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Le bazar d'Aziz


Joailes

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à l'angle du boulevard Saperlipopette et de la rue Colette où autrefois passaient les paysans avec leur brouettes, se tient un bazar extraordinaire à la façade rouge.

De loin, on pourrait penser qu'il s'agit d'un bouge avec son enseigne qui clignote jour et nuit, mais il n'en est rien.

C'est la boutique d'Aziz que tous les riverains connaissent bien.

Je m'y fourvoie souvent, je l'avoue, j'y vais sans rendez-vous et surtout quand j'ai le moral dans les chaussettes ; dès l'entrée une fièvre acheteuse me prend, je ne sais pas si les arômes diffusés par les trous d'aération y sont pour quelque chose.

Dès la troisième allée, Aziz vous porte une tasse de thé avec un grand sourire contagieux, il vous fait une petite causette où il est souvent question de misérables qui lui ont volé son bac à sable quand il était petit mais il ne s'attarde pas pour ne pas déranger votre visite.

 

Je le soupçonne de manier dans ses recoins secrets des ficelles car des objets s'agitent, votre cœur palpite et votre panier se remplit d'articles que quiconque pourrait qualifier d'inutiles.

Mais je ne lui en veux pas car je sais que les objets ont une âme et que c'est eux, au fond, qui vous choisissent.

 

Ainsi, je n'ai jamais su pourquoi au bout d'un certain temps ils rétrécissent, perdent de leur importance et finissent à la poubelle trieuse-automatique que j'ai achetée bien sûr chez lui; il vient, chaque semaine, en récupérer les débris et je crois bien qu'ils les recycle.

Bref, à une histoire se greffent plein d'autres histoires dans ce foutu bazar merveilleux.

 

J'ai trouvé une espèce de taille-crayon qui raccourcit les textes automatiquement, ne gardant que les meilleurs moments et quand on est un écrivain ennuyeux qui donne moult détails c'est extrêmement utile ; des chaussettes à niveau qui ne laissent pas descendre le moral plus bas que les genoux, tricotés en poils de gnou à queue noire par quelque africaine souvent bourrée le soir, un diffuseur de parfums aléatoire, un sac à dos génial qui s'avère ventral pour éviter les douleurs dorsales, extrêmement efficace ; au rayon des abeilles j'ai vu la reine qui vendait sa couronne qu'un client, apte à la déconne, avait laissé en dépôt-vente.

 

J'ai craqué sur beaucoup d'autres choses, sur la gomme au parfum de rose qui efface les épines mais ma plus belle trouvaille c'est un stylo qui traduit, qui décode le morse, le braille, le chinois et les non-dits, qui fait des bruits à la demande, le sel qui craque sur Guérande, le vent qui souffle dans la lande ; l'oiseau qui hulule dans la nuit et qui sait raconter l'arôme des biscuits dans une armoire normande.

 

A la caisse, Aziz m'attendait.

 

Veux-tu un ticket ?

 

J'ai rigolé.

 

On sait bien, lui et moi, qu'il n'y a pas de prix sur les choses.

Il m'a parlé de la TVA qui ne saurait pas s'adapter.

Il a glissé dans mon sachet biodégradable une boîte mystérieuse comme toujours quand je fais mes emplettes chez lui ; une surprise que je fais durer.

 

J'habite au bout de la rue Colette, dans une vieille cabane qui n'est pas sur le cadastre, je collectionne les gadgets et me complais dans les astres ; sans Aziz, ce serait un désastre.

 

Le jeudi uniquement sa boutique est fermée, il vient, c'est acquis et on se fait un repas très pimenté, je l'avoue, bien arrosé et des fois il me rembourse quand on regarde, ensemble, la grande ourse comme des chefs étoilés et qu'on a dans nos yeux des rêves partagés.

(joailes ------) 16 mai 2024

 

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