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dernière histoire horrible


Joailes
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Quand on habite dans un immeuble de six appartements séparés par des murs plus ou moins épais, on ne connaît pas tout le monde, malgré la fameuse fête des voisins instaurée au mois de juin ça tombe bien tu n'es jamais là tu sais bien et tu t'en félicites.

On est voisins, certes, mais on n'a pas élevé les cochons ensemble, même pas les singes.

On peut entendre, certains matins, quelques voix étouffées, un joueur de guitare ou la chasse d'eau ; certains soirs un chien qui s'exprime tout haut ou un poète qui a dû abuser un peu des verres mais tout va bien dans l'ensemble ; qui se rassemble se ressemble et l'on se dit qu'on n'est pas mal loti .

Parfois on se retrouve devant les boîtes aux lettres, on échange quelques mots, très souvent sur le temps qu'il fait ou qu'il aurait pu faire, ce qui ne nous engage guère.

Au bout d'un certain nombre d'années on se reconnaît un peu, il arrive qu'on s'appelle par son nom, voire, dans des cas spéciaux, par son prénom.

 

Quelquefois, tu rentres fatigué d'une journée proche de l'enfer et tu n'as pas vraiment envie d'échanger sur la météo, ni même de sourire, les bras chargés de dossiers -genre de devoirs à la maison comme avant- et de courses qu'il a bien fallu faire .

Tu emploies des ruses dignes de sioux pour ne croiser personne devant l'ascenseur et vite, vite tu rentres dans ton logis.

Ouf !

Bam !

La porte claque !

 

Tu ranges les courses dans le frigo, tu poses tes dossiers sur le bureau ; tu envoies valser chez Strauss tes chaussures et tes vêtements, tu entres dans la douche sauna et là, ça va mieux, tout de suite, rien de tel que cette cascade brûlante sur tes muscles endoloris tu ne chantes pas « ô sole mio » parce qu'à cette heure-ci ce serait mal vu, mal entendu et surtout parce que tu n'en as pas envie.

Tu enfiles tes mules moins têtues depuis que le chat leur a mangé le pompon, ton kimono en chenille de bombyx, tu mets un disque sur la platine …

Et là ! Le pied, comme on dit !

Plus rien, même pas -surtout pas- le téléphone ne pourrait te faire bouger !

 

Les trois singes au-dessus de la bibliothèque en profitent pour descendre de leur perchoir.

Ils sont tout excités et leurs mains ont quitté leurs oreilles, yeux et bouche.

Ils se mettent à parler en même temps de tout ce qu'ils ont entendu et vu.

Ils sont intarissables et en quelques heures tu sais tout de tes voisins.

Ils disent que Monsieur Sanzaru a vécu longtemps à la rue et qu'il a trois singes.

Alors, tu te dis que lui aussi va tout savoir de toi.

 

Vers minuit, les singes sont remontés sur la bibliothèque et ont remis leurs mains aux endroits stratégiques.

Tu penses que tu as dû rêver, sans doute t'étais-tu endormie d'ailleurs le disque postillonne et le saphir ronronne. Strauss est parti.

A cet instant, la sonnerie de ta porte retentit.

Pieds nus, tu vas voir Judas ton ami dans ce genre de cas.

Il fait noir sur le palier mais à force d'écarquiller les yeux … tu vois bouger des mains poilues au nombre de huit.

Tu te pinces et pousse un cri.

Tu tires le verrou et cours te cacher sous le lit

Imagine la cacophonie des six singes aux mains coupées qui t'attendent ; c'est plus que tu ne voulais entendre, bien au-delà de ton imagination.

Tu promets comme un gascon que tu n'écriras plus de petites histoires horribles si tu en réchappes.

Et tu signes cette dernière histoire et puis te signes ... 

 

 

(joailes – 23 novembre 2022)

 

Modifié par Joailes
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