Aller au contenu
View in the app

A better way to browse. Learn more.

Accents poétiques

A full-screen app on your home screen with push notifications, badges and more.

To install this app on iOS and iPadOS
  1. Tap the Share icon in Safari
  2. Scroll the menu and tap Add to Home Screen.
  3. Tap Add in the top-right corner.
To install this app on Android
  1. Tap the 3-dot menu (⋮) in the top-right corner of the browser.
  2. Tap Add to Home screen or Install app.
  3. Confirm by tapping Install.

Le Voleur d’Âmes [Seconde partie]

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Le Voleur d’Âmes

 

Deuxième partie

 

 

L’Art vint à sa rencontre. Il devint photographe dans les années 1920, spécialisé dans les lieux sacrés. Ses clichés en noir et blanc, pris dans les abbayes désertées ou les forêts brumeuses, suscitaient une fascination silencieuse. Il organisait des expositions, guidait les visiteurs, les amenait à contempler. Il capturait les essences spirituelles comme on cueille un fruit mûr. Il inventa ces mots, non sans ironie, qu’il commentait savamment pour ses admirateurs richissimes dont il subtilisait ensuite les âmes, après la fortune :

Que l’Ombre reprenne ce qu’elle a prêté, et que le Sang cesse d’abriter la Voix.

 

Il se fit ensuite conférencier. Le Verbe était avec lui. Il parlait merveilleusement de beauté, de transcendance, de “résonance intérieure”. Moitié gourou, moitié illuminé en apparence, Il n’utilisait jamais le vocabulaire religieux. Il préférait les termes neutres, les métaphores vagues. Il savait que l’âme ne dépendait pas des dogmes, mais de l’état de réceptivité. Il suffisait d’ouvrir une brèche et de faire la cueillette de ces essences enfiévrées. Tout était si simple, alors…

 

Dans les années 1970, il s’installa brièvement dans le sud de la France, sous le nom de Thierry Dumas. Il animait des stages de méditation dans les Cévennes, mêlant silence, marche et contemplation. Les participants repartaient changés. Certains devenaient encore plus apathiques, d’autres davantage instables. Aucun ne comprenait ce qui leur manquait, ce qu’ils avaient perdu sans s’en rendre compte.

 

À l’aube du XXIe siècle, il comprit que le numérique offrait des possibilités inédites. Il créa un personnage public : Théo Delamarche, “guide en éveil spirituel”. Il ouvrit un site, publia des vidéos, proposa des retraites. Il maîtrisait les codes. Il ne promettait rien. Il suggérait.

 

Ses retraites se déroulaient dans des lieux soigneusement choisis : la baie du Mont-Saint-Michel, les gorges du Verdon, la forêt de Brocéliande… Il y emmenait des groupes restreints, les immergeait dans le silence, la beauté, la lenteur. Il attendait le moment propice. Celui-ci finissait toujours par arriver. La recette était imparable. Les êtres humains sont tellement naïfs et malléables ! Ils ne demandent qu’à s’extasier. La formule n’avait jamais changé. Murmurée à voix basse, elle suffisait. L’âme se détachait, imperceptiblement. Théobald la recueillait, la conservait, la livrait sans discours inutile.

 

Théo n’avait jamais cherché à échapper à sa condition. Il ne l’avait jamais remise en question. Depuis le jour de ce fameux pacte avec le Démon, il avait accepté son rôle avec une rigueur sans faille. Il expérimentait à chaque capture un plaisir immense. Le plaisir de la capture d’âme ne ressemblait à aucune émotion humaine. C’était une satisfaction froide, pareille à celle d’un tiroir-caisse qui serait devenu vivant. Il éprouvait un contentement profond à chaque capture. L’âme, une fois contenue dans la fiole, devenait sa chose, objet de collection livré avec plaisir au Maître des Ténèbres.

 

Il conservait les âmes dans une crypte souterraine, creusée sous une cathédrale abandonnée en Bourgogne. Chaque fiole était étiquetée, datée, rangée selon un système que lui seul comprenait. Il y venait souvent, non pour prier, mais pour contempler. Il passait des heures à observer les vibrations, les couleurs, les variations subtiles. Il ne les ouvrait jamais. Puis il les confiait au Démon.

 

Un jour, au sein de l’immense cathédrale désertée, alors qu’il rangeait une nouvelle fiole, il sentit une variation. Une vibration inhabituelle. L’âme contenue dans le flacon semblait instable, comme si elle résistait. Il l’examina. Elle provenait d’une jeune femme rencontrée lors d’une retraite en Islande. Elle avait pleuré devant une cascade, puis souri, puis s’était tue. Il l’avait entraînée dans un lieu tranquille et murmuré sa formule. Mais quelque chose, dans cette âme, persistait. Elle semblait vouloir s’échapper. Théo hésita. Il n’avait jamais ouvert une fiole. Mais cette fois, victime de sa curiosité, il le fit.

 

L’âme s’échappa en silence. Elle ne disparut pas. Elle resta là un moment, flottante, lumineuse, intacte. Elle le regardait. Pas avec des yeux. Mais il sentait son regard. Il ne comprenait pas. L’âme s’approcha. Théo perçut de l’intérieur son vibrato infime. Dans sa grâce évanescente, cette âme ô combien pure avait compris le manège infâme de son geôlier et se rebellait.

 

Son chant résonna dans l’esprit rugueux du voleur d’âmes et s’y inscrivit pour toujours :

 

Le cœur cathédrale

 

Nervures de la pierre, élans vertigineux,

Cette église est forêt où murmurent les anges,

Leur vibrato lointain, promesse de vendanges,

S'élève en frémissant, doux songe résineux.

 

C'est un palais gothique au charme tendineux,

Mêlant la chair et l'âme en sublimes mélanges,

Chemin pavé de soufre où des faces étranges

Posent au paradis leurs rires lumineux.

 

L'Âme fleurit enfin en cette aube atomique

Éclose dans le noir, cantilène alchimique

Suggérant la Présence à l'immense Pouvoir.

 

Tout se remplit de vide, ô grâces temporelles

Au chiffre minéral qu'il s'agit d'entrevoir,

Le Symbole est partout, murmures crécerelles.

 

L’âme de la jeune femme prit ensuite son envol, vive et gracieuse, elle frôla le plafond de la crypte dans laquelle Théo se livrait à sa noire besogne, puis s’échappa par une fissure de la pierre. Elle avait fui, refusant la soumission, elle avait échappé à l’affreux destin qui l’attendait, créature évanescente livrée au Démon. Après son message angélique, sa Vérité lumineuse lancée à la face de ce monstre impassible qu’était le voleur d’âmes, elle avait regagné le Ciel des anges.

 

Théo, stupéfié, fut accablé un moment. Mais, philosophe, il en prit rapidement son parti. Le cynisme avait toujours triomphé en lui. Seule comptait la voix puissante de l’objectif final : survivre. Il haussa les épaules en murmurant à voix haute l’adage du bon sens populaire : « Une de perdue, dix de retrouvées ». Enfin, il rangea soigneusement les lieux sans repenser à la scène.

 

Puis il quitta la crypte et se remit en route. Sa besogne devait continuer. Et elle se poursuivit, sans discontinuer, à jamais et pour cette éternité qu’il avait choisie. Il ne se posait pas de questions. Le plaisir était toujours au rendez-vous du vol, comme le Démon, d’ailleurs, qui ne manquait jamais de venir récolter son tribut, sans un mot, sans un geste superflu. Tout était réglé au millimètre dans leurs relations, si l’on pouvait parler de relations, naturellement. Mais quelle importance ?

 

 

FIN

Modifié par Alba

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Seul un cœur pur peut résister au voleur d’âmes !

Une nouvelle fantastique bien menée qui s’inscrit dans le mythe de l’immortalité, évoquant le Juif Errant ou le Comte de Saint-Germain, et pour ce qui est du pacte avec le diable, le Docteur Faust.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Comment, le patron ne l'a pas viré? Même le diable n'est plus ce qu'il était! En tous cas, on pardonnerait presque à Théo (au nom si catholique!) sa placidité, compte tenu du drame de ses origines.

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Oui, Jeep, l'infâme et le pur, le diable et l'ange, autant de vieilles lunes narratives adorées des plumes disertes : le compte (= conte) est bon, ainsi, comme dirait Théo !

En effet, Thy Jeanin, notre bon ami Théo est toujours à son poste et il entasse, il entasse ses trésors spirituels si rentables.

Peut-être une façon de combler le vide abyssal creusé par Dame Peste jadis : une cathédrale de la nuit, pointant vers le bas, une église à l'envers..

S'élever vers le bas est le propre des damnés, n'est-ce pas ?

Merci à vous !

(^▽^)

Modifié par Alba

Posté(e)

Un beau mythe moderne. Théo rejoint les grandes figures d'immortels tragiques ou maléfiques de la littérature. La fin, en apparence fermée, ouvre en réalité des perspectives infinies sur son éternel recommencement.

C'est une œuvre aboutie, mature et remarquablement bien écrite. Un très grand bravo.



Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci encore, Joailes, je suis ravie que mon conte fantastique t'ait intéressée !

Posté(e)

Ah oui !

Fin fin ? Ou fin avec une suite ?

Trop court, comme d'habitude. Mais la lecture glissent tranquillement dans ce domaine du possible qu'est votre écriture.

Bravo.

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Chacun ses goûts (et ses dégoûts), Errances !

Je vous suggère de le prolonger, pourquoi pas ? Surprises garanties !

( ✧≖ ͜ʖ≖)

Posté(e)
il y a 44 minutes, Alba a écrit :

Chacun ses goûts (et ses dégoûts), Errances !

Je vous suggère de le prolonger, pourquoi pas ? Surprises garanties !

( ✧≖ ͜ʖ≖)

Vous me proposez d'écrire une suite ?

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Bonsoir @Errances !

Et pourquoi pas ? Fertiles sont les plumes, savoureuses seront les moissons !

Si ça vous dit, ne vous gênez pas, poursuivez dans la joie et dans la bonne humeur !

Je vous lirai toujours avec plaisir !

( ͡^ ͜ʖ ͡^ )

Posté(e)

Cool ! Merci !

Posté(e)

Rien ne se déroulait mieux que cette vie. Éternelle. Il en faisait le tour de la terre. Et parfois dans ces contrées lointaines, il officiait. Avec la tranquillité d'un ange sûr de lui. La barrière de la langue n'était pas un soucis. Il avait de l'expérience. Il lisait les visages, les yeux et savait quand approchait le même précieux et délicat de cette cueillette.

Cependant, c'était aussi un fil à la patte. Il lui fallait, régulièrement, rendre visite à sa collection et y déposer de nouvelles âmes. Jamais à la frontière, ou dans un aéroport, il n'avait été importuné. Il avait dans ces bagages, une fiole vide qu'il pouvait ouvrir afin de démontrer au préposé qu'il n'y avait aucun danger. Quitter la France était une vaste blague. Une seule fois, il avait dû ouvrir toutes les fioles devant un agent suspicieux. Non pas de gaz mortel, dans ces fioles étranges partant pour les amériques.

P'tit brouillon 😅

Je vais compléter plus tard 😊😉

Modifié par Errances

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

À suivre... avec intérêt !

( ͡^ ͜ʖ ͡^ )

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

PS : c'est super intéressant, cette suite !

Mais attention à la correction de l'expression...

Deux suggestions de correcteurs en ligne, gratuits et testés par mes soins :

https://quillbot.com/fr/correcteur-orthographe

https://www.scribbr.fr/correcteur-orthographe/

Posté(e)

Rien ne se déroulait mieux que cette vie. Éternelle. Il en faisait le tour de la terre. Et parfois dans ces contrées lointaines, il officiait. Avec la tranquillité et l'assurance d'un ange. Un ange, il en riait intérieurement. La barrière de la langue n'était pas un souci. La force du temps l'avait rendu "fluent english", son espagnol était on ne peut plus Catalan, son italien milanais. Il aimait d'ailleurs particulièrement le Duomo comme lieu de pêche. Il avait de l'expérience. Il lisait les visages, les yeux et savait quand approchait le moment précieux et délicat de cette cueillette.

Il faisait du théâtre, tâtait régulièrement du cinéma en tant que figurant. Ces lieux lui étaient favorables à des rencontres fantastiques. Quelques jeunes premiers et premières avaient perdu leur âme passionnée à son contact et avaient disparus des écrans.

Les chemins de randonnée, les fameux GR, étaient aussi agréables pour la cueillette. Combien de disparitions étranges, de chutes inexpliquées, par des randonneurs expérimentés, souvent des femmes qui avaient l'habitude de voyager ainsi seules, se sentant en sécurité sur ces chemins relativement fréquentés. Il était avenant, souriant bien que timide. Il jouait à la perfection son rôle de randonneur cadre, divorcé, parfois avec enfants dont il montrait à la demande les photos (qui pouvait vérifier ?), parfois sans. C'était presque un routine.

Cependant, c'était aussi un fil à la patte. Il lui fallait, régulièrement, rendre visite à sa collection et y déposer de nouvelles âmes, faire commerce. Jamais à la frontière, ou dans un aéroport, il n'avait été importuné. Il avait dans ses bagages une fiole vide qu'il pouvait ouvrir afin de démontrer au préposé qu'il n'y avait aucun danger. Quitter la France était une vaste blague. Une seule fois, il avait dû ouvrir toutes les fioles devant un agent suspicieux. Il avait expliqué qu'il était collectionneur. Non, pas de gaz mortel dans ces fioles étranges partant pour les Amériques.

Si l'informatique lui avait, à ses débuts, permis une certaine aisance dans la falsification de documents pour se créer de nouvelles identités, la numérisation des registres de naissances petit à petit, en France et en Europe commençait à lui créer des difficultés. Il ne pouvait pas avoir soixante ans légalement et paraître trente ans. Pour les biens immobiliers, les SCI se géraient et se transmettaient de manière tout à fait satisfaisante. Un vieux notaire de province pas très loin de l'âge de la retraite, pour peu qu'il eut des accointances politiques, était un allié peu regardant si on savait lui faire un cadeau.

Théo avait appris à s'adapter à ce monde qui évoluait. Lui aussi évoluait. Un compte bancaire en Suisse, un autre au Luxembourg. Ce qui permettait à un neveu d'hériter de son généreux oncle sans enfant.

Il évitait cependant les routines. Il s'était créé une holding qui gérait ses SCI. La holding louait les voitures pour la comptable ou pour lui. Il l'avait rencontrée dans un train 20 ans auparavant. Il rentrait de Brest pour un bref passage à Paris avant de regagner son antre languedocienne.

Elle s'appelait Sarah. Elle était comptable dans une grosse boîte faisait bien son métier et voulait évoluer, monter en grade. Elle s'était ouverte à Théo, naturellement, comme il arrive parfois que l'on se confie à un étranger qui n'a rien demandé de ses ennuis, ses emmerdes ainsi que le dit la chanson.

Elle se sentait brimée par son chef de service, rabaissée parce que femme. La solidarité masculine avait déjà joué deux fois contre elle et c'est la raison qui l'avait poussée à se calmer dans les embruns d'une Bretagne qu'elle ne connaissait pas et voulait découvrir depuis des années. Elle voulait apprendre, monter en grade, évoluer, se diversifier sur la législation, être plus autonome. Je dois vous embêter avec mes problèmes. Nous arrivons à Rennes et vous n'avez fait que m'écouter. À l'arrêt, elle descendit fumer. À son retour, Théo lui dit qu'il cherchait une comptable pour gérer ses affaires, de l'immobilier principalement. Il la prendrait à l'essai pour trois mois, mettant comme seule condition qu'elle arrête de fumer, sur les mêmes conditions salariales que son emploi actuel et si elle et lui trouvaient que la gestion comptable et administrative des différentes structures était convenablement menée, il l'embaucherait définitivement. Elle serait augmentée, aurait un pourcentage sur les bénéfices sous forme de prime et si elle sentait un besoin de formation, elle pourrait lui demander en justifiant l'intérêt mutuel. Il lui dit qu'il serait absent régulièrement à partir du moment où elle serait certaine de pouvoir être autonome.

Modifié par Errances

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Voilà une jolie suite.

À suivre...

(That's a never-ending story).

Posté(e)

il y a 30 minutes, Alba a écrit :

(That's a never-ending story).

Maybe not! 😉

il y a 31 minutes, Alba a écrit :

Voilà une jolie suite.

À suivre...

Merci ! Vous en êtes l'initiatrice 👍

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

"Merci ! Vous en êtes l'initiatrice 👍"

Ce fut un plaisir, Errances !

J'espère vous lire à nouveau très vite dans cette rubrique du forum !

(¬‿¬)

Account

Navigation

Configure browser push notifications

Chrome (Android)
  1. Tap the lock icon next to the address bar.
  2. Tap Permissions → Notifications.
  3. Adjust your preference.
Chrome (Desktop)
  1. Click the padlock icon in the address bar.
  2. Select Site settings.
  3. Find Notifications and adjust your preference.