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Qu'un dieu vous serve (IV, 11 & V, 1)

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Posté(e)

Scène 11 – Arès, Jacques

 

Jacques : Je viens d’apercevoir Poséidon, il est furieux…

 

Arès : Pour une fois, ce n’est pas moi !

 

Jacques : Seigneur Arès, je voulais vous dire…

 

Arès : Je suis au courant : je suis certain que votre épouse et vous ferez d’excellents juges. Je n’ai aucun doute là-dessus, donc tranquillisez-vous. Votre rôle sera simple, je pense qu’on a dû vous le dire.

 

Jacques : Merci mais il ne s’agit pas de cela. Ma fille m’a avoué que vous les aviez aidés, son frère et elle.

 

Arès : Nullement : je vous ai déclaré avoir débarrassé le parc de cinq vermines et c’est ce que j’ai fait.

 

Jacques (en colère) : Comment osez-vous ? Vous, vous…

 

Arès : Vous êtes tous condamnés, cela fait donc de vous des vermines en puissance. Le dieu que je suis sent déjà l’odeur de votre future décomposition.

 

Jacques (se levant, les poings serrés) : Comment osez-vous ? Je, je…

 

Arès (le dominant de toute sa taille) : « Je, je… » C’est une manie chez les mortels de ne parler de soi qu’à la première personne ? Vous souhaitez donc m’affronter, moi, un dieu ? Moi, le dieu de la guerre ? Moi, le dieu de la fureur, du carnage et du massacre ?

 

Jacques (se contenant, les poings toujours serrés) : Vous n’oserez pas…

 

Arès (même jeu) : Et comment donc ! Allons, venez ! Un dieu vous attend ! Ah, je vois : il vous faut un peu de stimulant ? Que pensez-vous alors, comment appelez-vous cela dans votre monde ?, ah oui : des effets spéciaux ? (Il claque des doigts : des éclairs apparaissent, le tonnerre se fait entendre.) Cela ne suffit pas ? Je vous propose donc un peu de théâtralité, je m’excuse par avance si je confonds les termes, je ne suis guère disposé à la mise en scène… (Il claque à nouveau des doigts : des tableaux montrant des scènes de massacre se succèdent.) Regardez ce qu’est la guerre ! Regardez bien ! Regardez mon âme toute nue que je vous offre ! Plongez-y, plongez dans les affres de la guerre ! Ce n’est pas encore suffisant ? Décidément, il vous en faut ! Si nous passions alors aux encouragements ? Peut-être que cela vous décidera ! (Il claque encore une fois des doigts : le chœur d’Ombres apparaît.) Regardez ce chœur, regardez-le bien ; ne vous contentez pas d’un simple coup d’œil mais observez chaque visage : vous avez là les meilleurs combattants qui m’aient jamais affronté, généraux portés en triomphe, chevaliers vainqueurs des plus grands duels, samouraïs les plus fidèles à leur devoir, guerriers sauvages de toutes les contrées du monde connu et inconnu, soldats les plus honorés à travers l’Histoire ! Tous, je les ai vaincus, en un clin d’œil, comme l’on écrase un insecte ! Et maintenant ce ne sont que des ombres, des ombres pourtant qui vous battraient en un instant ! Et vous voulez m’affronter ?

 

Jacques (qui va s’asseoir) : Laissez tomber.

 

Arès (qui reste debout) : C’est bien ce que j’avais en tête.

 

Jacques : J’avais pensé que…

 

Arès : Non, vous n’avez pas pensé : vous avez jugé. Alors laissez-moi vous expliquer une chose qu’apparemment vous n’avez pas comprise depuis que je suis à votre service : je ne suis pas un gentil et ce n’est pas parce que vous m’avez traité mieux que mes précédents maîtres que je vous en remercierai pour autant. La réalité est là, c’est tout.

 

Jacques : La réalité fait toujours mal.

 

Arès : La réalité fait toujours mal ? Alors entendez la vérité, elle fait plus mal encore ! (Il saisit Jacques par le col pour le porter à sa hauteur.) De par ma fonction je suis aussi le dieu des serments et j’honore donc le contrat que vous tenez du Messager. Mais si ce misérable bout de papier ne se trouvait pas entre vous et moi, cela fait bien longtemps que je vous aurais tous massacrés, votre famille et vous ! Car vous m’insupportez, avec vos jérémiades incessantes ! Et d’ailleurs, un dieu tel que moi n’a pas à se justifier devant un mortel tel que vous ! Vous souciez-vous de la fourmi que vous écrasez sous votre pas ? La baleine se soucie-t-elle du plancton qu’elle avale à chaque bouchée ? Non ! Et je serai encore plus clair avec vous ! Votre fille, je l’aurais volontiers prise comme butin de guerre et pour être plus précis, je l’aurais violée maintes et maintes fois sous vos yeux avant de l’abandonner à mes Ombres pour qu’ils s’en repaissent car telle est ma fonction. Quant à votre fils, je lui aurais sans souci écrasé le crâne sous le sabot de mon cheval rien que pour le plaisir de voir ruisseler son sang car, là encore, telle est ma fonction. Ou peut-être l’aurais-je fracassé moi-même, son petit crâne, comme la corneille laisse tomber la noix au sol pour la briser ! Que m’importe d’ailleurs de faire un choix ? Je vais, je viens, fureur, carnage et massacre m’accompagnant ! Alors, votre épouse éplorée, je l’aurais saisie et, méprisant en elle ce qu’un dieu comme moi recherche chez une jeune femme, je l’aurais soumise à la torture. La pendaison, c’est amusant mais c’est long. L’empalement, c’est délicieux mais c’est long aussi. Et tout cet attirail à préparer : un gibet par-ci, un pal par-là, que de matériaux inutiles ! Je pense que j’aurais préféré l’écartèlement : quatre bovins, ça se trouve partout, il suffit de chercher, et on tire, et la malheureuse aurait hurlé dès les premiers déchirements de ses nerfs ! Il est vrai que cela dure aussi mais j’en savoure davantage la souffrance. Quand la guêpe paralyse l’abeille pour y pondre ses œufs et laisser ses larves s’y nourrir, cela vous émeut-il ? Quand l’araignée tisse une toile brillante pour mieux y piéger et conserver la sauterelle, cela vous touche-t-il ? D’ailleurs, puisque j’ai parlé de votre fille, de votre fils, de votre épouse, il me faut encore me parler de vous. Et sachez bien ceci, mon maître : tout cela, je l’aurais accompli sous vos yeux que j’aurais pris plaisir à contempler car les larmes de mes victimes m’ont toujours été une douche agréable et c’est ainsi qu’un dieu comme moi conçoit sa fonction. Après tout, ne suis-je pas le dieu et vous le mortel ? Après tout, n’êtes-vous pas le maître et moi le serviteur ? Tout tourne dans ma tête quand je bataille et me livre au massacre et c’est une sensation qui me manque terriblement. Aussi remerciez le contrat que les Olympiens vous ont remis : il vous préserve de la fureur du dieu le plus furieux ! (Il lâche Jacques pour le laisser retomber brutalement sur son banc.) Maintenant que ma fonction a parlé, est-ce plus clair désormais dans votre tête ?

Acte V

La scène représente le même parc mais celui-ci a été aménagé de manière à présenter un simulacre de tribunal. Un banc est réservé aux deux juges, Jacques et Jacqueline, qui sont déjà installés à leur place ; d’autres bancs ou divers objets (poubelles, balançoires…) peuvent servir aux deux parties, l’accusation et la défense, tandis que d’autres bancs peuvent être réservés au jury et au public du procès qui s’ouvre. Comme toujours, et autant que possible, les divinités éclairent l’obscurité des mortels.

Scène 1 – Jacques, Jacqueline

 

Jacques : Si tu l’avais entendu, Jacqueline, les propos qu’il a tenus, cette haine qui émanait de lui… Si tu l’avais vu aussi, les yeux qu’il avait, cette flamme qui ne pouvait qu’évoquer la folie… Un monstre, je te dis, le Messager nous a confié un monstre !

 

Jacqueline : Tu me l’as déjà dit, il est inutile de te répéter. La parole soulage peut-être la douleur mais l’excès de parole conduit à l’affliction.

 

Jacques : Tu as raison : « peut-être » est un mot qu’il faudrait rajouter à toutes les citations.

 

Jacqueline : Je ne te comprends pas.

 

Jacques : Moi si. Et je ne veux plus que nos enfants approchent cette ignominie ! J’espère qu’ils ne sont pas encore à rôder dans le coin ! Que je les surprenne et tu verras un peu ! Et il va être grand temps que nous nous en débarrassions ! Ce procès tombe à pic, c’est moi qui te le dis !

 

Jacqueline : Je suis bien d’accord mais il y a quand même quelque chose qui me chiffonne dans tout ce que tu m’as rapporté. Arès, ce dieu qui nous sert, qui protège nos enfants et maintenant Arès, ce dieu qui te provoque, qui te lance les pires atrocités… Non, il y a une chose qui me travaille, je te l’assure.

 

Jacques : Laquelle ? Je me suis contenté de te rapporter les propos d’un psychopathe ! Il m’a menacé, il m’a montré des scènes d’horreur, il m’a parlé des tortures les plus affreuses !

 

Jacqueline : Oui, j’ai bien compris, mais il a bien parlé de « fonction », n’est-ce pas ?

 

Jacques : Oui mais en quoi est-ce curieux ? Ce dieu est fou, fou et sanguinaire !

 

Jacqueline : C’est curieux, Jacques, parce que moi, j’aurais parlé de « désir ».

A suivre.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Voilà une suite intéressante, tout n'est pas écrit d'avance...

Le suivi dramatique et le personnage d'Arès se compliquent et c'est fort intéressant.

Jacqueline a tout compris, elle est finaude et fine mouche, cette dame ! Jacques a l'air de tomber les yeux fermés dans le piège qu'Arès lui a tendu par ses vilains discours (un rien caricaturaux, quand même, ces discours. C'est un indice qui aurait dû attirer l'attention de Jacques).

À suivre...

Posté(e)
  • Auteur

Vous avez vu juste, @Alba : c'est bien Arès qui mène le jeu et ce depuis le début. Après, pour défendre Jacques, il avait quand même en face de lui un dieu bouillonnant de colère tandis que Jacqueline n'a eu que le récit de son époux. L'Acte V, je l'espère, répondra à toutes les attentes autour de cette pièce !

Posté(e)
  • Semeur d’échos

La vérité dans la bouche d'Arès! Dieu et modestie: cherchez l'erreur!

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