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Accents poétiques

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Mise en abyme [Deuxième partie]

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Mise en abyme

 

 Deuxième partie

 

Alan pénétra ensuite dans diverses pièces à la recherche de son mentor, le professeur Philips. Il savait qu’il devait le trouver dans le laboratoire ou ailleurs, mais de toutes façons sur place, le savant senior ne sortait pas pour le déjeuner à midi. Finalement, le jeune homme tomba sur Jack au sous-sol. Ce dernier était immobile, debout, face à la porte, les bras croisés. Il paraissait attendre quelqu’un ou quelque chose, la mine enjouée, mais l’air grave.

 

Alan fut ravi de retrouver le Professeur, et un peu rassuré. Peut-être que ce dernier aurait une idée de génie pour sauver l’humanité en péril ? Peut-être que tout cela n’était qu’un mauvais rêve ? Il fallait y croire. C’était une question de vie ou de mort. Jack sembla très heureux de voir Alan s’approcher. C’était bien lui qu’il attendait patiemment. Mais les mots du savant, murmurés avec douceur, effrayèrent le jeune homme au plus haut point :

 

- Je suis heureux de vous voir, Alan. J’espérais mourir avec vous, plutôt qu’avec les vieilles barbes de l’Institut. Allons, ne faites pas une tête pareille ! Quelle importance ! Plus tôt ou plus tard, c’est la même chose. Et au moins, nous n’aurons pas le chagrin d’assister à notre décrépitude progressive. Hauts les cœurs, jeune homme ! Croyiez-vous donc que vous seriez éternel, et l’humanité avec vous ? Le monde que nous connaissons a fait son temps. C’est le moment de causer avec l’Éternel, si nous y croyons, ou avec nos souvenirs, si nous n’y croyons pas. Pensez à quelque chose d’agréable, Alan, et détendez-vous.

 

Le scientifique senior se tut. Il avait terminé comme il le devait. Par un dernier encouragement à la jeunesse.

 

------------------- Bip, bip, bip ----------------------- Bip, bip, bip --------------------- Bip, bip, bip -------------------

 

Le plus étonnant, et le plus prévisible, était à venir. Et il survint très rapidement. Dans le monde entier, des phénomènes nouveaux et effrayants se déroulèrent à la chaîne. Les trains déraillèrent sans cause, les chiens se mirent à miauler, les chefs d’état sur les ondes commencèrent tous leurs discours par un curieux salmigondis, parler nouveau empli de « tchoucks » et de « shpocks ». Le reste fut à l’avenant. Les grand-mères firent des bulles, les enfants du calcul intégral. Toutes les automobiles de la planète furent bientôt dignes de la casse, leurs conducteurs bons pour l’hôpital, ou le cimetière, tant les accidents se succédèrent à un rythme accéléré.

 

Le chaos s’installa plus vite que l’éclair. Les pierres et les foules se mirent à virevolter dans l’air, les fleuves, à s’envoler, et les avions, à se jeter dans les océans. Un gigantesque tourbillon prenait possession de la planète Terre. Le monde entier disparaissait à une vitesse folle, en tournant sur lui-même, derviche de folie, comme possédé par une inexplicable démence. Toute vie cessa à la surface de la Terre. La danse du temps ne cessa d’amplifier sa course. Bientôt la planète toute entière décolla et quitta son orbite régulière. Devenue semblable à un gigantesque vaisseau spatial interplanétaire à la coque fuselée, elle traversa le cosmos et se rapprocha du trou noir S7A22SP94BC, comme attirée par une force irrépressible.

 

Tout se mettait enfin en place et tout regagnait son emplacement primitif. Il était l’heure de tirer le rideau sur la pantomime terrestre. Le navire terrien, devenu vaisseau fantôme, ne tarda pas à se précipiter dans la fosse abyssale du trou noir, celui d’où l’on ne revient pas. En revanche, à présent, un étrange chant galactique venu de nulle part sembla flotter un instant dans le vide interplanétaire, refrain douceâtre d’une matière noire toute-puissante.

 

Cela ressemblait à peu près à ceci :

 

« Souris, souris, petit papillon, doux insecte en sursis,

La dame des ténèbres entend ta fine plainte,

Mais ne viens pas pleurer, le monde a faim de toi. »

 

Ces mots, sous la forme d’un message intergalactique, furent propulsés alors dans le cosmos à une vitesse inouïe. Ils se dirigèrent sans attendre vers des instruments tendus vers le ciel, sur des planètes lointaines. Ils seraient captés grâce à des instruments hautement perfectionnés, c’est certain. Et une foule de savants se poseraient des questions sur leur signification. Avant le glas final que chacun entendrait, tôt ou tard. Les mondes sont multiples et le songe, sans fin, n’est-il pas ?

 

Écoutez plutôt la chanson des étoiles avec Alan et le Professeur :

 

------------------- Bip, bip, bip ----------------------- Bip, bip, bip --------------------- Bip, bip, bip -------------------

 

------------------- Bip, bip, bip ----------------------- Bip, bip, bip --------------------- Bip, bip, bip -------------------

 

 

 

FIN

Posté(e)

Il s'agissait donc bien de la fin du monde mais en poésie, voilà qui apporte un renouveau certain au genre apocalyptique sans oublier une subtile réflexion sur le relativisme.

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci pour ces notations si pertinentes, Nils !

Oui, renouveler le genre, mon ambition !

La sagesse du vieil homme est admirable dans son humanité, son humilité... C'est aussi mon message.

ʘ‿ʘ

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Je me demandais naïvement: pourquoi s'effrayer d'un papillon géant? La réponse est éloquente! Candide eût dit que mieux eût valu cultiver son jardin. Cette chute amère dans la poubelle du temps est une terrible réussite!

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci beaucoup pour cette lecture lucide, Thy Jeanin !

Les trous noirs sont une réalité fascinante : ils n'existent que pour avaler, absorber, attirer, tel un aimant gigantesque !

La seule question à se poser : "être ou ne pas être.... avalé ?"

。^‿^。

Modifié par Alba

Posté(e)

Quelle fin!! Le papillon, la poésie, le chant final, ce sont des images qui disent que le cosmos n'a pas besoin de logique humaine pour exister, et c'est vrai! Notre monde peut disparaître comme un rêve, et un autre rêve recommencera ailleurs. Ce texte me plaît beaucoup de par son écriture (toujours fabuleuse!) et de sa réflexion à la fois belle et un peu ... vertigineuse.

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci beaucoup pour ces mots, Vol au Vent !

Voilà des remarques très justes et très fines !

( ͡°_ʖー)~☆

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