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Les villes hallucinées (Proto-villes) - VII

Featured Replies

Posté(e)

VII

 

le cycle silencieux reprend son cours

sans jamais abdiquer

migrant vers des couchers que nous ne saurions voir

explorant le vernis des villes

l’averse de la foule inondant la chaussée

que les carrefours éclusent au rythme des marées

 

c’est ici que meurent tous les solstices

pâles

hostiles

effrayants

à travers les artères de mort

et nous

moins vivants que les pierres d’où les immeubles naissent

si fragiles

nous souffrons

 

alors

lentement

nos corps déclinent sur la douleur des murs

où planent de funestes sculptures

ombres fuyantes jusqu’à la cime

toujours plus hautes sur les falaises ambrées

colonnes salomoniques dans le lacis hallucinant des courbes

les façades hurlantes dardant leurs crocs comme des chimères

et les ténèbres fusent

monstrueuses

effrayantes

la luxure des satyres en un rut indomptable

astre houleux face à la démesure

prêt à rompre

 

mais qu’importe

quand le temps fuit l’ondée

les gémonies se parent d’ornières nébuleuses

leurs pieds cédant aux funérailles

d’autres pieds s’élevant à la poussière

le ciel pourvu de verticales s’alliant à l’alchimie du monde

froid

muet

désertique

 

les hémisphères brisés

pilastres en décomposition

berceront les gravats pour que rien ne subsiste

pas même une brique

Posté(e)
il y a 59 minutes, Stephane94 a écrit :

mais qu’importe

quand le temps fuit l’ondée

les gémonies se parent d’ornières nébuleuses

leurs pieds cédant aux funérailles

d’autres pieds s’élevant à la poussière

le ciel pourvu de verticales s’alliant à l’alchimie du monde

froid

muet

désertique

C'est mon passage préféré qui reflète parfaitement cette idée du malaise urbain post-apocalyptique.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un souffle qui ne se dément dans la description toujours plus hallucinée d’un décor d’épouvante. Y aura-t-il une suite? L’ensemble des poèmes mériterait une publication illustrée par un artiste comme Moebius.

Posté(e)
Il y a 5 heures, Jeep a écrit :

L’ensemble des poèmes mériterait une publication illustrée par un artiste comme Moebius.

Totalement et complètement et entièrement d’accord avec @Jeep.

 

Oui, ça y est je retrouve engloutissement de "so far away" dans ce dernier poème (si j'ai bien tout compris beaucoup moins hermétique que tous les autres) :

 

Il y a 9 heures, Stephane94 a écrit :

les hémisphères brisés

pilastres en décomposition

berceront les gravats pour que rien ne subsiste

pas même une brique

 

Et que dire de :

Il y a 9 heures, Stephane94 a écrit :

alors

lentement

nos corps déclinent sur la douleur des murs

où planent de funestes sculptures

 ou encore

 

Il y a 9 heures, Stephane94 a écrit :

les gémonies se parent d’ornières nébuleuses

leurs pieds cédant aux funérailles

d’autres pieds s’élevant à la poussière

le ciel pourvu de verticales s’alliant à l’alchimie du monde

froid

muet

désertique

 

Là c'est le poème du top pour moi. Si je pouvais je mettrais une infinité de ❤️❤️❤️❤️...

Modifié par Margueritte Cèdre

Posté(e)

et nous

moins vivants que les pierres d’où les immeubles naissent

si fragiles

nous souffrons

 

Ces villes construites par des architectes fous, sont les images de notre monde pensé par les déconstructeurs de tous poils,

où l'oeuvre se suffit orgueilleuse et n'a nul besoin du regard de l'homme mais s'affirme même hostile à sa venue perturbant son indifférente "beauté".

Posté(e)
Il y a 14 heures, Stephane94 a écrit :

et nous

moins vivants que les pierres d’où les immeubles naissent

si fragiles

nous souffrons

Des vers qui résonnent fort, surtout en ces temps de crise aliénante...

Posté(e)
Il y a 14 heures, Stephane94 a écrit :

les façades hurlantes dardant leurs crocs comme des chimères

J'aime cette rhétorique baroque qui brandit ses mots comme des flammes

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Grandiose déliquescence!

Posté(e)
  • Auteur

Merci beaucoup @Thy Jeanin!

Posté(e)
Le 20/01/2021 à 19:58, Stephane94 a écrit :

c’est ici que meurent tous les solstices

pâles

hostiles

effrayants

à travers les artères de mort

et nous

moins vivants que les pierres d’où les immeubles naissent

si fragiles

nous souffrons

 

Le 20/01/2021 à 19:58, Stephane94 a écrit :

ombres fuyantes jusqu’à la cime

toujours plus hautes sur les falaises ambrées

colonnes salomoniques dans le lacis hallucinant des courbes

les façades hurlantes dardant leurs crocs comme des chimères

 

Le 20/01/2021 à 19:58, Stephane94 a écrit :

les hémisphères brisés

pilastres en décomposition

berceront les gravats pour que rien ne subsiste

pas même une brique

 

Toujours aussi remarquable.

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