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Secrets professionnels (2)


Joailes

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Ludo,

un poète à histoires

 

A la belle époque où je faisais la pige pour un canard dans la Drôme, je rêvais de devenir journaliste, un grand homme.

 

Un jour semblable à tous les autres apparemment, - mais c'est un piège - un de ces maudits qui commence bien, qu'on aimerait jamais fini et qui vous le rend bien, en vous dévoilant la fin comme un hara-kiri pas vraiment consenti et qui devient un crime ; c'est assez compliqué, je n'ai droit qu'à une heure c'est vrai

pardon ! j'abrège sinon on n'aura jamais fini !

Donc le canard me dit que si le soir même, je lui posais un lapin, ce serait très mal vu par la direction ; il me donna rendez-vous sur la place à vingt trois heures la cloche fera foi je devais rapporter un scoop, sinon … je serai contraint d'oublier mon col vert, enfin tu vois, un choix à faire, comme ça, soudain !

Dans ma gorge, un pigeon roucoulait et dans mon ventre il y avait beaucoup d'oiseaux aux noms d'hommes.

Une voiture faillit me renverser et le chauffeur, un grand duc, ne parvint pas à s'extirper de son véhicule pour me demander comment ça allait.

Il avait l'air caduque, j'eus l'impression de l'avoir écrasé ; je lui fis de grands signes pour le rassurer je n'ai rien, circulez !


 

J'allai m'asseoir à la terrasse de mon café préféré, en regardant avec dépit la façade du canard dans le coin qui s'était fait ravaler plusieurs fois comme, dit-on, la femme du paon et celle dont on taira le nom ; tout ça ce sont des racontars sans rime ni raison.

J'en avais marre des canards.

Il n'arrive jamais rien par ici ; un scoop c'est vite dit !, marmonnai-je en commandant un sucre et une eau de vie.

Le maire était en train de se laver les pieds dans la fontaine, et le curé disait des dizaines sur un pied comme un héron en train de pêcher dans l'étang près du moulin à vent.

La boulangerie n'a pas de pain et le boucher vend des lapins ; tout est normal, Madame Nonos promène ses chiens et le notaire n'a l'air de rien on dirait qu'il dort, pourtant c'est un condor ; le garagiste a encore coulé une bielle tant qu'il aura des abeilles il fera son miel et le vieux paysan qu'on appelle Berger balade sa vache qui porte sur son dos de grands sacs de bourrache qui la font suer mais pas lui.

Je l'entendais marmonner c'est nul à chier et elle bousait sans bouger dans un nuage de fumée.

Plus loin, devant chez le droguiste, quelques jeunots désœuvrés fumaient de l'herbe, ce qui, disait-il, faisait du tort à son commerce.

Mais ça n'allait jamais plus loin, tout se terminait bien quand le plombier venait assurer l'étanchéité en sortant des joints de sa sacoche.

Les trois bancs désinfectés tant de fois et désaffectés à jamais ne supportaient plus de fesses depuis longtemps.

Et Madame la Comtesse, du château de mi-ruines mi-raisins n'allait plus à confesse, elle préférait pêcher sur un pied pour profiter jusqu'à la fin de sa libido encore très active.

La fin … et si c'était la fin du monde ?

Si soudain une fumée s'élevait des entrailles de la terre qui emporterait tout dans sa gueule béante et qu'il ne reste rien ?

Voilà qui me ferait un scoop, me proclamerait écrivain !

- ah, je n'aime pas ce mot qui finit mal en commençant si bien. -

Au lieu de cela, le serveur jonglait avec les soucoupes et le vieux coiffeur venait encore de rater une coupe.

J'ai dû perdre un peu la face : j'avais l’œil vitreux de celui qui cherche sa mie, sa miette, son amie … une sortait de la masse mais c'était la femme du canard ; je ne l'ai su que plus tard, quand je fus compromis en plein délit.

Le canard, en face, avait déjà pris des photos ; il ne me décrochera ni plume ni palme malgré ma bonne volonté.

Je le voyais déjà avec son air salace me dire rompez, c'est terminé.

Foutu canard, foutus magrets et foutue bouteille d'eau de vie drôlement entamée ...

Je me suis ébroué, j'ai attrapé ma canne, pris un cachet effervescent et me suis maudit de m'être laissé tenter.

Je compris alors qu'Eve n'y était absolument pour rien ; que dans les canards travaillent des vipères comme dans tous les coins, l'autre coin est un écho où soi-disant, le serpent siffle et que, forcément, ça fait coin-coin.

Ça m'a fait du bien de te parler, de te raconter mes histoires de canards , il me reste un fond de bouteille, le sucre est pour toi tu pourras digérer tout ça ?

Demain matin, j’irai au prud’homme tuer le canard qui n'avait rien à faire, en somme, dans un tout petit village de la Drôme aussi peinard et qui n'a rien à raconter sauf à des gens comme toi qui peuvent tout écouter.

Je ne suis pas devenu journaliste, j'ai pas voulu cancaner, mais je suis le poète anonyme que tu sais.

Dans ton canard, je peux me pavaner …

(joailes – 17 mars 2023)


 

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