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L’hiver est un alligator

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

L’hiver est un alligator

Sous les cieux d’onyx froids où le gel se dépose,

L'hiver impitoyable étouffe un bâillement,

Son rire tout en dents cascade vivement,

Et l'espoir, blessé d’ombre, abandonne la rose.

Sous le ciel étouffé plane une nuit morose,

Et le vent met à bas le pâle vêtement

Où se drapait la fleur, ultime voilement

Transpercé par l'oeil noir de la saison forclose.

Les arbres sont témoins de son dernier appel,

Dans l'angle du froid pur se réjouit Machiavel,

Prince des temps glacés, puissance dominante.

Ô saison sans gaîté, servante de la mort,

Ton souffle endort les pleurs à l'âme frissonnante

Et déchire la vie en rire croque-mort.

Posté(e)

Houlala ... un hymne à la froideur victorieuse, servi par une langue précise et coupante.

La comparaison est forte et met bien en avant la froideur de l'animal alligator-hiver.

Un travail de densité et d'atmosphère qui met bien en avant la différence entre le crocodile et l'alligator : c'est caïman la même chose !



Modifié par Joailes

Posté(e)
  • Semeur d’échos

L’hiver est glacial à souhait dans ce beau sonnet, classique pour la forme, et ferait fuir un alligator des Everglades !

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci à vous pour vos commentaires avisés, Joailes et Jeep !

Une animalisation peu commune de cette saison qui présente une face bien figée dans bon nombre de productions poétiques. C'est aussi un symbole très parlant, une image qui convient parfaitement à l'hiver : ne parle-t-on pas souvent d'un froid "coupant" ? Filer la métaphore réserve des surprises, parfois.

Quand l'hiver met de l'ambiance, cela réchauffe l'atmosphère...

Posté(e)

J'ai davantage pensé à l'alligator qu'à l'hiver en lisant ton sonnet !
J'ai même eu peur que l'hiver revienne sans prévenir au bord de la rivière qui coule au fond du jardin...( ͡°_ʖ <)
Et toujours ton art du sonnet dont je ne me lasse pas d'observer la maîtrise, @Alba !

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un portrait sombre de l'hiver aux traits vifs.... De belles trouvailles lexicales émaillent tes vers. Les images semblent emprunter à l'art baroque de par leurs contrastes saisissants.

Une ambiance toute particulière, mordante comme l'alligator et le froid de l'hiver, Alba.

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci Ameline et Sophie !

La majesté des alexandrins se déploie comme un voile ténébreux et cruel, tout poisseux de mort, au long de ces vers empoisonnés.

Un théâtre de la cruauté (cf. A. Artaud) ruisselant de délices putrescents chers à Baudelaire : tel est l'Hiver en son marigot.

Il ne manque même pas la pauvre Rose éplorée...

( ͡^ ͜ʖ ͡^ )

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un sonnet impétueux envers ce pauvre hiver qui en sort plus froid encore…

Posté(e)

Quelle cruauté envers ce pauvre hiver @Alba délicieusement écrite, presque par Machiavel lui-même 🙂.

Un sonnet sombre et puissant, où l'hiver n'a rien de féérique : c'est un tueur à sang froid ici. La noirceur est totale, magnifiquement maîtrisée.

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci pour vos commentaires et vos lectures de ce sonnet, Tarentaise et Vol Au Vent !

La face tout en dents du terrible Hiver vous inspire pitié et compassion ! Heureuse saison !

Mais je vois que la rose, cette victime sans défense (et qui a peut-être écrit ce sonnet, qui sait ?) vous regarde avec un air boudeur...

( ͡~ ͜ʖ ͡° )

Posté(e)
il y a 26 minutes, Alba a écrit :

Merci pour vos commentaires et vos lectures de ce sonnet, Tarentaise et Vol Au Vent !

La face tout en dents du terrible Hiver vous inspire pitié et compassion ! Heureuse saison !

Mais je vois que la rose, cette victime sans défense (et qui a peut-être écrit ce sonnet, qui sait ?) vous regarde avec un air boudeur...

( ͡~ ͜ʖ ͡° )

Mais chère @Alba , une rose noire baudelairienne ne boude pas son bourreau, elle l'embrasse§ C'est dans le froid que je m'épanouis le mieux. Ton hiver-alligator et moi sommes de vieilles, très vieilles connaissances ... 🖤😘

Posté(e)

Il ne manque plus que les larmes de crocodile dans ce beau sonnet qui personnifie l'hiver comme un carnivore et fait de la rose la métaphore de la proie... que nous sommes tous.

Modifié par Nils Exo

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci beaucoup, Sylvie, pour ces précisions qui apportent sagesse et savoir !

Ce câlin avec l'hiver me rappelle une autre embrassade, plus néronienne, celle-là :

"J'embrasse mon rival, mais c'est pour l'étouffer",

Racine, Britannicus

( ͡~ ͜ʖ ͡° )

Merci, Nils, pour ces mots très justes.

Ah ! S'il pouvait pleurer, de rage ou de tristesse, qu'importe ! Mais l'hiver ne pleure jamais, il fait pleurer, hélas !

⊙▽⊙

Posté(e)
  • Semeur d’échos

La métaphore est inédite. On ne verse certes pas des larmes de crocodile en s'apitoyant sur le sort de la rose. Il fut un temps où l'on croyait que l'hiver pût être vainqueur et, finalement, c'est la raison d'être des festivités de fin d'année. Ton sonnet est impeccable et sa chute glace d'effroi!

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci à toi, Thy Jeanin de souligner que l'hiver apparaît ici sons des traits peu ordinaires !

Ce qui est surprenant,, c'est que finalement, le lecteur trouve que cette panoplie de saurien va comme un gant à l'hiver. Je crois bien que cette saison est une histoire de dents (cf. le froid mordant). Ceci explique cela...

L'hiver pourrait aussi être représenté comme un requin croisant en eaux froides. Brrrrrrrr... !

ltlo4b.jpg

( ͡^ ͜ʖ ͡^ )

Modifié par Alba

Posté(e)

Tristement beau. L’hiver est décrit avec autant de précision que de poésie.  « Son rire tout en dents », « en rire croque-mort » : ces rires méphistophéliques donnent de réels frissons. La voix de l’hiver personnifié sous votre belle plume  résonne lugubrement à nos oreilles. La saison froide, « servante de la mort », est habituée à décimer, à tuer, on le sait.  Mais, sous votre plume, il semble qu’elle se réjouisse du trépas de ses victimes, elle est vraiment sadique, machiavélique par son plaisir de se hisser au-dessus des autres saisons beaucoup moins violentes que « l’hiver impitoyable ».  

Merci Alba du partage

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci beaucoup pour ces mots si pertinents et si empathiques, Ouintenabdel !

L'hiver est ici présenté comme un prédateur impitoyable qui ne se contente pas de détruire, il y prend plaisir.

Bien des visions de la saison froide sont possibles, de la plus scientifique à la plus subjective. À chacun de faire son choix !

͡° ͜ʖ ͡ –

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