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  • Tous les morts sont ivres...


    Tous les morts sont ivres de pluie vieille et sale

    Au cimetière étrange de Lofoten.

    L’horloge du dégel tictaque lointaine

    Au cœur des cercueils pauvres de Lofoten.

     

    Et grâce aux trous creusés par le noir printemps

    Les corbeaux sont gras de froide chair humaine ;

    Et grâce au maigre vent à la voix d’enfant

    Le sommeil est doux aux morts de Lofoten.

     

    Je ne verrai très probablement jamais

    Ni la mer ni les tombes de Lofoten

    Et pourtant c’est en moi comme si j’aimais

    Ce lointain coin de terre et toute sa peine.

     

    Vous disparus, vous suicidés, vous lointaines

    Au cimetière étranger de Lofoten

    — Le nom sonne à mon oreille étrange et doux,

    Vraiment, dites-moi, dormez-vous, dormez-vous ?

     

    — Tu pourrais me conter des choses plus drôles

    Beau claret dont ma coupe d’argent est pleine,

    Des histoires plus charmantes ou moins folles ;

    Laisse-moi tranquille avec ton Lofoten.

     

    Il fait bon. Dans le foyer doucement traîne

    La voix du plus mélancolique des mois.

    — Ah ! les morts, y compris ceux de Lofoten —

    Les morts, les morts sont au fond moins morts que moi...


    Illustration: L'Île des morts (Détail), Arnold BÖCKLIN, 1886



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