~ Les commentaires sur les sujets sont uniquement visibles des membres de notre communauté ~
Rechercher dans
  • Plus d’options…
Rechercher les résultats qui contiennent…
Rechercher les résultats dans…

Doit contenir au moins 3 caractères.

Aller au contenu

ça fonctionne pas!


Thy Jeanin

Messages recommandés

 

Bureau 06, ça chauffe, Marcel !

 

Marcel est le cloporte-délégué-sous-chef de la Division chargée des mobilités virtuelles en vue des mobilisations annuelles. Or, on est en période de mobilisation. Quel que soit le mobile, on mobilise.

Le plus simple, c’est, comme chaque année, de réactiver la liste fonctionnelle des numéros habilités à être mobilisés de l’année civile passée. Ils sont dûment répertoriés.

 

« Pourquoi s’embêter ? déclare le cafard Duplacard. Si ça a marché l’an dernier, on n’a qu’à reprendre les mêmes pions et recommencer.

- Comme ça, ça ira plus vite et on pourra siroter sa sinistrose » plussoie le RAD-ë-goo, ë-délégué à l’IA.

 

De toute la fourmilière, c’est incontestablement ce robot qui a le plus « d’esprit », si l’on ose le mot.

 

Les claviers crépitent, les téléphones vibrent, des papiers à en-tête s’impriment. Rouages huilés, formulaires conformés, ordres transmis.

 

Du beurre.

 

Pourtant, à 16 :21 :44 :

« P. ! Pourquoi il n’accuse pas réception, ce c. ?!

-Alors quoi, Marcel ? Qui tu harcèles, là ?

-Un récalcitrant, M. le chef de division subalterne n°15. Un dénommé Char…les Lho… Lhum… bref le n°10 du secteur 2. Il ne réagit pas !

-Va falloir le contacter via son chef de centre et lui souffler dans les bronches…

-…lui remonter les bretelles !

-Oui, Marcel. A toi de t’en charger.

-Adieu, mon petit café de trois heures.

-On peut pas toujours finir l’après-midi au billard…

-Juste un petit jeu vidéo, Monsieur.

-Allez, va chercher ! »

 

Marcel pouffe, souffle et rougit au fantasme qui le prend : foutre une raclée à cet emmerdeur de n°10 qui ne répond pas présent. La section 2 est pourtant une brigade finement mise au point. Ses performances lui valent une prime de fin d’année. Pas question de remettre en question les primes – sinon, il reste quoi ? D’accord, cloportes et cafards vivent de peu, mais…

 

GAAAARDAVÔ !

 

Le SCOL-HOP, colonel-adjoint des PQP (pis que pendre) passe :

« Eh bien, n° 666 et vous, 767 : quel est le rouage déficient ? Vous devriez déjà être en mission.

-Le n°10 n’est pas sur le terr…

-Je sais ! Qu’attendez-vous Mettez-le en demeure ! Envoyez la brigade ! Remuez-moi ce pion dans l’inertie ! Qu’il fasse sa mission. Nous aviserons ensuite pour les mesures disciplinaires. »

 

Et c’est branle-bas de combat. La foudre administrative s’abat sur le n°10.

 

Marcel, sous sa carapace bouillante, rêve de lui grignoter les pieds jusqu’à la gangrène fatale. Tout le blockhaus administral et rectal vibre de haine, tel un organisme qui déclenche une réponse immunitaire pour détruire une cellule rebelle, infectée ou non conforme.

 

Le n°10 ne réagit toujours pas. Marcel en arrive à demander l’autorisation écrite (n°9-543 B) d’aller le rencontrer chez lui sous prétexte d’une perquisition et de le buter.

 

C’est presque le cas. Mais c’est la Brigade d’intervention du Bureau de la Rigueur administrative qui s’en charge. Elle fracture la porte d’entrée du domicile privé du n°10, tandis qu’on trace son téléphone portable.

 

On le trouve dans son lit. Mort. Il faut dire qu’à cent ans, il n’aura pas encore eu droit à sa retraite.

 

Ceux qui imaginent Marcel arrivé sur les lieux ouvrir de grands yeux étonnés s’égarent. Il n’a que des antennes à la place. Mais il peste :

« Le c. ! Il n’aurait pas pu nous le dire, qu’il était mort ? Ou prévenir qu’il allait mourir, quoi. Un petit effort. Le formulaire de décès, c’est fait pour les chiens ? Mauvais administré, va ! »

 

Maintenant, il faudra trouver un remplaçant et vite, quand tous se défilent devant un travail harassant et mal payé. Ce n°10, nom d’un trombone, n’aura pas son permis d’inhumer ! D’ailleurs sans famille, peuh ! L’Etat récupérera tout, voilà ! »

 

Haussant les épaules, il part en regrettant son café et son billard. Ce sera pour demain.

Lien vers le commentaire
Partager sur d’autres sites

×
×
  • Créer...