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Les Nuits d'Yvernie (37 et fin)


Sertorius

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« Et voilà », se dit Yvine en soupirant, lorsqu’elle fut retirée dans ses appartements, avec ses femmes, le soir de la lecture du dernier rapport de Vortimer.

« Qu’y a-t-il ? s’enquit Assa qui lui brossait les cheveux.

— Polymnie, joue-moi l’air que tu sais s’il-te-plaît. »

Polymnie posa ses doigts agiles sur les cordes de sa harpe et joua.

— C’est l’air des larmes, dit sombrement Kairen.

— Oui, admit Yvine, dont les yeux restaient secs pour la première fois, en entendant cet air qu’elle connaissait bien.

— Qu’avez-vous ? s’inquiéta Birgitt.

— J’ai, dit-elle, que mon mari ne veut plus se débarrasser de moi, que mon fils grandit sans moi, que l’homme qui m’aime est loin de moi.

— Vortimer revient, lui dit gaiement Assa, qui n’ignorait rien des états d’âme de sa maîtresse et qui n’avait pas tardé à tout deviner.

— C’est ton mari, dit-elle tristement.

— Eh oui, la vie est pleine de désagréments de ce genre, opina Birgitt.

— Nous sommes tous les deux mariés, dit Yvine… Quel ennui…

— Allons. Souvenez-vous de votre situation, il y a plus d’un an, la réprimanda Assa. Enceinte, exilée, mariée, sans espoir. Vous ne vous en sortez pas si mal.

— Pourquoi ne pas vous ouvrir à votre mari de votre volonté de partir ? demanda Kairen.

— Il ne peut pas l’accepter, dit Yvine. Ce serait pour lui un nouveau scandale…

— Vous pourriez retourner en Yvernie, hasarda Birgitt. Le roi Niocol vous accueillerait à bras ouverts.

— Mon fils est ici.

— Ne pouvez-vous demander au roi de vous déclarer stérile et de se trouver une autre femme pour assurer sa descendance ? proposa Kairen.

— Non, se dit Yvine tandis que Polymnie égrenait les dernières notes de la mélodie sur sa harpe. Toujours pas de réponse de l’évêché. Il n’y a qu’un moyen de quitter Margreg. »

 

En rentrant d’Yvernie, Vortimer apprit la mort d’Yvine.

Elle s’était jetée du haut de la terrasse du donjon.

Ses femmes avaient emporté son corps disloqué.

On lui montra la dalle de marbre à son nom dans l’église, telle qu’il l’avait imaginée la nuit de son accouchement.

Il quitta le service de son roi le jour même, emmenant avec lui le peu d’effets personnels qu’il possédait : L’Odyssée, sa flûte, ses armes, ses vêtements et la fortune qu’il s’était acquise en remportant deux guerres.

Il emporta le cheval avec lequel il avait autrefois emporté le fils de sa reine. Il voulait voir encore ces deux yeux d’émeraude qu’il avait tant aimés, l’élever lui et sa propre fille avec Assa et sa mère, Léagaïba. Nell Avir viendrait sans doute les voir de temps en temps.

Lorsqu’il passa l’enceinte, le soir tombait, il pleuvait et une silhouette encapuchonnée l’attendait près de la route. il pensa immédiatement à sa mère qui avait recueilli l’enfant d’Yvine ce jour-là, à ceci près que les boucles trempées étaient blondes.

« Tu sembles un peu perdu, soldat, dit-elle. »

Et elle leva vers lui ses grands yeux verts.

Il l’aida à monter à cheval, devant lui.

« La chaumière n’est pas loin, dit-il d’une voix nouée par l’émotion. »

 

Le roi Margreg, après avoir enterré les restes d'une femme portant les habits de son épouse, mais morte longtemps avant d'être tombée du donjon et qu’il avait bien voulu prendre, non sans reconnaissance, pour Yvine, se remaria bien vite avec une fille de l’aristocratie de son royaume. Il trouva le moyen d’en obtenir un héritier pour lui succéder, car il ne manquait pas de serviteurs fidèles.

Birgitt et Kairen restèrent attachées au service du roi et de la nouvelle reine de Karnoua.

Du vivant de Niocol et de Margreg, qui eurent un règne encore long et prospère, il n’y eut plus de guerre entre leurs deux pays.

Nell Avir, à son tour, quitta le service de ce roi. Jamais on ne le revit à sa cour.

Léagaïba avait bel et bien disparu.

 

Non loin de Trévar Védyne, en s’écartant de la route du Nord, il y avait un bois. Au fond de ce bois, il était une clairière. En son centre, une chaumière. Qui eût regardé au carreau, un soir d’hiver, eût pu voir le bonheur simple d’une famille peu ordinaire : un homme fort, entouré de trois femmes, dont une qui devait être sa mère, une autre qui devait être sa femme, une troisième, plus belle que toutes les belles du pays, très blonde avec de grands yeux verts. Sur ses genoux, elle tenait un enfant et ses yeux étaient verts. Sur les genoux de l’homme, il y avait une petite fille et ses yeux étaient noirs…

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