemplant.

(¬‿¬)

Modifié par Alba

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