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Mise en abyme [Première partie]

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Mise en abyme

 

Première partie

 

 

En ce jeudi 22 avril 2113, tandis qu'un printemps maladif s'efforçait d'égayer le paysage environnant, le laboratoire de physique nucléaire d’Oclatown, dans le Delaware, eut la surprise de recevoir, grâce à sa batterie d’instruments hautement perfectionnés, un message laser transmis par ondes alpha. Celles-ci indiquaient qu’il venait d’une zone éloignée de plusieurs dizaines de millions d’années-lumière. Ce point du cosmos se situait très précisément en bordure d’un gigantesque trou noir bien connu, le S7A22SP94BC.

 

Quelle surprise ! Le mystérieux signal fut perceptible pendant quatre heures, très précisément, puis il cessa complètement. Pendant tout ce temps, le jeune Alan Spail, doctorant de dernière année rattaché à ce laboratoire fédéral, fut à l’écoute avec une attention passionnée. C’était la première fois de son existence qu’il avait la chance d’être en contact direct avec le cosmos. Son mentor, le professeur Jack Philips, supervisait avec le même intérêt ses observations.

 

Ce n’était pas banal. La provenance du message interpellait incontestablement les deux savants. Mais par-delà, le texte même du signal était proprement incroyable. En boucle, en effet, tournait inlassablement sur le scripteur du laboratoire cette phrase :

 

« Les ailes des papillons sont diaprées de merveilles ».

 

Qu’est-ce que cela pouvait bien signifier ? Cela ressemblait fortement à un échantillon de cette grotesque poésie décadente du siècle précédent. Alan, qui avait une certaine culture littéraire, y pensa immédiatement. Absurdité, bien sûr, le signal était à coup sûr beaucoup plus signifiant. Mais quelle en était la source et pourquoi s’était-il arrêté au bout de quatre heures précisément ? Même le très diplômé Jack Philips n’avait pas de réponse.

 

En désespoir de cause, les deux hommes quittèrent le laboratoire, déjà plongé dans le noir, pour regagner leurs domiciles respectifs. Minuit sonna, puis une heure, puis deux. Alan ne pouvait dormir. Inquiet, il pressentait que quelque chose de terrible allait arriver. Finalement, il sombra dans un sommeil peuplé de cauchemars dans lesquels les mots d’outre-monde revenaient en boucle, accompagnés de visions effrayantes.

 

 ------------------- Bip, bip, bip ----------------------- Bip, bip, bip --------------------- Bip, bip, bip -------------------

De très bon matin, le jour suivant, Alan et le professeur Philips étaient déjà au travail dans le laboratoire de physique nucléaire d’Oclatown. Ils s’efforçaient tous deux de comprendre le mystérieux message venu du cosmos la veille. En dépit de tous leurs efforts, ils n’y arrivaient pas. Et les instruments restaient muets. Aucun autre signal ne pouvait être capté. Ils contactèrent alors de nombreux centres de recherche spatiaux et autres universités américains et internationaux. En vain. Alan et Jack avaient été les seuls à percevoir le signal. L’énigme restait entière.

 

Vers midi, au moment de la pause déjeuner, Alan se dirigea vers le camion de restauration rapide qui s’arrêtait chaque jour non loin de la porte d’entrée du laboratoire. Tout en faisant la queue avec la foule joyeuse et en majorité jeune qui patientait en attendait ses sandwiches à la viande hachée, il repensa au curieux message reçu le jour précédent. À ce moment précis, il remarqua que toutes les têtes autour de lui se levaient vers le ciel. Mais quelle stupéfaction ! Dans le ciel printanier et uniformément bleu, un gigantesque papillon de dentelle agitait doucement ses ailes de nuées. Son ombre effrayante et pourtant fine recouvrit le sol.

 

Le phénomène produisit une onde de choc dans la foule des clients, et au-delà. Des bruits de pare-chocs heurtés s’entendirent. La panique s’installa rapidement. Tout le monde se mit à courir frénétiquement et dans tous les sens. Des femmes hurlèrent, au comble de la terreur. Alan, quant à lui, fut totalement tétanisé par la peur. Épouvanté, il avait l’impression que l’ombre claire se rapprochait à une vitesse vertigineuse pour engloutir la ville. Mais ce n’était qu’une illusion. Le chaos était bien sur place, sur Terre et non dans le ciel.

 

Dans un ultime sursaut, le jeune scientifique, s’arrachant à sa terreur paralysante, regagna le laboratoire en courant. Le vacarme de la rue traversait les murs épais de l’Institut de Recherches. En ces lieux de science où régnait habituellement la plus grande concentration, l’heure était à la plus extrême agitation. Il croisa dans les escaliers des blouses blanches affolées et des faces effrayées. Partout, l’on s’interpellait, l’on s’agitait. Certains empilaient leurs affaires dans des cartons pour quitter les lieux au plus vite, d’autres affolés, baissaient les volets en hâte pour se cacher sous les bureaux. Il entendit des bruits de bagarre en provenance de la bibliothèque du Centre de Recherches. Voulait-on s’enfuir plus vite que son collègue en le piétinant au passage ?

 

(À suivre…)

 

Posté(e)

Une belle atmosphère de fin du monde où c'est un papillon qui devient Armageddon, reste à déchiffrer son message et apprendre s'il est hostile ou non...

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci beaucoup pour cette lecture, Nils !

Un conte de science-fiction mâtiné de poésie lyrique, voilà qui est nouveau ! Cela dit, les scientifiques évoquent volontiers la beauté du cosmos et la "musique des sphères".

L'art est partout, ou nulle part.

(─‿─)

Posté(e)
  • Semeur d’échos

C'est bien les hommes, ça, on s'affole dans le plus grand chaos... Une fiction qui happe, un suspens bien conçu : on a envie de connaître le fin mot de l'énigme!

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Oui, face à l'inhabituel et à l'inexpliqué, une terreur insupportable s'impose vite et s'accroît d'être partagée !

Merci pour cette lecture, Thy Jeanin !

Posté(e)

L'image du papillon géant est puissante et c'est ce qui m'a le plus marquée dans ton texte, Alba, outre la rigueur scientifique mêlée à l'étrange, un régal à lire! Je passe vite à la suite!

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci beaucoup, Vol au Vent !

Une suite un peu triste, mais prévisible, malheureusement !

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