Poésie
183 poèmes dans cette catégorie
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Cyrano Ah ! non ! c’est un peu court, jeune homme ! On pouvait dire… Oh ! Dieu !… bien des choses en somme… En variant le ton, — par exemple, tenez : Agressif : « Moi, monsieur, si j’avais un tel nez, Il faudrait sur-le-champ que je me l’amputasse ! » Amical : « Mais il doit tremper dans votre tasse ! Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap ! » Descriptif : « C’est un roc !… c’est un pic !… c’est un cap ! Que dis-je, c’est un cap ?… C’est une péninsule ! » Curieux : « De quoi sert cette oblo
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Ton Souvenir est comme un livre bien aimé, Qu'on lit sans cesse, et qui jamais n'est refermé, Un livre où l'on vit mieux sa vie, et qui vous hante D'un rêve nostalgique, où l'âme se tourmente. Je voudrais, convoitant l'impossible en mes vœux, Enfermer dans un vers l'odeur de tes cheveux ; Ciseler avec l'art patient des orfèvres Une phrase infléchie au contour de tes lèvres ; Emprisonner ce trouble et ces ondes d'émoi Qu'en tombant de ton âme, un mot propage en moi ; Dire qu
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Tout est mensonge : aime pourtant, Aime, rêve et désire encore ; Présente ton cœur palpitant À ces blessures qu'il adore. Tout est vanité : crois toujours, Aime sans fin, désire et rêve ; Ne reste jamais sans amours, Souviens-toi que la vie est brève. De vertu, d'art enivre-toi ; Porte haut ton coeur et ta tête ; Aime la pourpre, comme un roi, Et n'étant pas Dieu, sois poète ! Rêv
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Tous les morts sont ivres de pluie vieille et sale Au cimetière étrange de Lofoten. L’horloge du dégel tictaque lointaine Au cœur des cercueils pauvres de Lofoten. Et grâce aux trous creusés par le noir printemps Les corbeaux sont gras de froide chair humaine ; Et grâce au maigre vent à la voix d’enfant Le sommeil est doux aux morts de Lofoten. Je ne verrai très probablement jamais Ni la mer ni les tombes de Lofoten Et pourtant c’est en moi comme si j’aimais Ce lointain coin de terre et tout
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J'ai perdu ma force et ma vie, Et mes amis et ma gaieté ; J'ai perdu jusqu'à la fierté Qui faisait croire à mon génie. Quand j'ai connu la vérité, J'ai cru que c'était une amie ; Quand je l'ai compris et sentie, J'en étais déjà dégoûté. Et pourtant elle est éternelle, Et ceux qui se sont passés d'elle Ici-bas ont tout ignoré. Dieu parle, il faut qu'on lui réponde. Le seul bien qui me reste au monde Est d'avoir quelquefois pleuré.
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Ce soir, la lune rêve avec plus de paresse ; Ainsi qu'une beauté, sur de nombreux coussins, Qui d'une main distraite et légère caresse Avant de s'endormir le contour de ses seins. Sur le dos satiné des molles avalanches, Mourante, elle se livre aux longues pâmoisons, Et promène ses yeux sur les visions blanches Qui montent dans l'azur comme des floraisons. Quand parfois sur ce globe, en sa langueur oisive, Elle laisse filer une larme fur
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Un jeune Icare englouti dans la mer Un chaud soleil sentit à son dommage, Moi j'en sens deux à qui je fais hommage, Dans l'air d'amour voulant trop haut ramer. Fol est celui qui veut trop haut aimer : En haute mer plus cruel est l'orage. On doit partout modérer son courage, Aux hauts désirs la porte il faut fermer. D'aspirer haut, quand très bien on y pense, La seule mort on a pour récompense, Témoin Icare et témoin Phaëton. Ô moi perdu ! Mais mon malheur je prise : Un
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Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme, Ce beau matin d’été si doux: Au détour d’un sentier une charogne infâme Sur un lit semé de cailloux, Le ventre en l’air, comme une femme lubrique, Brûlante et suant les poisons, Ouvrait d’une façon nonchalante et cynique Son ventre plein d’exhalaisons. Le soleil rayonnait sur cette pourriture, Comme afin de la cuire à point, Et de rendre au centuple à la grande Nature Tout ce qu’ensemble elle avait joint;
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J'entendrai donc toujours là-bas cet aboiement! Un chien maigre perdu par des landes sans borne Vers les nuages fous galopant au ciel morne Dans l'averse et la nuit ulule longuement. * Ah! Nul ne veut pleurer les douleurs de l'Histoire! Dormez, chantez, aimez, ô vivants sans mémoire; Mais votre tour viendra; l'oubli, la fosse noire. * Avez-vous entendu ? - Oh! ce cri déchirant! C'est le sifflet aigu,
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Il n’est sottise, pour vous plaire, Qu’on ne fît chez nos bons aïeux, Et qu’aujourd’hui pour vos beaux yeux On ne soit tout prêt à refaire. Par vos rigueurs ou par vos trahisons, J’ai vu l’un s’en aller, la tête la première, Finir sa peine au fond de la rivière ; Un autre la traîner aux Petites-Maisons. Vous disposez de la balance Entre les mains du magistrat ; Pour vous le héros de la France Trahit un jour le secret de l’État. Crésus regorgeait de richesse : Il rencontre Thémire au bal ; Cré
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I Ô Versailles, par cette après-midi fanée, Pourquoi ton souvenir m'obsède-t-il ainsi ? Les ardeurs de l'été s'éloignent, et voici Que s'incline vers nous la saison surannée. Je veux revoir au long d'une calme journée Tes eaux glauques que jonche un feuillage roussi, Et respirer encore, un soir d'or adouci, Ta beauté plus touchante au déclin de l'année. Voici tes ifs en cône et tes tritons joufflus, Tes jardins composés où Louis ne vient plus, Et ta pompe arborant les pl
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Voici la mort du ciel en l'effort douloureux Qui lui noircit la bouche et fait saigner les yeux. Le ciel gémit d'ahan, tous ses nerfs se retirent, Ses poumons près à près sans relâche respirent. Le soleil vêt de noir le bel or de ses feux, Le bel oeil de ce monde est privé de ses yeux ; L'âme de tant de fleurs n'est plus épanouie, Il n'y a plus de vie au principe de vie : Et, comme un corps humain est tout mort terrassé Dès que du moindre coup au coeur il est blessé, Ainsi faut que le monde et m
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Voici les lieux charmants où mon âme ravie Passait à contempler Sylvie Ces tranquilles moments si doucement perdus. Que je l'aimais alors, que je la trouvais belle ! Mon cœur, vous soupirez au nom de l'infidèle : Avez-vous oublié que vous ne l'aimez plus ? C'est ici que souvent, errant dans les prairies, Ma main des fleurs les plus chéries Lui faisant des présents si tendrement reçus. Que je l'aimais alors , que je la trouvais belle ! Mon cœur vous soupirez au nom de l'infidèle : Avez-vous oub
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Voyons, d'où vient le verbe ? Et d'où viennent les langues ? De qui tiens-tu les mots dont tu fais tes harangues ? Écriture, Alphabet, d'où tout cela vient-il ? Réponds. Platon voit l'I sortir de l'air subtil ; Messène emprunte l'M aux boucliers du Mède ; La grue offre en volant l'Y à Palamède ; Entre les dents du chien Perse voit grincer l'R ; Le Z à Prométhée apparaît dans l'éclair ; L'O, c'est l'éternité, serpent qui mord sa queue ; L'S et l'F et le G sont dans la voûte b
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Je respire où tu palpites, Tu sais; à quoi bon, hélas ! Rester là si tu me quittes, Et vivre si tu t'en vas ? A quoi bon vivre, étant l'ombre De cet ange qui s'enfuit ? A quoi bon, sous le ciel sombre, N'être plus que de la nuit ? Je suis la fleur des murailles Dont Avril est le seul bien. Il suffit que tu t'en ailles Pour qu'il ne reste plus rien. Tu m'entoures d'auréoles; Te voir est mon seul souci. Il s