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Maisons


Thy Jeanin

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          Les maisons ont froid. Emmitouflées de lierre, elles se cagoulent et se lestent d’ardoises pour ne pas s’envoler. Une bise polaire a surgi de l’horizon. Elles s’en ébahissent et leur lucarne s’arrondit. Hier encore un tiède soleil chauffait l’espoir de ces matins doucereux qui font ronronner d’aise sous la caresse étésienne.

 

          Parfois, leur cube rugueux est pierre de patience, les murs résonnent de cris, hantés d’âmes mordantes, on les voit trembler sous la violence, portes et fenêtres claquent sur les façades interdites et le vent n’y est pour rien.

 

          Il arrive que les maisons soient figées, vacantes, les volets sont clos comme si c’était pour toujours, elles se rongent d’ennui, pleurent sous la pluie.

 

          Plus souvent, les maisons rêvent, leurs chambres se parent de rideaux clairs peuplés de papillons qui veillent sur le sommeil des enfants et les baisers de leurs parents volètent, et la nuit chante des comptines, des duos d’amour au contre ut luttant avec le chœur des anges ; ces soirs-là, on entend s’approcher l’océan, il guette les champs comme ses plages et l’azur s’envole sur la grand route qui traverse le village.

 

          Coquettes, certaines se déguisent en castel ou en manoir pour mieux se faire voir, enrubannées de meulière, brochées de fer forgé, la girouette altière, et leur jardin se fait parc avant que l’hiver ne secoue la poussière d’or de l’été pour ramener, blafarde, la tyrannie du néant.

 

          Les maisons, certains jours de cafard, se tissent un manteau de neige pour justifier les lampions sur le linteau des âtres, où brille l’étoile qu’elles ont avalée quand leurs âmes dormaient.

 

          Les maisons, avant que de s’assoupir, tard, s’allument comme chandelles pour imiter le phare, elles épient les bancs de sable mauve du soir – elles en rosissent d’espoir.

 

          Les maisons sont des musées, on y visite des œuvres d’art et ce sont des vies où souvent celles de chiens et de chats s’invitent, des hirondelles s’y glissent en contrebande, chaque pierre est hôtel à insectes et la vie chante et vibre enfin.

 

          Mais les maisons ont beau faire toilette en grand chantier, elles n’en finissent pas moins noires et ridées, figées dans la poussière et c’est le temps qui emporte leur dépouille dont il reste parfois un instantané dans l’éternité hasardeuse des mémoires, ou des lignes surannées tracées à la hâte dans un grimoire oublié.

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