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Qu'un dieu vous serve (I, 4)

Featured Replies

Posté(e)

Scène 4 – Arès, Jacques, Jacqueline

Arès : Mes maîtres, me voici.

Arès paraît, ses attributs avec lui : outre son casque, toujours sur sa tête, il a un bouclier à la main, un sanglier et un chien qu’il tient en laisse avec l’autre main, un vautour et un pivert sur chaque épaule. Dès qu’ils le voient, Jacques et Jacqueline poussent un cri horrifié et se mettent à courir sur scène, faisant le tour de celle-ci pour revenir à leur point de départ. Pendant tout ce temps, Arès ne bouge pas, ne les regardant pas, ni l’un, ni l’autre, mais caressant ses animaux comme s’il attendait. Jacques et Jacqueline finissent par le rejoindre, reprenant leur souffle comme ils peuvent.

Jacques (encore essoufflé) : Mes aïeux ! Mes aïeux ! Mes aïeux !

Arès : Mes yeux à moi ne trouvent rien à redire. Si j’apparaissais devant vous dans ma pleine divinité, vous vous transformeriez immédiatement en poulet grillé… Vous ne le souhaitez pas, n’est-ce pas ?

Jacqueline (encore essoufflée également) : Mais cet accoutrement !

Arès : Il ne m’a point coûté, rassurez-vous là-dessus. C’est l’avantage des dieux que de ne pas souffrir de la pauvreté.

Jacques : Pourriez-vous au moins, s’il-vous-plaît, dissimuler ces animaux ? Ils auront tôt fait d’ameuter tout le voisinage…

Arès : Ils n’ameuteront rien du tout. N’avez-vous donc pas lu le contrat remis par le Psychopompe ? Je demeure invisible sauf à ceux qui ont pouvoir sur moi. Vous ne craignez donc rien, aussi calmez-vous un peu je vous prie. (A part : Par tous les Olympiens dont je ferai bientôt à nouveau partie, où suis-je tombé ?)

Jacques : Mais nous, nous voyons et ce que nous voyons ne nous plaît pas et ce qui ne nous plaît pas doit disparaître !

Arès (d’un ton légèrement agressif) : Qui ne vous plaît pas ?

Jacqueline : Nullement votre personne, Arès, je vous prie de le croire… Mais comprenez également que ces créatures…

Arès (même ton) : Non, je ne comprends pas. Ces créatures comme vous les appelez me sont fidèles et priver un dieu de ceux qui lui sont fidèles, c’est le faire mourir un peu. Tenez, prenez mon vautour : il a l’habitude de charogner à tout-va sur les champs de bataille, volant bien haut et noircissant les cieux de ses ailes sombres. Regardez son cou pâle comme un cadavre, regardez comment il se courbe, fidèle, vers la main qui le nourrit. Voulez-vous le caresser ? (Jacques et Jacqueline reculent.) Quant à ces plumes aussi vertes que le pré au soleil, il s’agit de mon pivert, celui qui annonce l’heure du carnage. Mais ne vous méprenez pas sur ses couleurs chatoyantes ! Écoutez plutôt son chant, vous risquez de l’entendre à nouveau, c’est celui du fracas des tambours et du souffle des trompettes ! Écoutez surtout comment il se penche, fidèle, vers l’oreille qui sait lui plaire. Voulez-vous le caresser ? (Jacques et Jacqueline reculent.) Voici à mes pieds mes deux derniers serviteurs : le premier est un sanglier de premier ordre, animal de fouille et de chasse comme on n’en fit jamais ; le second est un chien de la meilleure race, animal de chasse et de fouille comme vous n’en verrez jamais. Tâtez chacun, vous du museau, vous du groin, vous du groin, vous du museau : vous les sentirez immobiles, fidèles, aux pieds qui les accompagnent, mais prêts à bondir à l’ordre de leur maître pour mordre et déchiqueter. Voulez-vous les caresser ? (Jacques et Jacqueline reculent.)

Jacques & Jacqueline : Non !

Arès : Entendre, c’est obéir mais c’est aussi interpréter. Vos faces plus livides qu’un rat albinos crevé au creux d’un linceul taché par la lumière du jour me disent assez bien ce que je dois faire. J’en tire également la conclusion qu’il est inutile de vous présenter mon bouclier, ses deux faces pourtant si distinctes ne sont qu’une à vous regarder. Je vous prie donc de m’excuser un moment, le temps que je mette en laisse ceux que l’on ne met jamais en laisse et de ranger ce que l’on ne range jamais sinon sur le dos.

A suivre.

Modifié par Nils Exo

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Chassez le naturel, il revient au galop !

Une suite qui ne manque pas de saveur (pimentée) !

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Arès a incontestablement le verbe haut. Quel paradoxe de le voir servir. Je m'interroge sur la visée de cette pièce. Je ne doute pas qu'elle soit très intéressante.

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