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Accents poétiques

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Prose filée à la quenouille

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  • Semeur d’échos

 

 

Parmi les mots inexistants il a fallu inventer des mots violets sur papier blanc à carreaux  des mots qui disent, plus forts que ceux qui parlent, sans écouter la bise sur l'océan aux longues salives blanches ; des mots qui tâchent et que boivent les buvards verts à grandes lampées, sous la lampe des soirs de solitude dense quand le spleen danse dans l'encrier des nuits si noires où tout palpite même le coeur, cet ermite blotti entre illusions et erreurs  dans les bras d'un cactus

des mots comme des moineaux, sans beaucoup de cervelle, dont les petites pattes rouges s'agrippent aux doigts pour t'empêcher d'écrire ; il a plu si longtemps sur les rives froides de l'ubac où tu croyais apercevoir de gigantesques vaisseaux et de petites barques égarées parmi les choses inexistantes il a fallu inventer des choses bleues sur des papiers roses aphrodisiaques des choses comme des lysimaques qui de leur soleil explosent des pierres sensuelles qui avalent les pas, rubicondes, éphémères de secondes, le chien est mort sans dire pourquoi, le faucon pèlerin en silence s'abat, ombre perverse, ô courir à la renverse sur les herbes bleues parmi les voix inexistantes il a fallu inventer des sons des sons qui transpercent les roches sur des instruments de fortune pour ne pas mourir de silence en allant chercher l'écho dans les falaises pour entendre au moins une voix ; des sons soufflés entre les doigts à la pipe cassée du roseau pour faire venir les aubes

sur les draps froissés entre les cordes des corps où les caresses vont et viennent, pour s'oublier sur la dune froide du lendemain le sable gratte la peau dans le désert quand tout n'est que mirage et qu'ont disparu les chameaux il ne reste que de vieux lupins aux allures de lutins le mot redevient espiègle et se faufile entre les fées 

qui jouent avec leurs plumes

 

Des mots, des paroles, des sons inexistants ont fini par exister par la force des orages il fallait bien ouvrir les cages laisser battre la porte et s'ébattre les oiseaux pour que le rêve existe sur l'infini désir du partir et puis soudain … se retrouver debout à l'adret où les plaies se referment

les narines gonflées par de fauves parfums sur un coteau baigné de soleil où un cheval serein subit les mouches dans ses yeux d'onyx pur, où une petite fille souffle sur une fleur de pissenlit ; elle a la même robe d'ange et ses cheveux s'envolent derrière elle, petite comète inexistante qui existe par son souffle

Qui s'envole ?

La petite fille comète et les petits parachutes s'égrènent au vent dans les trouées du ciel où les rêves existent dans le parcours du regard , il reste encore un peu de temps pour le lui dire, avant qu'elle n'oublie le miel du genêt sur sa peau et l'adret qui se meurt dans l'ombre de l'ubac il faut qu'elle emporte son sac de parfums et qu'elle garde son sourire  limpide au creux des rivières ... 

 

Rien existe, et tout est, un instant seulement et puis soudain le vent … le pissenlit n'est plus qu'aigrettes dispersées sur la terre à terre ; heureusement, parmi tout ça, un rêve reste planté sur le sol, si proche du la du diapason qu'il n'est plus que musiques et odeurs. 

(Joailes – mars 2021)

 

Modifié par Joailes

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  • Semeur d’échos
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La prose mélodieuse de Joailes vaut tous les poèmes, chaque phrase nous apporte son lot de couleurs, de parfums, d'images, d'inventivité. Longtemps après lecture la force poétique de ce texte, résonne encore en nous comme une chanson indépassable.

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  • Semeur d’échos
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  • Semeur d’échos
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Le 03/03/2021 à 22:07, Joailes a écrit :

Des mots, des paroles, des sons inexistants ont fini par exister par la force des orages il fallait bien ouvrir les cages laisser battre la porte et s'ébattre les oiseaux pour que le rêve existe sur l'infini désir du partir et puis soudain … se retrouver debout à l'adret où les plaies se referment

les narines gonflées par de fauves parfums sur un coteau baigné de soleil où un cheval serein subit les mouches dans ses yeux d'onyx pur, où une petite fille souffle sur une fleur de pissenlit ; elle a la même robe d'ange et ses cheveux s'envolent derrière elle, petite comète inexistante qui existe par son souffle

Qui s'envole ?

 

Le 03/03/2021 à 22:07, Joailes a écrit :

Rien existe, et tout est, un instant seulement et puis soudain le vent … le pissenlit n'est plus qu'aigrettes dispersées sur la terre à terre ; heureusement, parmi tout ça, un rêve reste planté sur le sol, si proche du la du diapason qu'il n'est plus que musiques et odeurs. 

 

Un texte littéraire, intense et bucolique, servi par une très belle prose. Un titre magnifique.

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