Poésie
183 poèmes dans cette catégorie
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Un jour, Kanut, à l’heure où l’assoupissement Ferme partout les yeux sous l’obscur firmament, Ayant pour seul témoin la nuit, l’aveugle immense, Vit son père Swéno, vieillard presque en démence, Qui dormait, sans un garde à ses pieds, sans un chien ; Il le tua, disant : « Lui-même n’en sait rien. » Puis il fut un grand roi. Toujours vainqueur, sa vie Par la prospérité fidèle fut suivie ; Il fut plus triomphant que la gerbe des blés ; Quand il passait deva
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- Éloigne-toi, vil souffleur de tempête, Dit Jupiter, ne me romps pas la tête ; Le roi des dieux ne peut être... vaincu. Junon, piquée et même un peu confuse Que son époux eût surpris sa vertu Dans un état qui n’a guère d’excuse, Avec humeur se relève, et l’accuse De ne jamais la laisser en repos, Et d’arriver toujours mal à propos. - C’est bien à vous dit-elle de vous plaindre ! J’ai trop souffert, je suis lasse de feindre. Et la voilà rappelant tous les tours Qu’il lui faisait dans ses folles
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La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur, Un rond de danse et de douceur, Auréole du temps, berceau nocturne et sûr, Et si je ne sais plus tout ce que j'ai vécu, C'est que tes yeux ne m'ont pas toujours vu. Feuilles de jour et mousse de rosée, Roseau du vent, sourires parfumés, Ailes couvrant le monde de lumière, Bateaux chargés du ciel et de la mer, Chasseurs des bruits et sources des couleurs, Parfums éclos d'une couvée d'aurores Qui gît toujours
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Je suis un pauvre travailleur Pas plus méchant que tous les autres, Et je suis peut-être meilleur O patrons ! que beaucoup des vôtres ; Mais c'est mon métier qui veut ça, Et ce n'est pas ma faute, en somme, Si j'use chaque jour mes bras A préparer la mort des hommes... Pour gagner mon pain Je fonds des canons qui tueront demain Si la guerre arrive. Que voulez-vous, faut ben qu'on vive ! Je fais des outils de trépas Et des instruments à blessures Comme un tissera
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Le verbe égal à Dieu, splendeur de sa lumière, Avant que les mortels sortis de la poussière, Aux rayons du soleil eussent ouvert les yeux ; Avant la Terre, avant la naissance des cieux, Éternelle puissance, et sagesse suprême, Le verbe était en Dieu, fils de Dieu, Dieu lui-même. Fils de Dieu, cependant fils de l’homme à la fois, Peut-il toujours égal… je m’arrête, et je crois. Faible et fière raison, dépouille ton audace. Le vent souffle : qui peut en découvrir la trace ? Étonnés de son bruit, n
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Un jeune Icare englouti dans la mer Un chaud soleil sentit à son dommage, Moi j'en sens deux à qui je fais hommage, Dans l'air d'amour voulant trop haut ramer. Fol est celui qui veut trop haut aimer : En haute mer plus cruel est l'orage. On doit partout modérer son courage, Aux hauts désirs la porte il faut fermer. D'aspirer haut, quand très bien on y pense, La seule mort on a pour récompense, Témoin Icare et témoin Phaëton. Ô moi perdu ! Mais mon malheur je prise : Un
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Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme, Ce beau matin d’été si doux: Au détour d’un sentier une charogne infâme Sur un lit semé de cailloux, Le ventre en l’air, comme une femme lubrique, Brûlante et suant les poisons, Ouvrait d’une façon nonchalante et cynique Son ventre plein d’exhalaisons. Le soleil rayonnait sur cette pourriture, Comme afin de la cuire à point, Et de rendre au centuple à la grande Nature Tout ce qu’ensemble elle avait joint;
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Étoile de la mer voici la lourde nappe Et la profonde houle et l’océan des blés Et la mouvante écume et nos greniers comblés, Voici votre regard sur cette immense chape Et voici votre voix sur cette lourde plaine Et nos amis absents et nos cœurs dépeuplés, Voici le long de nous nos poings désassemblés Et notre lassitude et notre force pleine. Étoile du matin, inaccessible reine, Voici que nous marchons vers votre illustre cour, Et voici le plateau de notre pauvre amour, Et voici l’océan de not
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Princesse ! à jalouser le destin d'une Hébé Qui poind sur cette tasse au baiser de vos lèvres, J'use mes feux mais n'ai rang discret que d'abbé Et ne figurerai même nu sur le Sèvres. Comme je ne suis pas ton bichon embarbé, Ni la pastille ni du rouge, ni Jeux mièvres Et que sur moi je sais ton regard clos tombé, Blonde dont les coiffeurs divins sont des orfèvres ! Nommez-nous... toi de qui tant de ris framboisés Se joignent en troupeau d'agneaux apprivoisés Chez tous br
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Ah, Curnonsky, non plus que l’aube, N’était bien rigolo Il regardait le fil de l’eau. C’était avant les Taube. Et moi j’apercevais – pourtant Qu’on fût loin de Cythère – Un objet singulier. Mystère : C’est un éléphant. Notre maison étant tout proche, On le prit avec nous. Il mettait, pour chercher des sous Sa trompe dans ma poche. Hélas, rue-de-Villersexel, La porte était trop basse. On a beau dire que tout passe Non – ni le riche au Ciel.
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C'est en vain qu'au Parnasse un téméraire auteur Pense de l'art des vers atteindre la hauteur. S'il ne sent point du Ciel l'influence secrète, Si son astre en naissant ne l'a formé poète, Dans son génie étroit il est toujours captif ; Pour lui Phébus est sourd, et Pégase est rétif. Ô vous donc qui, brûlant d'une ardeur périlleuse, Courez du bel esprit la carrière épineuse, N'allez pas sur des vers sans fruit vous consumer, Ni prendre pour génie un amour de rimer ; Craignez d
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Tous les morts sont ivres de pluie vieille et sale Au cimetière étrange de Lofoten. L’horloge du dégel tictaque lointaine Au cœur des cercueils pauvres de Lofoten. Et grâce aux trous creusés par le noir printemps Les corbeaux sont gras de froide chair humaine ; Et grâce au maigre vent à la voix d’enfant Le sommeil est doux aux morts de Lofoten. Je ne verrai très probablement jamais Ni la mer ni les tombes de Lofoten Et pourtant c’est en moi comme si j’aimais Ce lointain coin de terre et tout
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Le vase où meurt cette verveine D’un coup d’éventail fut fêlé ; Le coup dut effleurer à peine : Aucun bruit ne l’a révélé. Mais la légère meurtrissure, Mordant le cristal chaque jour, D’une marche invisible et sûre En a fait lentement le tour. Son eau fraîche a fui goutte à goutte, Le suc des fleurs s’est épuisé ; Personne encore ne s’en doute ; N’y touchez pas, il est brisé. Souvent aussi la main qu’on aime, Effleurant le cœur, le meurtrit ; Puis le cœur se fend de lui-même, La fleur de son
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Notre histoire est noble et tragique Comme le masque d'un tyran Nul drame hasardeux ou magique Aucun détail indifférent Ne rend notre amour pathétique Et Thomas de Quincey buvant L'opium poison doux et chaste A sa pauvre Anne allait rêvant Passons passons puisque tout passe Je me retournerai souvent Les souvenirs sont cors de chasse Dont meurt le bruit parmi le vent
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Je suis la Pipe d’un poète, Sa nourrice, et : j’endors sa Bête. Quand ses chimères éborgnées Viennent se heurter à son front, Je fume… Et lui, dans son plafond, Ne peut plus voir les araignées. … Je lui fais un ciel, des nuages, La mer, le désert, des mirages ; — Il laisse errer là son œil mort… Et, quand lourde devient la nue, Il croit voir une ombre connue, — Et je sens mon tuyau qu’il mord… — Un autre tourbillon délie Son âme,
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L'amour ! un mot encor, mais sublime et sauvage, Apre au cœur et si doux qu'on ne peut l'oublier, Et que sans cesse, ainsi que le flot au rivage, Qui s'en vit repoussé revient le supplier. O fléau tentateur au sûr et lent ravage, Faible à te laisser prendre et fort à nous lier, Lorsque, nous provoquant à te mettre en servage, Tu nous charmes avant de nous humilier ; Auteur des plus longs maux et des plus courtes joies, Qui, de la même main, nous sacres et nous broies Sans n
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Voici les lieux charmants où mon âme ravie Passait à contempler Sylvie Ces tranquilles moments si doucement perdus. Que je l'aimais alors, que je la trouvais belle ! Mon cœur, vous soupirez au nom de l'infidèle : Avez-vous oublié que vous ne l'aimez plus ? C'est ici que souvent, errant dans les prairies, Ma main des fleurs les plus chéries Lui faisant des présents si tendrement reçus. Que je l'aimais alors , que je la trouvais belle ! Mon cœur vous soupirez au nom de l'infidèle : Avez-vous oub
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Sire lion étant passé Des soucis du pouvoir et des troubles du monde Au séjour de la nuit profonde, Quand on l'eut dans la tombe et dans l'oubli placé, Les animaux, convoqués à la ronde, Cherchaient un successeur au vieux roi trépassé. Hors un époux, rien n'est peut-être Plus embarrassant qu'un tel choix, Et l'on y regarde à deux fois Quand il s'agit de se donner un maître. D'abord on ne voulait plus voir Au pouvoir Ni tigres, ni lions, ni gens de cette espèce, Qui, montant sur le trône avec gri
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" L'épi naissant mûrit de la faux respecté ; Sans crainte du pressoir, le pampre tout l'été Boit les doux présents de l'aurore ; Et moi, comme lui belle, et jeune comme lui, Quoi que l'heure présente ait de trouble et d'ennui, Je ne veux point mourir encore. Qu'un stoïque aux yeux secs vole embrasser la mort, Moi je pleure et j'espère ; au noir souffle du Nord Je plie et relève ma tête. S'il est des jours amers, il en est de si doux ! Hélas ! quel miel jamais n'a laissé de d
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Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal Fatigués de porter leurs misères hautaines, De Palos de Moguer, routiers et capitaines Partaient, ivres d’un rêve héroïque et brutal. Ils allaient conquérir le fabuleux métal Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines, Et les vents alizés inclinaient leurs antennes Aux bords mystérieux du monde Occidental. Chaque soir, espérant des lendemains épiques, L'azur phosphorescent de la m
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Mon âme vers ton front où rêve, ô calme sœur, Un automne jonché de taches de rousseur, Et vers le ciel errant de ton œil angélique Monte, comme dans un jardin mélancolique, Fidèle, un blanc jet d’eau soupire vers l’Azur ! – Vers l’Azur attendri d’Octobre pâle et pur Qui mire aux grands bassins sa langueur infinie Et laisse, sur l’eau morte où la fauve agonie Des feuilles erre au vent et creuse un froid sillon, Se traîner le soleil jaune d’un long rayon.
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À Monsieur Théodore de Banville I Ainsi, toujours, vers l’azur noir Où tremble la mer des topazes, Fonctionneront dans ton soir Les Lys, ces clystères d’extases ! À notre époque de sagous, Quand les Plantes sont travailleuses, Le Lys boira les bleus dégoûts Dans tes Proses religieuses ! — Le lys de monsieur de Kerdrel, Le Sonnet de mil huit cent trente, Le Lys qu’on donne au Ménestrel Avec l’œillet et l’amarante ! Des lys ! Des lys ! On n’en voit pas ! Et dans ton Vers, tel que les manches
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Vie ! ô bonheur ! bois profonds, Nous vivons. L'essor sans fin nous réclame ; Planons sur l'air et les eaux ! Les oiseaux Sont de la poussière d'âme. Accourez, planez ! volons Aux vallons, A l'antre, à l'ombre, à l'asile ! Perdons-nous dans cette mer De l'éther Où la nuée est une île ! Du fond des rocs et des joncs, Des donjons, Des monts que le jour embrase, Volons, et, frémissants, fous, Plongeons-nous Dans l'inexprimable extase ! Oiseaux, volez aux clochers, Aux rochers, Au précipice, à la
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Ô les glauques tentations Au milieu des ombres mentales, Avec leurs flammes végétales Et leurs éjaculations Obscures de tiges obscures, Dans le clair de lune du mal, Éployant l’ombrage automnal De leurs luxurieux augures ! Elles ont tristement couvert, Sous leurs muqueuses enlacées Et leurs fièvres réalisées, La lune de leur givre vert. Et leur croissance sacrilège, Entr’ouvrant ses désirs secrets, Est morne comme les regrets Des malades sur de la neige. Sous les ténèbres de leur deuil, Je v