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Accents poétiques

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Featured Replies

Posté(e)

Ce matin, dès potron-minet, après que Minet ait fait le poltron en voyant filer une souris sous son nez, j'ai décidé de prendre ma vie avec des pincettes.

Je me suis rendue chez le quincailler et néanmoins ami, André Céouvert.

Il a une petite boutique au coin de la rue des Chênes verts, à deux pas de mon château.

Je l'ai surpris en train de faire la poussière sur un rayon d'outils en fer ; quand il m'a vu, il est descendu de son échelle, tout souriant.

Que puis-je faire pour toi ?

J'aurais besoin d'une paire de pinces crocodiles.

Ce que j'aime chez lui, c'est qu'il ne pose jamais de questions inutiles.

Il m'offre un café et glisse de façon subtile un petit biscuit à la noix de coco sur la soucoupe.

Tandis que je sirote, que je déguste, je l'entends qui s'affaire dans son arrière-boutique dont son père, Auguste, était si fier.

Il revient avec un grand sac en toile de jute.

C'est bien parce que c'est toi. Je te prête mes pinces personnelles, prends-en soin.

Et je repars dans le petit matin.

En chemin, je rencontre Gilbert Monlatin, qui va acheter son pain.

C'est un ami d'enfance, ce qui signifie que quand je le vois, c'est en culottes courtes, les genoux écorchés et prêt à partir en courant après avoir sonné aux portes ; il me regarde pareil que quand j'avais dix ans et que je lui lisais les aventures du club des cinq dans la grange de ses parents.

Il me prend par le bras et m'entraîne sur la place où nous avons dansé, voici mille ans déjà.

Ce que j'aime chez lui, c'est qu'il ne pose jamais de questions inutiles.

Il évoque une partie de billes où j'avais perdu mes plus beaux spécimen face à un champion ; il se souvient de ma profonde tristesse j'avais dû y laisser mes tresses pour récupérer deux calots et trois agates ; lorsque j'étais rentrée chez moi, les cheveux courts, j'avais eu une sacrée punition.

Enfermée trois jours dans le donjon, au pain sec et à l'eau de source, c'est lui qui m'avait apporté un cahier et une trousse en me disant écris ! tu oublieras les soucis !

Nous sourions tous deux à ce souvenir, mon cœur palpite peut-être va-t-il choisir cet instant pour s'arrêter ?

Non, il continue de battre !

Nous voyons Jérémy Ade s'approcher, il promène son chien, un affreux chihuahua qui fait caca à sept heures et demi tous les matins devant la boutique de Lucien Asamémère qui n'a pas encore ouvert.

On s'embrasse et partons en courant sans avoir sonné aux portes.

Me voici rentrée et Minet vient s'excuser, penaud, la souris est morte devant le frigo.

Je m'étais levée du pied gauche, ça arrive quand on fait mauvaise pioche et que la nuit n'est qu'effiloches.

J'ouvre le sac de jute qu'André m'a donné.

Après avoir longuement hésité, je ne dirai rien de ce qu'il contenait.

Vous allez rester sur votre faim ; quant à moi, j'ai un chaton à nourrir, un petit crocodile à élever, plus le temps d'écrire des idioties, vous me pardonnerez.

Je suis à prendre avec des pincettes, de celles d'antan, en argent, qui servaient lors des fêtes chez les bonnes gens à attraper délicatement les madeleines, le petit doigt en l'air et l'esprit vagabond.

Je regarde Minet qui flaire le crocodile et réciproquement, ils vont s'entendre ces deux-là !

Me voici tranquille ; dans le fond du sac je trouve deux calots et trois agates et je m'en vais jouer aux billes en espérant ne pas y laisser mes cheveux, cette fois.


(joailes -) 26 septembre 2025 - 22h 45




Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une lecture très plaisante, on aime à suivre cette plume vagabonde dans ses errances sympathiques et malicieuses au sein de son petit monde imaginaire mais à tiroirs.

On ne s'en lasse pas.

ヘ(* 。* ヘ)

Posté(e)

Pas mieux que Alba. Vos pérégrinations du quotidien s'échevèlent en souvenirs pas ordinaires. Je me suis laissé prendre au jeu des noms Alan Biquet.

J'ai aimé ce petit récit haut en images. Chouette lecture.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

On ne dira jamais assez la poésie des pinces crocodiles.

Vigo Huctor

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un délire très cohérent et surtout, d'un charme tendre et subtil. J'en ai pincé pour le croco d'île et le chat est irrésistible. Mais le pompon revient à cette humanité gentiment bouffonne aux noms à se tordre. Si l'on te prend tes cheveux exige qu'on t'en tresse une couronne.

Thierry Golard

Posté(e)

Voilà qui fait du bien de lire un texte aussi léger que charmant qui mêle souvenirs anciens bien réels, semble-t-il, et d'autres qui appartiennent à l'imaginaire d'une poétesse bien dans sa tête et heureuse de distraire ses lecteurs. Que demander de plus? Merci!

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Quelle plume aux mille facettes ! @Joailes , reine des conteuses…

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