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Accents poétiques

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Le souffle du vent

Featured Replies

Posté(e)

Souffle

Je marchais dans la rue, nu.

Il y a cette maison immense, cette tour dans le ciel, ce village dans les nuages, des balcons qui se touchent pour en faire le tour, oh pardon que n’ai-je écrit, ce mot « tour » deux fois. C’est la maison (deux fois maison m’dame) des souvenirs, un mélange merveilleux et brutale. Je l’ai tant de fois imaginé s’envoler, j’en étais le pilote mais toujours ce vaisseau semblait prendre possession de ma vie et m’empêchait de décoller, bloqué ici, embourbé. J’avais ce collier, je voyais cette laisse et ce pieu.

-          tu es parti finalement

-        oui, j’ai soufflé ma douzième bougie et avec elle cette vie de misère mais elle m’a suivi, ses mâchoires obstinées au-dessus de mon cou, prêtes à jaillir, bavant sur moi parfois quant au petit matin je sursautais, son odeur de fauve dans l’air

-          tu as rencontré quelqu’un ?

-          comment ça j’ai rencontré quelqu’un

-          c’est une question

-          et pourquoi tu la poses ?

Je passe mon temps à vous détester, ne cherchez pas à savoir pourquoi. Ou si peut-être, vos questions. Il n’y a en moi ni trace ni contours, ni joie ni désespoir. J’ai ramassé sur le bord d’une route quelques affaires et des brisures de marrons glacés, c’est comme ça que j’appelle ces morceaux de quelque chose qui fut beau et je suis parti seul.

Je me suis coupé du monde avec une lame qui m’a donné la maladie qui ronge, une rouille qui me transperce, je perds chaque jour une brisure, sale temps pour les cons.

-          tu ne dis rien

J’ai dans mon bagage, un livre qui sait tout sur tout, il commence à dater c’est vrai mais j’ai cessé de tourner mes aiguilles et sous le hall, assis, j’ai relu le passage sur Babel, ni haut ni grand, moi petit et seigneur de vos vies. Je veux atteindre un sommet pour toucher à cette immortalité. Je refuse de passer sans rien. Laisse, je veux être ce vent à qui on donne un nom, dont on se souvient, les archives, c’est moi et personne d’autre. Je veux prendre un bain en regardant cette femme qui perd les eaux. Est-ce elle, celle qui me rattrapera avant que je n’explose ? je tourne incessamment les feuilles de ce livre car je sais que s’y cache ma solution pour tout effacer et devenir celui qui aime.

-          mais c’est quoi cette idée soudaine de bain et de femme qui perd les eaux ?

-          je n’ai rien dit de tel

-          j’étais perdu, ne me demande plus si je connais quelqu’un

Comment vous écrire calmement alors qu’à l’intérieur gronde ce père austère qui parle à Dieu, je vous déteste et vous les passants, vos regards dans la boue, vos regards de trop.

C’est par hasard n’est-ce pas que j’ai ramassé cette bouteille, elle est le vent car c’est bien du vent dont je parle ici depuis le début, un vent de tempête, un vent monstrueux qui arrache les pierres et les cœurs. Je vais dormir avec elle. Elle a rêvé je crois, elle a rêvé que je dormais pour toujours, elle m’a promis le vent des oiseaux et j’ai bien failli me faire prendre mais je suis l’enfant du vent bleu et jusqu’au dernier étage je suis monté avec elle, ma tour, m’étourdir, mes tours à l’envers, ni haut ni bas, ne voyez-vous pas, les monstres arrivent et toi le vent ?

Je vois dans tes mots intérieurs l’incompréhension.

Et tu cherches à ranger, chaque idée bien repassée, un tableau qui fixe une scène mais le vent ne se construit pas, il détruit, il emporte, les émotions, les jaunes, les rouges, il mélange, il éparpille, il bombarde, les énigmatiques, les poètes, les fragments, les compagnes, les compagnons, les invisibles, il passe.

Quel ne fut pas mon étonnement.

Il fallait le jeu, le plateau, les pièces, les règles et savoir jouer aussitôt. C’est à n’y rien comprendre.

Je regarde une dernière fois écrivant des lettres, la même chose, en prose, en néo-classique, en liberté, en slam, en chinois, quelques dessins, un pendu, un dé, un cep, un scion. Pauvre de moi, c’est possible.

Et enjambant le parapet, une jambe, j’entends soudainement sa voix, il ou elle, les autres, peu importe vous savez, ce qui compte c’est que je l’entends, une voix douce, chuchotante et la pluie sur mes épaules et ce feu qui m’habite s’éteint, elle perd les eaux, je vous l’ai dit plus haut.

Le vent n’est plus là.

-          as-tu peur ?

-          ce n’est peut-être pas possible, c’est peut-être faux mais j’y crois, j’entends de la musique, je vais aller danser maintenant.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une tragédie intime, retranscrite en détails par une plume subtile, minutieuse observatrice des souffrances et du désarroi de l'âme !

Posté(e)

Une crise brève mais profonde, retranscrite avec poésie ; le retour au calme à la fin du texte appelle un autre souffle, celui de la danse, qu'on espère apaisant.

Modifié par Nils Exo

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Etrange dialogue où émergent gêne d'âme et désirs contraires. Se souvient-on du vent? Oui.

Posté(e)

Mystique polychrome, sous tes allures de Pimprenelle, tu danses.

Qu'importe le vent.

Entends-tu ?

Ce sont des mains qui se rejoignent, émettant ce chahut joyeux. Au dessus, trônent des sourires.

  • 2 semaines plus tard...
Posté(e)

Un long texte prenant sur le mal vivre d'un homme dont l'âme fragile se blesse, mais avec à la fin du poème l'espoir d'une belle danse pour se soulager de ses maux ne serait-ce qu'un moment.

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