Poésie
183 poèmes dans cette catégorie
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Je respire où tu palpites, Tu sais; à quoi bon, hélas ! Rester là si tu me quittes, Et vivre si tu t'en vas ? A quoi bon vivre, étant l'ombre De cet ange qui s'enfuit ? A quoi bon, sous le ciel sombre, N'être plus que de la nuit ? Je suis la fleur des murailles Dont Avril est le seul bien. Il suffit que tu t'en ailles Pour qu'il ne reste plus rien. Tu m'entoures d'auréoles; Te voir est mon seul souci. Il s
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Nous fûmes donc au château d'If. C'est un lieu peu récréatif. Défendu par le fer oisif De plus d'un soldat maladif, Qui, de guerrier jadis actif, Est devenu garde passif. Sur ce roc taillé dans le vif, Par bon ordre on retient captif, Dans l'enceinte d'un mur massif, Esprit libertin, coeur rétif Au salutaire correctif D'un parent peu persuasif. Le pauvre prisonnier pensif, À la triste lueur du suif, Jouit, pour seul soporatif, Du murmure non lénitif Dont l'élément rébarbatif Frappe son organe at
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La discorde, Bellone, ou le dieu de la guerre, Par ces sons éclatants menacent-ils la Terre ? De la vaste forêt l’espace en est rempli ; Dans ses sombres buissons le cerf a tressailli. Au monarque des bois la guerre est déclarée ; Il a vu d’ennemis sa demeure entourée, Et des chiens dévorants en groupes dispersés, De distance en distance autour de lui placés. Là, le coursier fougueux lève sa tête altière ; D’un œil impatient il parcourt la bruyère ; Le chasseur fatigué de ses vains mouvements, D
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Tu croîs dans ma Provence, ô divine Immortelle. L'hiver, sur les coteaux que le flot bleu dentèle, On abrite tes plants comme on cache un trésor ; Tes tiges en avril jaillissent sur la touffe, Et quand les blés sont mûrs, aux mois où l'on étouffe, Ta plante grise érige en bouquets tes fleurs d'or. Tous les abandonnés, fils, maîtresses ou mères, Vont, croyant au retour des bonheurs éphémères, Dédier tes bouquets à de chers endormis ; On te connaît au loin, mais tressée en couronne, Non pas quand
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Seigneur, quand froide est la prairie, Quand dans les hameaux abattus, Les longs angelus se sont tus... Sur la nature défleurie Faites s'abattre des grands cieux Les chers corbeaux délicieux. Armée étrange aux cris sévères, Les vents froids attaquent vos nids ! Vous, le long des fleuves jaunis, Sur les routes aux vieux calvaires, Sur les fossés et sur les trous Dispersez-vous, ralliez-vous ! Par milliers, sur les champs de France, Où dorment des morts d'avant-hier, Tournoyez, n'est-ce pas, l'h
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Des roses sur la mer, des roses dans le soir, Et toi qui viens de loin, les mains lourdes de roses ! J’aspire ta beauté. Le couchant fait pleuvoir Ses fines cendres d’or et ses poussières roses... Des roses sur la mer, des roses dans le soir. Un songe évocateur tient mes paupières closes. J’attends, ne sachant trop ce que j’attends en vain, Devant la mer pareille aux boucliers d’airain, Et te voici venue en m’apportant des roses... Ô roses dans le
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Je vais parfois revoir, tout seul, un petit coin Obscur du boulevard Montparnasse, témoin De mon premier amour pour une « fleurs et plumes » Aux cheveux d'or. C'est dans ce lieu que nous nous plûmes. Aussi me produit-il un effet singulier : Il me semble que mon âme est comme un clavier, Et que le doigt furtif du souvenir la frôle. Pareil au bruit du vent dans les feuilles d'un saule, Il s'en dégage un son lumineusement doux, — Une espèce de la bémol, qui serait roux.
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France ! ô belle contrée, ô terre généreuse Que les dieux complaisants formaient pour être heureuse, Tu ne sens point du Nord les glaçantes horreurs ; Le Midi de ses feux t’épargne les fureurs ; Tes arbres innocents n’ont point d’ombres mortelles ; Ni des poisons épars dans tes herbes nouvelles Ne trompent une main crédule ; ni tes bois Des tigres frémissants ne redoutent la voix ; Ni les vastes serpents ne traînent sur tes plantes En longs cercles hideux leurs écailles sonnant
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Murs, ville, Et port, Asile De mort, Mer grise Où brise La brise, Tout dort. Dans la plaine Naît un bruit. C'est l'haleine De la nuit. Elle brame Comme une âme Qu'une flamme Toujours suit ! La voix plus haute Semble un grelot. D'un nain qui saute C'est le galop. Il fuit, s'élance, Puis en cadence Sur un pied danse Au bout d'un flot. La rumeur approche. L'écho la redit. C'est comme la cloche D'un couvent maudit ; Comme un bruit de foule,
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Sur le vieux pont verdi de mousse, Et tout rongé de lichens roux, Deux amants parlaient à voix douce : Et c'était nous ! Lui, penché tendrement vers elle, Lui disait l'amour et la foi Qu'il portait en son cœur fidèle ; Et c'était moi ! Elle semblait, pâle, incertaine, Tremblante et pourtant sans effroi, Écouter une voix lointaine ; Et c'était toi ! Sur le vieux pont toujours le même, Deux amants ont pris rendez-vous : Il lui dit, elle croit, qu'il l'aime ; Ce n'e
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Si tu n'as pas perdu cette voix grave et tendre Qui promenait mon âme au chemin des éclairs Ou s'écoulait limpide avec les ruisseaux clairs, Éveille un peu ta voix que je voudrais entendre. Elle manque à ma peine, elle aiderait mes jours. Dans leurs cent mille voix je ne l'ai pas trouvée. Pareille à l'espérance en d'autres temps rêvée, Ta voix ouvre une vie où l'on vivra toujours ! Souffle vers ma maison cette flamme sonore Qui seule a su répondre aux larmes de mes yeux. Inutile à la terre,
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Chute des reins, chute du rêve enfantin d’être sage, Fesses, trône adoré de l’impudeur, Fesses, dont la blancheur divinise encor la rondeur, Triomphe de la chair mieux que celui par le visage ! Seins, double mont d’azur et de lait aux deux cîmes brunes, Commandant quel vallon, quel bois sacré ! Seins, dont les bouts charmants sont un fruit vivant, savouré Par la langue et la bouche ivres de ces bonnes fortunes ! Fesses, et leur ravin mignard d’ombre rose un pe
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J'entendrai donc toujours là-bas cet aboiement! Un chien maigre perdu par des landes sans borne Vers les nuages fous galopant au ciel morne Dans l'averse et la nuit ulule longuement. * Ah! Nul ne veut pleurer les douleurs de l'Histoire! Dormez, chantez, aimez, ô vivants sans mémoire; Mais votre tour viendra; l'oubli, la fosse noire. * Avez-vous entendu ? - Oh! ce cri déchirant! C'est le sifflet aigu,
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Sonnez, sonnez haut sur la joue, Baisers de la franche amitié, Comme un fils de neuf ans qui joue, Petit tapageur sans pitié. Baiser du respect qui s'imprime À la porte du cœur humain, Comme avec l'aile d'une rime, Effleurez à peine la main ; Baiser d'affection armée, De la mère au cœur noble et fier Sur le front de la tête aimée, Vibrez mieux que le bruit du fer. Baiser d'affection aînée, Ou de mère, le jour des prix, Sur chaque tête couronnée Laissez-vous tombe
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C’était un beau moulin que nous avions rêvé, Qu’on entend bien avant de s’y voir arrivé, Une meunière fraîche à la joue arrondie, Et des enfants pareils au fruit de Normandie, Et le maître meunier avec ses compagnons Ôtant le traversier ou menant les bignons, Et jetant sur le bord brochet, goujon, anguille, Qui, jusques en tronçons, dans la poêle frétille ; Et les petits poulets et les petits canards Avec leur marcher lourd et leurs cris nasillards, Et le coq d’Inde, et l’oie à l’appétit vorace