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Estivales


Joailes

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Ce soir la fête bat son plein sur la grand place du village les Estivales ont commencé !

C'est le moment ou jamais de s'amuser et d'oublier tout ce qui va mal.

Agatha et moi, vêtues de nos plus beaux atours, nos baise-en-ville en bandoulière, toujours en recherche d'amour,  le sourire engageant, venions d'arriver, il était dix-neuf heures trente deux et sous les tentes de petits spectacles se préparaient sous nos yeux. 

Le garde-champêtre qui assurait la protection des espèces était assis sous la tonnelle où, pour conjurer la canicule, on servait à gogo des verres de sirop rouge ; il était réputé pour tirer sur tout ce qui bouge et je soupçonnai Agatha d'être amoureuse de lui, bien qu'elle ne m'en ait jamais rien dit. 

On a beau dire, l'habit ne fait pas le moine, mais l'uniforme … ça habille son homme.( et je sentais bien qu'elle rêvait de le déshabiller. )

Elle ne put donc s'empêcher de s'asseoir en face de lui et de lui lancer des œillades, alors que çà et là des arômes de grillades trituraient l'estomac.

Je lui fis un petit signe de connivence et avançai dans la foule, saluant au passage plusieurs autochtones sur la zone piétonne.

Je rencontrai Hercule, un ami de très longue date qui m'apportait des poireaux pour ma soupe, en hiver, et Jane Marple qui me faisait un peu la gueule depuis que je lui avais dit que son chat qui feule ressemblait à un gremlins ; nous taillâmes une bavette que Roger, le boucher, vint interrompre en me prenant par la taille pour une valse endiablée.

Bien qu'il ait enlevé son tablier sanguinolent, je n'étais pas sensible à ses grosses mains pourtant habiles à l'attendrisseur et dès que le tourbillon prit fin, je prétextai que ça m'avait donné faim et m'enfuis vers le stand du sandwich en tous genres.

Je choisis un hot-dog en pensant à mon chat qui attendait la fin des festivités pour partir en chasse ; je jetai un coup d'œil au garde-champêtre et à Agatha, qui avait bien avancé, ma foi, puisqu'elle se trouvait sur ses genoux avec son sourire le plus doux.

Non je le veux nature, répondis-je par trois fois à la créature qui me proposait de la mayonnaise ou du ketchup et même de la sauce barbecue dont les origines douteuses m'ont toujours paru fallacieuses.

Et puis take away ne cessait-elle de répéter, alors que je voulais rester sans bouger sur le vieux tabouret en skaï rouge.

J'eus enfin gain de cause et fis une pause en croquant dans la saucisse que je savais être un délice, délicatement posée dans un petit pain brioché que le boulanger avait passé la nuit à confectionner avec amour. 

Je l'aimais bien, le boulanger, répondant au doux nom aptonyme de Mich', mais quand j'ai su qu'il n'avait jamais lu "Les lettres de mon moulin", j'avais été très déçue. 

Le temps n'avait pas manqué de passer, l'air de rien, et déjà le clocher annonçait vingt-deux heures ; la fête battait son plein et déjà quelques victimes de bières pas chères titubaient un peu sur le chemin qui mène aux enfers.

Agatha était entre de bonnes mains ; rassurée sur son sort, je regardais la lune qui amasse toujours des fortunes auprès des amoureux et je m'éloignais un peu.

C'est alors qu'un petit bout de femme aux longs cheveux de flamme attrapa ma main.

Tout d'abord, elle ne dit rien et j'en étais bien aise, mais elle m'annonça que j'allais mourir bientôt, qu'Agatha allait tomber de sa chaise, que mon chat aurait besoin d'une prothèse, que je devais jouer au loto le numéro seize.

Le tiercé dans le désordre ; les chevaux sont partis, d'aucuns font des pronostics, d'autres comptent les moustiques, placé, gagnant … et en avant la musique !

 

Soudain tout s'embrasa ; dans la fournaise, je vis Agatha aux yeux de braise tomber de sa chaise ;  mon chat très mal à l'aise, une patte coincée dans la glaise, tourner de l'œil tandis que s'installait devant les fauteuils un groupe de métal progressiste dont le batteur était aux limites du suicide. 

J'étais en train de le trouver morbide et de m'attendrir sur ses yeux vides, mais ce n'est pas moi qui décide. 

Il était minuit treize et le garde-champêtre annonçait les résultats de la grande loterie : mille cent seize, je fus vaincue et tombai à mon tour de ma chaise, j'avais gagné un magnifique cercueil en bois de chêne avec une date de péremption et je vis Agatha se diriger vers moi en pleurant.

Crise cardiaque qui ne pardonne pas ; pourtant j'avais laissé mon cœur à la maison, mais il est bien comme le chat, il m'a suivie, on ne résiste pas à l'accordéon.

Oui j'ai vu la fameuse lumière ; après je ne me souviens pas trop.

Je crois que c'était hier et j'ai suivi l'albatros ; arrivés au cimetière,  on a dansé jusqu'à deux heures du matin.

A l'aurore, j'étais dans la fosse et je voyais encore Agatha qui me faisait des signes de la main.

J'étais heureuse de n'être pas morte en hiver, les estivales battaient leur plein.

On a jeté des roses sur mon sapin et la diseuse d'aventures est venue me dire qu'il ferait beau demain.

Après la pluie le beau temps, lui ai-je répondu en souriant. 

Et j'ai trouvé beaux le garde-champêtre, le boucher, le boulanger, Hercule, Miss Marple,  qui pleuraient avec Agatha. 

(joailes ---------) 6 juillet 2024

 

 

 

Modifié par Joailes
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