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Les Nuits d'Yvernie (16)


Sertorius

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Un jour, Yvine était dans la grand-salle, occupée à lire un livre que Vortimer lui voyait pour la première fois et dont il cherchait à connaître le titre. Elle était assise près de la grande cheminée, selon son habitude. Vortimer était assis, lui aussi, à distance respectueuse, au bas bout de la grande table que débarrassaient valets et servantes.

Assa était avec elle, les mains posées sur son ventre qui se formait, et fredonnait un vieil air qui lui était familier. Il leur jetait quelques coups d’œil discrètement, en se demandant ce qu’il pouvait faire pour Assa.

Il reportait son attention sur le vide de la table devant lui quand un cri de détresse retentit dans le silence ambiant. Vortimer n’en avait entendu de pareils que sur les champs de bataille. Dans l’instant, il était debout, tenant d’une main son épée et pâlissant extraordinairement.

Yvine était debout, elle aussi, se tenant le ventre à deux mains, le corps crispé par une douleur atroce. Le bas de sa robe était taché de sang. On se précipita autour d’elle, tandis que Vortimer demeurait immobile, figé par l’angoisse.

On l’avait emmenée et ses cris continuaient de déchirer le silence. Il se surprit dans la même attitude, tenant toujours au bout de son bras son épée inutile.

Mû par une impulsion soudaine, il se précipita dans les niveaux supérieurs. Il avait laissé tomber son arme. Il arriva auprès de son roi qui s’entretenait avec Cathbad dans la salle du conseil. Il mit un genou en terre, reprit son souffle en se cherchant une contenance et s’adressa à Margreg :

« Sire, la reine accouche. »

Le regardant sans comprendre, le roi finit par éclater d’un rire bref. On entendait, au niveau supérieur, les hurlements d’Yvine qui redoublaient.

« Je ne m’étonne donc plus d’entendre ma femme hurler à travers tout le donjon, s’amusa-t-il.

— Mais, sire…, hasarda Vortimer. Il faut envoyer quérir les meilleures sages-femmes du royaume.

— Pourquoi donc ? s’étonna le roi. N’avons-nous pas suffisamment de monde ici ?

— Sa suivante est enceinte, dit Vortimer, se maudissant intérieurement de lui avoir lui-même amoindri ce soutien.

— Et alors ? »

Vortimer ne savait pas même ce qu’il avait voulu dire. Il cherchait des mots pour secourir la reine.

« La reine souffre. L’accouchement pourrait lui coûter la vie.

— Bah. C’est le lot de toutes les femmes, admit le roi. Autre chose ?

— Et si votre héritier se trouvait en péril ?

— Quel héritier ? s’agaça Margreg. L’enfant a été conçu hors mariage. C’est un bâtard qui ne m’est rien. »

Vortimer se moquait bien du sort de l’enfant. Il voulait inquiéter le roi pour qu’il ait soin de sa femme. Le roi était très loin de semblables considérations. Résigné depuis longtemps, il se serait accommodé de la mort de l’une et de l’autre. Il avait bien peu d’amour pour sa femme et la beauté qui l’avait tant surpris ne touchait plus son cœur.

Il la jugeait criminelle, comme seuls les hommes sont capables de juger tout ce qui s’oppose à leurs desseins, sans réfléchir qu’elle n’avait commis d’autre crime que suivre la voie de la Nature, qu’il ne dédaignait pas d’emprunter lui-même.

Vortimer se perdait en vaines recherches, mais les hurlements d’Yvine lui faisaient oublier les phrases qu’il commençait dans sa pensée.

Alors Cathbad intervint :

« Si la reine meurt, nous pourrons la remplacer par une autre, dont nous nous serons assurés de la pureté. Et alors, vous pourrez accomplir la tâche que le roi voulait vous confier. Il n’y a plus qu’à attendre »

Vortimer, épouvanté, fit une révérence et sortit précipitamment. Il ne voyait pas ce que la grossesse d’Yvine avait à faire avec sa pureté, alors que lui-même considérait vaguement qu’étaient impures toutes celles qui lui avaient cédé, parce qu’au fond de lui-même, il avait affaire à sa propre impureté. Yvine ne pouvait être que pure, puisqu’elle était pour lui inaccessible.

Il ne se rendait pas compte, d’ailleurs, qu’il avait besoin de cet être idéal qu’il plaçait, pour l’adorer, au-dessus de tout le genre humain. Elle était devenue, pour lui, une sorte d’étoile ou de divinité et remplaçait dans sa pensée toutes les subtilités de la religion, en laquelle il ne croyait pas.

Ses idées étaient trop confuses pour qu’il les formât clairement et il était bien incapable de réfléchir quand il entendait se poursuivre, à de courts intervalles, les longs cris douloureux de sa reine, qui le mettaient au désespoir.

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