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Qu'un dieu vous serve (IV, 8, 9 & 10)

Featured Replies

Posté(e)

Scène 8 – Arès, Chœur des Amazones

 

Le coryphée : Père de nous toutes, nous te retrouvons dans une amère joie !

 

Arès : Les guerrières que vous êtes ne sont-elles pas assez adultes ?

 

Chœur des Amazones :

Écoute notre sœur, Père de toutes les guerres !

D’Harmonie, notre mère à toutes, elle naquit la première :

Le droit d’aînesse donne primauté à la parole,

Il donne aussi l’expérience et la sagesse qui l’accompagne !

 

Arès : Fort bien ! Vous n’avez rien d’autre ? Si j’en crois ce qui m’a été rapporté par Diomède, je me demande bien d’ailleurs pourquoi il a fait cela !, vous avez déclamé à peu de choses près le même couplet devant mon oncle. Or j’en suis désolé pour vous mais changer un mot n’aide pas forcément à changer un argument.

 

Le coryphée : Père, le respect que nous te devons a ses limites et ne nous perds pas non plus je te prie dans une argumentation irraisonnée. Mes sœurs et moi parlions de piété filiale, c’est tout. Maintenant, si tu refuses désormais de te battre, prenant ton sort à la légère comme simples billevesées, que veux-tu que nous y entendions ?

 

Chœur des Amazones :

Écoute notre sœur, Père de toutes les guerres !

Le respect s’apprend par la force et par la force il s’inculque !

Si tu courbes l’échine pour que l’on te monte sur le dos,

Comment veux-tu que nous respections le baudet que tu deviens ?

 

Arès : J’ai fait plus d’une guerre à dos de baudet, j’ai massacré tout autant.

 

Le coryphée : Père, cela suffit. Voilà des éons entiers, le tribunal des Olympiens te condamna à servir les mortels. Tu t’assignas à la tâche, respectueux que tu es des lois de tes semblables malgré ton surnom de « Furieux » ! Mais nous ne comprenons pas pourquoi tu as tout remis en question en te livrant à cette farce grotesque avec les mortels !

Chœur des Amazones :

Écoute notre sœur, Père de toutes les guerres !

Tu as raison de rappeler que le cavalier fait le cheval

Mais mener sa monture au hasard des routes,

Ce n’est pas suivre le chemin, c’est suivre la poussière !

 

Arès : J’ai mordu la poussière plus d’une fois, je m’en suis toujours relevé.

 

Le coryphée : Mais enfin, dieu de la guerre, que cherches-tu depuis quelques jours ? Plus personne ne te reconnaît, nous les premières ! N’avons-nous pas toujours servi tes desseins avec le plus grand empressement ? N’avons-nous pas bataillé, guerroyé, massacré comme tu nous l’as appris ? N’avons-nous pas été, simplement, les guerrières dont tu parlais il y a peu, les sauvageonnes dont parlait Poséidon il y a peu également ? Aussi explique-nous !

 

Chœur des Amazones :

Écoute notre sœur, Père de toutes les guerres !

Tu as remplacé la lance par la langue

Mais tu n’es point un dieu de paroles,

Tu es le dieu de la fureur, du carnage et du massacre !

 

Arès : Et s’il me plaît, à moi, de ne plus être ce dieu-là ?

 

Le coryphée : Mais ce n’est pas possible ! Ce que le poète disait en parlant des mortels s’applique donc aussi aux dieux : « Celui que les dieux veulent perdre, ils le rendent fou » ! Te rends-tu compte du poids de tes propos ?

 

Chœur des Amazones :

Écoute notre sœur, Père de toutes les guerres !

Notre sein saigne de te voir agir ainsi

Car tu ressembles de plus en plus au poisson échoué :

Sans eau pour respirer, il s’agite dans tous les sens !

 

Arès : Il faut parfois s’échouer pour repartir à la mer. Et puisque vous me parlez de sein, allez donc vous ôter le second, vous n’en serez que plus des mâles. Veuillez me laisser, maintenant.

Scène 9 – Arès, Diomède

 

Diomède : Poséidon m’a chargé de te dire que les deux mortels que tu sers seront tes juges.

 

Arès : Je m’en suis douté à voir leur tête… Rien d’autre ?

 

Diomède : Si, une chose : il te laisse le choix des jurés.

 

Arès : Fort bien, dans ce cas je choisis les trois religieux, le bavard, l’agitateur et le fier-à-bras.

 

Diomède : Tu cours à une condamnation certaine avec ces gens-là mais si tel est ton choix…

 

Arès : Il l’est.

 

Diomède : Soit, je te laisse donc à ta folie.

Scène 10 – Arès, Poséidon

 

Poséidon : Qu’entends-je, neveu ? Diomède vient de me confier que tu avais choisi comme jurés les six mortels qui se sont présentés à nous ? Les rumeurs se confirment : tu es fou.

 

Arès : La folie est parfois sœur de la raison.

 

Poséidon : Une sœur qui n’est guère attentionnée dans ce cas et qui vend sa parente à un souteneur tout en l’assurant de son soutien. Je te pensais toutefois plus avisé : crois-tu réellement que ces six mortels voteront en ta faveur ? Tu ne m’as pas semblé beaucoup les défendre quand je leur faisais goûter mon trident et je pense qu’ils te rendront la pareille. A la limite les trois religieux voteront peut-être en ta faveur puisque tu t’es mis de leur côté mais les trois autres, n’y compte pas ! Et d’ailleurs, cela n’a pas de sens : chercherais-tu l’égalité lors du vote ? Tu es l’incarnation même de la folie dont je parlais tantôt : l’esprit dérangé et le corps tout aussi faible.

 

Arès : La peur de la mort crée parfois des surprises.

Poséidon : Aurais-tu l’intention de les menacer pour changer le sort du vote ? Sache alors que tu n’en auras pas le pouvoir car ils seront sous la protection de Zeus !

 

Arès : Je ne l’entendais pas dans ce sens et laissez de côté je vous prie celui qui n’écoute ni ne sauve ni ne répond à tous les suppliants, son fils y compris bien entendu !

 

Poséidon : Il est ton père !

 

Arès : Un père qui vous rejette, vous appelez cela un père ?

 

Poséidon : Le respect !

 

Arès : Le respect se perd parfois dès la naissance.

 

Poséidon : Explique-toi ! Par tous les lacs, les mers, les océans que j’incarne, explique-toi ! Par tous les Olympiens que je représente ici, explique-toi ! Car tu parles non seulement de mon frère mais encore du père de tous les dieux !

 

Arès : C’est pourtant simple. Certains sortent du ventre de leur mère et la tuent ; parfois leur père leur en veut, parfois non. Moi je suis sorti d’une matrice qui est restée bien vivante, alors pourquoi mon père me rejette-t-il ? Où le respect se trouve-t-il ?

 

Poséidon : La haine t’a égaré, mon garçon.

 

Arès : La haine naît souvent de la solitude.

 

Poséidon : Je ne poursuivrai pas plus longtemps cette discussion… ou cette folie plutôt ! Je vois que ton maître arrive, traite-le avec respect au moins.

A suivre.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Des scènes de transition. Le mystère plane et le suspense s'accroît.

Vivement la suite !

Posté(e)
  • Semeur d’échos

J'ignore ce qui a précédé...mais c'est une très belle lecture, un bel échange entre deux dieux, Nills. Vous rendez Arès si touchant.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Belle scène que la huitième! Un rebondissement plein d'intérêt nous attendait.

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