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Accents poétiques

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Les contes de la mère Jo (22)

Featured Replies

Posté(e)

La mélodie des tics et de l'harmonica

Monique a toujours eu des tics ; d'aussi loin que je me souvienne, au collège, elle était la proie de moqueurs acnéiques, mais elle restait stoïque et finissait par les décourager, ce qui me paraissait héroïque et fort de café.

Moi, j'aimais ses mimiques, avec mes frères Paul et Mick, on l'avait accepté dans notre clique et chaque mercredi dans notre cabane pleine de moustiques on partageait notre goûter avec elle.

(On n'avait pas de fric mais on piquait les mirabelles dans le jardin de Dame Annick qui ne les cueillait jamais, pour cause de douleurs arthritiques)

Le père de Monique était alcoolique et ne jurait que par l'alambic ; sa mère gardait des biques dans le pré aux colchiques, toujours vêtue comme un as de pique, ce qui, loin de lui donner l'air chic, la rendait pathétique.

Et puis, dans un village où chacun s'ennuie, elle était la proie idéale pour la critique : et nul, même se disant allergique, n'était sourd.

Pauvre Monique !

Elle avait bien de quoi être mélancolique, et souvent, avait de fortes coliques.

Reléguée au fond de la classe, elle rêvait de toits rouge brique, d'oiseaux mirifiques et de ballets nautiques.

Elevée à la trique, sevrée très tôt du conte de fées, elle n'avait pour tout viatique que ses tics.

Un jour, c'était l'été ; des musiques nostalgiques s'évadaient des fenêtres grandes ouvertes, et les anciens mâchaient leur chique sur les bancs publics que les amoureux avaient finalement désertés, sans se préoccuper d'autre chose ; sur la place arriva un cirque, il faut bien distraire les gens moroses qui ne savent pas se contenter des roses sauvages qui parfument les chemins de lentisques.

On a fait une cagnotte avec les sous que la souris avait donnés pour nos quenottes et on a emmené Monique assister à la représentation magique.

L'air était électrique, la foule enthousiaste et pacifique ; les projecteurs jetaient sur la piste un éclat magnifique.

Monique, le visage extatique, n'en perdait pas une miette, oubliant le pain de notre pique-nique et ses tics.

C'est ce soir là qu'elle a connu Yannick.

Il avait des tocs et à eux deux, ils résolurent leurs problèmes psychiques.

Je crois qu'ils ont voyagé longtemps, delà les Amériques, comme des amants romantiques.
Leur vie devint un road-trip magnifique, un voyage symbolique ponctué de défis et de découvertes exotiques.

Lui, il collectionnait les disques de musique cubaine, elle, les cartes postales de basiliques.

Leur amour, loin d'être pathétique, était leur unique et fantastique logistique.

Un jour, beaucoup plus tard, alors que nous étions, mes frères Paul et Mick et moi-même, rompus à la culture du basilic et de la tomate miel du Mexique, nous avons reçu une invitation en italique sur un papier crépon.

C'était Monique qui voulait sans façons nous inviter sous son toit de rouges briques pour parler du bon vieux temps, de ce hasard fatidique qui mène la vie des gens, de celui dont on a envie de parler un soir d'été au feu de la Saint-Jean ...

On est partis tous les trois sans hésiter avec notre bagage philosophique vers le sud, où s'était enfin posée Monique, qui avait connu la vie rude, l'enfance bouffée et qui n'avait plus de tics mais trois enfants fantastiques, Patrick, Pierrick et une petite Monique, la dernière de la lignée, aussi douce qu'une véronique, aussi jolie qu'un champ d'été.

On a passé une semaine merveilleuse, à l'ombrage du feuillage fidèle des yeuses.

Monique est toujours amoureuse, elle n'a plus de tics et Yannick plus de tocs, c'est un couple fantastique qui règne dans les collines, dans le Haut Languedoc, dans leur mosaïque d'amour ...

Paul a joué de la guitare, Mick de la cithare, Yannick a chanté avec Monique et c'est à ce moment là, à ce moment précis, suspendu et symbolique, au beau milieu de la musique, près des Gorges d'Héric, que j'ai commencé à avoir des tics.

Alors, j'ai sorti de la poche de ma tunique venue d'Afrique, mon harmonica, offert par mon oncle Eric exilé au Canada.

C'est ma tante Dominique, chanteuse de cantiques dans une église laïque dirigée par un ecclésiastique collectionneur de vases Lalique, qui m'a appris, heureusement, que cet instrument qui tient dans la poche permet de voir venir anguille sous roche, et de se débarrasser des tics, du tac au tic sans avoir recours à la toxine botulique.

Si vous n'y comprenez que pouic, c'est normal, cette histoire n'est peut-être pas pour tout public, et j'avoue qu'elle n'a rien d'académique ...

... mais elle peut plaire aux mélancoliques, insomniaques de surcroît, qui, plutôt que de s'abandonner à leurs tics, souriront simplement à mon conte atypique.

(joailes) 25 février 2026 - 21h 36

Modifié par Joailes

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une douce romance parfois interrompue par quelques tics mais cela vaut mieux que des tiques, alors soyons philosophes et ne boudons pas notre plaisique, pardon, PLAI-SIR.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Au fond, Monique et la narratrice sont des mélomanes phrastiques. Tout simplement! A la plume, la nuit booste conseil: chapeau (pointu)! C'est tendre et drôle, et fait de l'harmonie cas. 😉

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Joli conte atypique, Joailes empreint de tendresse....

Posté(e)

Drôle et virtuose, aux accents profonds d'Oulipo ! Quant aux frères Paul et Mick (Mac Cartney et Jagger) : voilà une singulière harmonie qui a ses parfums sixties, sans le moindre doute !

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Le hic, m’a dit ma dit mon amie Alice Térique, c’est que cette histoire n’est pas pathétique.

Jézequel Mouchemepique.

Posté(e)

Un conte humoristique et fantaisiste sur l'amour de la musique, en somme un voyage épique au pays des tics.

Posté(e)

Quand j'ai eu fini de lire ton texte j'étais comme un peu toquée : de son tic-tac ma pendule n'avait plus que le tac, où était donc passé son tic ?

J'ai bien aimé suivre Monique dans ses pérégrinations en tous cas !

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