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Le bistrot des états d'âme

Featured Replies

Posté(e)

Toujours le même cycle sans fin, un rituel matinal qui se reproduit chaque matin. J'entre dans le bar et commande mon café serré, celui qui saura venir m'administrer le coup de fouet salvateur pour ouvrir une nouvelle journée de travail.

 

Je l'aime ce petit bistrot. Jadis, des volutes de fumée couraient se perdre au plafond. À présent, l'atmosphère transparente et sans consistance du politiquement correct règne en maître. Malgré tout, je continue à apprécier ce coin perdu en retrait au fond d'une petite rue. Au comptoir, toujours les mêmes personnes usées par le bagage des jours perdus et regrettés. Ils jettent sur le comptoir leurs états d'âme, galets arrondis et polis à la perfection par les flots aléatoires de la vie.

 

Les senteurs généreuses du sombre breuvage viennent flatter mes narines, les invitant à d'étranges voyages que nul ne saurait partager. Sur le zinc rayé par les incessants arrimages des poivrots de quartier, j'observe le reflet dépoli de mon visage. Impossible de distinguer dans ce miroir des anonymes de passage les ravages de la nuit précédente. Les cernes n'existent plus ; les rides soucieuses sur le haut de mon front dégarni sont évanouies. Comptoir, ô mon comptoir, dis-moi que je suis le plus beau.

 

Une vieille radio crachote par ses haut-parleurs crevés les anciens tubes d'une époque révolue. « I'm not in love » susurre vaguement à mes oreilles le groupe Ten CC. J'esquisse un vague sourire tout en portant la tasse à mes lèvres. De lourdes odeurs de malt flottent autour de mon voisin de bar. Ces pieds sont enracinés dans le plancher. Figé dans une totale immobilité, son bras droit parait doué d'une vie autonome. Avec des intervalles d'une régularité de métronome, il avance vers son demi, s'en saisit, l'amène à hauteur de visage pour boire une gorgée, le repose sur le comptoir. Un peu de mousse s'accroche à sa fine moustache brune.

 

Autour d'une table au fond de la pièce, deux réguliers disputent une partie acharnée de cartes. Des jetons colorés sont jetés sur le tapis de jeu élimé. Quelques éclats de voix retentissent parfois quand le destin vient s'en prendre un peu plus injustement à l'un des joueurs, contrarié de se voir forcer la main.

Dehors, les premiers rayons du soleil pointent. À contrecœur, il me faut remettre le champ de ma vie sur « Play », quitter cette pause intemporelle. Au milieu des galets épars, je dépose une pièce et quitte le bistrot des états d'âme.

Posté(e)

Il est beau ton contoir, il est beau.
Mais je dois avouer que, rien qu'avec le titre, j'étais conquise d'avance 🙂

 

NB: juste pour expliquer le mot "contoir": je l'avais détourné pour créer un lieu cozy où l'on conte des histoires, tout en buvant des boissons que l'on apprécie 😉

Posté(e)

Très belle prose. Une écriture très cinématographique et très poétique aussi, j’en veux pour preuve la  belle métaphore filée «  … états d'âme, galets arrondis et polis à la perfection par les flots aléatoires de la vie. ». En assimilant les états d’âme à des galets vous soulignez parfaitement  l’impuissance et aussi le mal-être qui semblent  être le lot des citadins modernes aux prises avec les vicissitudes de la vie.

 Le mot galets semble occuper une place centrale dans votre très beau poème en prose. D’ailleurs, il est mis en évidence dans la dernière phrase du texte à travers le complément circonstanciel de lieu : « Au milieu des galets épars »,  post posé par rapport aux deux verbes de la proposition.

Une critique à peine voilée de train-train quotidien. Une belle réussite.

 

Posté(e)

Il y a longtemps, très longtemps même, que je n'ai pas pris un café au comptoir le matin. J'ai été d'emblée saisi par l'ambiance de ces petits bistrots de quartiers que tu as su installer d'entrée. (je me suis laissé aller au tutoiement, pardon... mais nous nous connaissons maintenant !) Là, devant mon ordinateur, je sentais la bonne odeur du café envahir l'atmosphère et j'y étais... Merci pour le souvenir. Tiens, demain j'y retourne !

Posté(e)

Je souscris aux deux commentaires de Notabene et ouintenabdel. Cet instantané d'un lieu commun et de passage se prête parfaitement à une observation attentive des us et coutumes des uns et des autres. Ce texte restitue une ambiance propice à l'immersion et dans une moindre mesure, à incarner l'endroit. Dans tous les cas ça sent bon le petit noir ! 

 

Posté(e)

Le bistrot est effectivement le lieu où chacun se laisse aller aux confidences, " les états d'âme " sont dévoilés sans complexe, plus qu'une poésie il s'agit d'une peinture très réaliste, d'une atmosphère très bien rendue.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Ce texte n'est pas sans me rappeler celui que j'avais écrit (en septembre 2018)  "chez tonton" auquel tu avais répondu

 

"Une savoureuse peinture de ces bistrots à l'ancienne qui, hélas, se font de plus en plus rares. Lorsque j'étais étudiant, j'avais mes habitudes dans un bistrot parisien de ce genre, tenu par un auvergnat acariâtre et raciste.  Souvenirs, souvenirs..." 

  •  
Posté(e)

Poésie en noir blanc qui retient son souffle, qui retient le temps.

Texte très agréable à lire si on se place du côté de l'observateur.

Bravo  

 

Posté(e)

Un 6ème coeur pour cette belle performance littéraire. L'ambiance de ce bistrot, l'atmosphère de solitude, ce moment de calme avant le rythme effréné de la journée est une pure merveille. Un poème qui me parle, en somme.

Un grand bravo !

Posté(e)
  • Auteur

Un grand merci collectif pour vos retours si appréciables 🙂 

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