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Featured Replies

Posté(e)

Gaspard, des Îles et des Mots

Je venais de terminer mon bathyscaphe, une petite merveille de bric et de broc et j'étais assez fière de moi.

C'est la coque qui m'avait donné le plus de mal.

Lors d'une de mes nuits de vadrouille, j'avais récupéré une soucoupe volante dans un square, l'avais peinte en rouge et noir ; j'avais désossé le hublot d'une machine à laver et la propulsion était assurée par un moteur de batteur à œufs géant, actionné par mon canard préféré, très motivé, nommé Gaspard.

Nous fendîmes les premiers bancs de brume, des voiles grises et cotonneuses qui semblaient avaler le son.

Soudain, le brouillard se déchira.

Et là, flottant sur un océan de nuages, nous vîmes une première île sous-marine.

Ou plutôt une immense forêt de sapins bleus parés de guirlandes naturelles de corail ; des lapins à ailes de papillon, des papillapins, grignotaient les sommités florales en émettant de petits ronronnements aériens.

Intéressant ! notai-je dans mon carnet. L'écosystème est … croquant !

Nous poursuivîmes notre route et découvrîmes une autre île, celle-ci faite entièrement de coussins mous et chauds.

Le brouillard nous avala.

C'était féérique et tellement silencieux que ma tête se vida instantanément de toute pensée désagréable.

Après une heure de glissement, un bruit sourd retentit sur le pont.

Gaspard, par réflexe, canarda vigoureusement en sa direction.

Nous sortîmes dans nos combinaisons de plongée que j'avais confectionnées à la hâte avec ma petite Singer.

Je découvris que nous avions accosté sur une île spongieuse et molletonnée.

Elle était peuplée de petits animaux très étranges, sortes de méduses roses et translucides qui émettaient de surprenantes onomatopées lorsqu'on s'approchait d'eux.

Leur chef me tendit une sorte de guimauve d'une couleur non identifiée.

Je croquai dedans par politesse.

C'était très sucré et j'eus un haut le cœur.

Nous repartîmes, légèrement collants, et émergeâmes soudain au-dessus d'une île qui ressemblait à s'y méprendre à une immense bibliothèque en ruine.

Des primates à lunettes, vêtus de petits gilets en tweed, se jetaient des livres à la figure en hurlant des citations d'auteurs classiques.

"À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire !" lança un grand singe en projetant un volume de Corneille sur un plus petit.

"L'enfer, c'est les autres !" lui répondit ce dernier en esquivant et en ripostant avec un Sartre bien visé.

Gapard fut touché par un exemplaire de "Madame Bovary".

Il en fut si choqué qu'il pondit un œuf.

L'œuf roula et atterrit dans les mains d'un vieux singe sage qui le regarda avec gravité avant de déclamer : l'œuf est un chef-d'œuvre de la nature, fragile et plein de promesses.

Puis il le cassa sur sa propre tête.

La culture, visiblement, était un sport de contact ici.

Notre dernière découverte fut la plus étrange : une île faite de gigantesques ressorts et de trampolines.

Elle était habitée par des kangourouettes, de petites kangourous ballerines qui effectuaient des pirouettes dans les airs en psalmodiant des Hop-là ! et des One, two, three ! avec un accent français impeccable.

Elles nous invitèrent à leur spectacle, un ballet sautillant incroyablement hypnotique.

Gaspard tenta de les imiter, mais atterrit systématiquement sur le bec.

Un voyant rouge s'alluma sur le tableau de bord et je me hâtai de regagner la terre ferme, craignant une avarie imprévue.

Gaspard courut vers la mare raconter son aventure à ses amis, qui lui décernèrent la palme du récit.

C'est toujours pareil, quand on veut partager ses aventures, personne n'y croit et l'on vous traite facilement de bonimenteur.

J'ai toujours adoré le regard admiratif de mon éditeur quand il me lit ; quelle imagination s'exclame-t-il, presque prêt à me décerner un prix.

Je ferme le garage à double tour ; s'il voyait mes machines, il serait peut-être déçu.

Je lui laisse croire que j'ai tout inventé et que ces aventures ne sont que sur papier.

Au loin, Gaspard me fait un petit signe de la palme.

Lui aussi, il sait.

(joailes -) 28 novembre 2025 - 21h

Posté(e)

Cette histoire est fabuleuse!! On la vit, on voit les images, on sourit!! L'imaginaire est tout bonnement époustouflant! Merci Joailes!!

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Je vous décerne la palme du texte le plus fantaisiste de la semaine.

Oscar Magnol

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un autre récit empli de fantaisie, un plaisir de lecture !

Posté(e)

Encore un récit avec cette inventivité, cette drôlerie et cette féerie dont vous avez le secret ; quelques piques bien senties (comme "La culture, visiblement, était un sport de contact ici.") apportent un mordant salutaire !

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Quel imaginaire... et nous naviguons avec toi de découvertes en découvertes@Joailes

Un bel univers empreint de douceur et de pensées exquises.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Monde féérique où se mêlent air et eau. Tout est mignonnement pensé: les singes pédants, l'éditeur qu'on joue en jouant sur la confusion réel/fictif... Moi aussi, si j'étais membre d'un jury, je serais prêt à te décerner un prix!

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