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Accents poétiques

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Featured Replies

Posté(e)

Il m'est arrivé aujourd'hui une bien étrange histoire que je n'ai encore osé raconter à personne, de peur de n'être pas crue.

Les gens ont vite fait de faire semblant, ils prennent un air condescendant et deux hommes en blouse blanche viennent vous ramasser sur le trottoir avant que vous n'ayez poussé ouf. Une de mes amies a connu l'expérience, quand elle a raconté à sa voisine que son caniche trichait à la belote.

Je suis sortie très tôt selon mon habitude pour acheter une baguette.

Il faut vous dire que j'habite à côté du "Pétrin qui chante" et que chaque matin l'odeur du bon pain qui cuit vient chatouiller mes narines.

Avant que je n'aie eu le temps de pousser la porte, un homme en costume trois pièces a surgi derrière moi et, faisant volte-face, je me suis retrouvée nez à nez avec lui et sa grosse moustache a chatouillé la mienne.

J'ai remarqué aussitôt ses chaussures couvertes de farine.

Enfin, quelqu'un, et pas des moindres ! s'écria-t-il d'une voix de baryton.

Je suis le professeur René Kikoul. Nous n'avons plus une minute à perdre. L'heure est grave.

J'ai regardé autour de nous. La rue était déserte et dormait encore, sauf un chat qui faisait sa toilette devant la teinturerie de Percy Flage.

Quelle situation ? ai-je demandé, prise au piège de ma curiosité.
Il s’est penché vers moi.

La fracture bucolique, ma fille ! Elle s’agrandit ! Regardez !

Il tenait à la main une drôle de baguette de cuivre.

Il l'a pointée vers le clocher de l'église et elle s'est mise à biper en s'agitant dans tous les sens.

Les ondes pastorales sont en train de saturer ! Si on ne fait rien, tout le village va basculer dans un état de poésie bucolique permanente. Les moutons vont faire des alexandrins, les ruisseaux vont débiter des métaphores sur l’existence, et le fromage de chèvre deviendra si mélancolique qu’il en sera immangeable !

J’ai cligné des yeux.

Deux fois.

Vous… vous voulez empêcher la poésie ?
Non ! a-t-il tonné.

Je veux l’empêcher de devenir réelle ! C’est une catastrophe écologico-littéraire ! Il faut contre-balancer avec du concret, du tangible, du … moche ! Et pour ça, j’ai besoin de vous.

Avant que je ne puisse protester, il avait fourré dans mes mains un objet lourd et froid.

C’était une sorte de presse-purée en inox, gravé de runes complexes.
Le Presse-Purée de la Pragmatie, a-t-il murmuré avec solennité.

Seul un être parfaitement ordinaire, comme vous, peut l’utiliser.

Mais pourquoi moi ? demandai-je, au comble de l'effroi.
Parce que vous êtes venu acheter une baguette. Pas une métaphore, pas un symbole. Une vraie baguette de pain. C’est la preuve d’un ancrage terrestre rare. Maintenant, suivez-moi. Et tenez ça bien.

Et c’est comme ça que j’ai passé ma journée.

À courir dans les champs derrière le supermarché, à brandir un presse-purée vers des vaches qui commençaient effectivement à me regarder avec des yeux pleins de rimes riches.

Le Professeur Kikoul me guidait : Là ! Vers ce bout de clôture rouillée ! Elle est en train de se métamorphoser en symbole de l’enfermement bourgeois ! Purifiez-la avec le Presse-Purée !

Je frappais mollement la clôture avec mon ustensile.

Rien ne se passait.
Avec conviction ! hurlait-il. Pensez à quelque chose de très terre-à-terre ! Votre facture d’électricité ! La liste des courses !

J’ai pensé à mon impôt sur le revenu.

Le presse-purée s’est mis à vibrer et à émettre une faible lueur d'un joli vert.

La clôture a produit un clang très métallique et très normal.

Une vache a lâché un Meuh parfaitement banal, sans la moindre velléité poétique.

On a fait comme ça pendant de longues heures.

On a sauvé le lavoir qui menaçait de devenir une fontaine de jouvence lyrique , le banc public qui se transformait peu à peu en siège de la mélancolie automnale, un poteau télégraphique qui commençait à psalmodier des haïkus, et un tas de compost dont les effluves évoquaient trop clairement les amours perdues de Verlaine.

À la fin, épuisée, je tenais à peine debout et j'avais faim, en plus.

Le Professeur Kikoul a consulté son compteur.
Les niveaux sont redescendus dans la norme. Le village est sauf. Pour toujours.

Il m'a pris le presse-purée des mains.

Vous avez été formidable. Une héroïne malgré vous.

Et … ma baguette ? ai-je soufflé, réalisant soudain l’objet initial de ma quête et dans un dernier sursaut d'énergie.
Il a souri. La boulangerie est fermée depuis longtemps. Mais prenez ça.

Il m’a tendu une petite ficelle, nouée en huit, avec un joli ruban rouge.
C’est quoi ?
Un nœud de boulanger à la cardamome. Pour ne jamais oublier l’importance des choses simples. Et aussi pour que vous restiez toujours une môme. C’est lié, c’est très complexe.

Et sur ce, il a tourné les talons, les a fait claquer et a disparu dans l’allée sombre qui sent le lilas et les paradoxes temporels.

Je suis rentrée chez moi.

Sans ma baguette, mais avec une histoire absolument saugrenue à raconter.

Il était bien trop tard pour déjeuner, de toutes façons.

Passant par la cuisine, je me contentai d' un reste d'aubergines, de quelques tranches de cervelas et de biscottes.

Et je réalisai qu'on était lundi, que la boulangerie était fermée, et que la poésie avait encore de beaux jours devant elle.

Il ne faut pas croire tout ce que je raconte, ça ne mange pas de pain.


En fait, aujourd'hui, je ne suis pas sortie. Il pleuvait des hallebardes, c'était joli, j'ai contemplé le jardin. J'ai dû m'endormir à plusieurs reprises, je n'ai pas mangé d'aubergines, encore moins de cervelas ; j'ai écrit un poème aussi long qu'un jour d'hiver dans le Larzac, il y avait une panne d'électricité et j'ai failli mettre le feu aux rideaux avec mes bougies.

Mais avouez ... si j'avais raconté ça, c'eût été beaucoup moins drôle. Non ?

Je n'aime pas le lundi, allez savoir pourquoi ! C'est un jour qui doit remuer dans mon cerveau, sans que j'en sois consciente, des choses peu agréables.

Un jour qui me tient à sa merci, et comme je m'en méfie, il est rare que je mette le nez dehors ; comme je suis généralement de fort méchante humeur, je n'ouvre même pas au facteur.

C'est dire !

J'ai vérifié : nous sommes bien mardi et voilà que les effluves de la boulangerie arrivent à mes narines ...

Tiens, pour la peine, ce sera une baguette et deux croissants !

(joailes-) 11 novembre 2025 - 22h 17


Modifié par Joailes

Posté(e)
  • Semeur d’échos

S’attaquer à la poésie avec un presse-purée, même un lundi et même en rêve, il faut être dingue (ou très douée pour des histoires farfelues).

Octave Endessous

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un combat gagné, en apparence !

La plume triomphe à tous les coups !

Posté(e)
  • Semeur d’échos

L'automne est propice aux hallucinations et aux nez Kikoul. Drôle et haletant du début à la fin. N'en ai pas perdu une miette!

Posté(e)
  • Auteur

Je viens de me rendre compte que j'ai daté du 11 novembre un texte écrit le 11 septembre, heureusement personne ne s'en est aperçu. Imaginez que j'écrive dans le futur !! 😁

Posté(e)

Nom d'une pâte à mâcher !!!

La poèsie existe donc bien réellement dans le monde imaginaire ! Merci @Joailes de m'en apporter la preuve😉😊😁

J'aime. Ça se lit très bien. C'est plein de bon sens poétique, images affabulées et merveilleuses. Oh ! Je baille. Je crois que vous venez... de nous lire un... conte à dormir assis...

Vous parlez de futur...

Donc je ne vous dirais pas que j'ai fait des poésies prémonitoires.

Modifié par Errances

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