Poésie
183 poèmes dans cette catégorie
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I Avant d’entrer dans ma cellule Il a fallu me mettre nu Et quelle voix sinistre ulule Guillaume qu’es-tu devenu Le Lazare entrant dans la tombe Au lieu d’en sortir comme il fit Adieu Adieu chantante ronde Ô mes années ô jeunes filles II Non je ne me sens plus là Moi-même Je suis le quinze de la Onzième Le soleil filtre à travers Les vitres Ses rayons font sur mes vers Les pitres Et dansent sur le papier J’écoute Quelqu’un qui frappe du pied La voûte III Dans une fosse comme un ours Ch
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Depuis huit jours, j’avais déchiré mes bottines Aux cailloux des chemins. J’entrais à Charleroi. – Au Cabaret-Vert : je demandai des tartines De beurre et du jambon qui fût à moitié froid. Bienheureux, j’allongeai les jambes sous la table Verte : je contemplai les sujets très naïfs De la tapisserie. – Et ce fut adorable, Quand la fille aux tétons énormes, aux yeux vifs, – Celle-là, ce n’est pas un baiser qui l’épeure ! – Rieuse, m’apporta des tartines de beu
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I Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ; Adieu, vive clarté de nos étés trop courts ! J’entends déjà tomber avec des chocs funèbres Le bois retentissant sur le pavé des cours. Tout l’hiver va rentrer dans mon être : colère, Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé, Et, comme le soleil dans son enfer polaire, Mon coeur ne sera plus qu’un bloc rouge et glacé. J’écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ; L’échafaud qu’on bâtit n’a pas d’écho
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Quand on est heureux, on n’a pas d’histoire. On se cache, on s’aime à l’ombre, tout bas ; Rien de glorieux, pas de fait notoire ; Le monde oublié ne vous connaît pas. Si quelqu’un pourtant, avec un sourire. Dit, en vous voyant fuir l’éclat du jour : «Ce sont des hiboux !» eh bien, laissez dire… Ce sont des oiseaux éblouis d’amour. Quand le baiser fait la parole vaine, On s’en va, muets, dans les grands prés verts. — Loin de mon bonheur, je fixe ma peine Sur l’émail fr
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Étoile de la mer voici la lourde nappe Et la profonde houle et l’océan des blés Et la mouvante écume et nos greniers comblés, Voici votre regard sur cette immense chape Et voici votre voix sur cette lourde plaine Et nos amis absents et nos cœurs dépeuplés, Voici le long de nous nos poings désassemblés Et notre lassitude et notre force pleine. Étoile du matin, inaccessible reine, Voici que nous marchons vers votre illustre cour, Et voici le plateau de notre pauvre amour, Et voici l’océan de not
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À Lucien Marcheix. Je porte des douleurs plus vieilles que moi-même, Mon cœur est encombré de chagrins hérités, Et je sens quelquefois mon front devenir blême De remords que je sais n'avoir pas mérités ; L'angoisse, les regrets, les tares, les faiblesses De ceux d'où nous sortons roulent à travers nous, Pour passer, augmentés de nos propres détresses, Par le cœur des enfants bercés sur nos genoux ; Un fleuve plus chargé de hontes et d'alarmes Descend en emportant dans ses érosions Des oppr
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Tu croîs dans ma Provence, ô divine Immortelle. L'hiver, sur les coteaux que le flot bleu dentèle, On abrite tes plants comme on cache un trésor ; Tes tiges en avril jaillissent sur la touffe, Et quand les blés sont mûrs, aux mois où l'on étouffe, Ta plante grise érige en bouquets tes fleurs d'or. Tous les abandonnés, fils, maîtresses ou mères, Vont, croyant au retour des bonheurs éphémères, Dédier tes bouquets à de chers endormis ; On te connaît au loin, mais tressée en couronne, Non pas quand
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« Ô Metz, mon berceau fatidique, Metz, violée et plus pudique Et plus pucelle que jamais ! Ô ville où riait mon enfance, Ô citadelle sans défense Qu’un chef que la honte devance, Ô mère auguste que j’aimais. Du moins quelles nobles batailles, Quel sang pur pour les funérailles Non de ton honneur, Dieu merci ! Mais de ta vieille indépendance, Que de généreuse imprudence, A ta chute quel deuil intense, Ô Metz, dans ce pays transi ! Or donc, il serait des poètes Méconnaissant ces sombres fêtes Au
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Nous étions, ce soir-là, sous un chêne superbe (Un chêne qui n’était peut-être qu’un tilleul) Et j’avais, pour me mettre à vos genoux dans l’herbe, Laissé mon rocking-chair se balancer tout seul. Blonde comme on ne l’est que dans les magazines Vous imprimiez au vôtre un rythme de canot ; Un bouvreuil sifflotait dans les branches voisines (Un bouvreuil qui n’était peut-être qu’un linot). D’un orchestre lointain arrivait un andante (Andante qui n’était peut-être qu’un flon-flon) Et l
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Nice, trop petite naguère, S'agrandit, libre de tout mur, Ni port marchand, ni port de guerre, Toute blanche au bord de l'azur. Nice a pour orgueil d'être blanche Dès que luit le soleil levant ; Les vaisseaux vont à Villefranche Qui veulent s'abriter du vent. Son quai nouveau n'est que la plage. Qu'importe un navire en danger ? Pourvu que dans son vert feuillage Blanchisse sa fleur d'oranger ; Pourvu que le brick de plaisance, Le brick élancé de mylord, Lui du moins, tienne avec aisance Dans
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À André Billy Le chapeau à la main il entra du pied droit Chez un tailleur très chic et fournisseur du roi Ce commerçant venait de couper quelques têtes De mannequins vêtus comme il faut qu’on se vête La foule en tous les sens remuait en mêlant Des ombres sans amour qui se traînaient par terre Et des mains vers le ciel plein de lacs de lumière S’envolaient quelquefois comme des oiseaux blancs Mon bateau partira demain pour l’Amérique Et je ne reviendrai jamais Avec l’argent gagné dans les pra
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Aux galets le flot se brise Sous la lune blanche et grise, Ô la triste cantilène Que la bise dans la plaine ! — Elfes couronnés de jonc, Viendrez-vous danser en rond ? Hou ! hou ! le héron ricane Pour faire peur à la cane. Trap ! trap ! le sorcier galope Sur le bouc et la varlope. — Elfes couronnés de jonc, Viendrez-vous danser en rond ? Au caveau rongé de mousse L’empereur à barbe rousse, Le front dans les mains, sommeille ; Le nain guette la corneille. — Elfes couronnés de jonc, Viendrez-vou
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Le Globe, vers l’aimant, Chemine exactement, Teinté de mers si bleues De cités tout en toits, De réseaux de convois Qui grignotent des lieues. Ô ma côte en sanglots ! Pas loin de Saint-Malo, Un bourg fumeux vivote, Qui tient sous son clocher, Où grince un coq perché, L’Ex-Voto d’ un pilote ! Aux cierges, au vitrail, D’un autel en corail, Une jeune madone Tend d’un air ébaubi Un beau cœur de rubis Qui se meurt et rayonne ! Un gros cœur tout en sang, Un bon cœur ruisselant, Qui, du soir à l’aurore
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J'irai, j'irai porter ma couronne effeuillée Au jardin de mon père où revit toute fleur ; J'y répandrai longtemps mon âme agenouillée : Mon père a des secrets pour vaincre la douleur. J'irai, j'irai lui dire au moins avec mes larmes : " Regardez, j'ai souffert... " Il me regardera, Et sous mes jours changés, sous mes pâleurs sans charmes, Parce qu'il est mon père, il me reconnaîtra. Il dira : " C'est donc vous, chère âme désolée ; La terre manque-t-elle à vos pas égarés ? Chère âme, je suis Di
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Cyrano Ah ! non ! c’est un peu court, jeune homme ! On pouvait dire… Oh ! Dieu !… bien des choses en somme… En variant le ton, — par exemple, tenez : Agressif : « Moi, monsieur, si j’avais un tel nez, Il faudrait sur-le-champ que je me l’amputasse ! » Amical : « Mais il doit tremper dans votre tasse ! Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap ! » Descriptif : « C’est un roc !… c’est un pic !… c’est un cap ! Que dis-je, c’est un cap ?… C’est une péninsule ! » Curieux : « De quoi sert cette oblo
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Forêt silencieuse, aimable solitude, Que j’aime à parcourir votre ombrage ignoré ! Dans vos sombres détours, en rêvant égaré, J’éprouve un sentiment libre d’inquiétude ! Prestiges de mon cœur ! je crois voir s’exhaler Des arbres, des gazons une douce tristesse : Cette onde que j’entends murmure avec mollesse, Et dans le fond des bois semble encor m’appeler. Oh ! que ne puis-je, heureux, passer ma vie entière Ici, loin des humains !… Au bruit de ces ruisseaux, Sur un tapis de fleurs, sur l’herbe
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Bon appétit ! messieurs ! — Ô ministres intègres ! Conseillers vertueux ! Voilà votre façon De servir, serviteurs qui pillez la maison ! Donc vous n’avez pas honte et vous choisissez l’heure, L’heure sombre où l’Espagne agonisante pleure ! Donc vous n’avez ici pas d’autres intérêts Que remplir votre poche et vous enfuir après ! Soyez flétris, devant votre pays qui tombe, Fossoyeurs qui venez le voler dans sa tombe ! — Mais voyez, regardez, ayez quelque pudeur. L’Espagne et sa vertu, l’Espagne et
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Ô toison, moutonnant jusque sur l'encolure ! Ô boucles ! Ô parfum chargé de nonchaloir ! Extase ! Pour peupler ce soir l'alcôve obscure Des souvenirs dormant dans cette chevelure, Je la veux agiter dans l'air comme un mouchoir ! La langoureuse Asie et la brûlante Afrique, Tout un monde lointain, absent, presque défunt, Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique ! Comme d'autres esprits voguent sur la musique, Le mien, ô mon amour ! nage sur ton parfum. J'irai là-bas où l'arbre et l'homme, plei
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Cigales, mes sœurs, Qu'importe à nos cœurs La richesse des granges pleines ? Pourvu que nos voix Sonnent par les bois Quand midi flambe sur les plaines ? Laissons la fourmi Se glisser parmi L'amas gisant des blondes gerbes, Et les noirs grillons, Hôtes des sillons, Sautiller dans l'ombre des herbes. Heureuses de peu, Pourvu qu'un ciel bleu Resplendisse à travers les branches, Nous, nous comptons sur La manne d'azur Dont se nourrissent les pervenches. Par les froids hivers Nous n'allons pas vers
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Mais quel est ce piton dont le front sourcilleux Se dresse, monte et va se perdre dans les cieux ? Ce mont pyramidal, c'est le piton d'Anchaine. De l'esclave indompté brisant la lourde chaîne, C'est à ce mont inculte, inaccessible, affreux, Que dans son désespoir un nègre malheureux Est venu demander sa liberté ravie. Il féconda ces rocs et leur donna la vie ; Car, pliant son courage à d'utiles labeurs, Il arrosait le sol de ses libres sueurs. Il vivait de poissons, de chasse et de racines :
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J'ai perdu ma force et ma vie, Et mes amis et ma gaieté ; J'ai perdu jusqu'à la fierté Qui faisait croire à mon génie. Quand j'ai connu la vérité, J'ai cru que c'était une amie ; Quand je l'ai compris et sentie, J'en étais déjà dégoûté. Et pourtant elle est éternelle, Et ceux qui se sont passés d'elle Ici-bas ont tout ignoré. Dieu parle, il faut qu'on lui réponde. Le seul bien qui me reste au monde Est d'avoir quelquefois pleuré.
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Dans Sainte-Pélagie, Sous ce règne élargie, Où, rêveur et pensif, Je vis captif, Pas une herbe ne pousse Et pas un brin de mousse Le long des murs grillés Et frais taillés. Oiseau qui fends l'espace... Et toi, brise, qui passe Sur l'étroit horizon De la prison, Dans votre vol superbe, Apportez-moi quelque herbe, Quelque gramen, mouvant Sa tête au vent ! Qu'à mes pieds tourbillonne Une feuille d'automne Peinte de cent couleurs, Comme les fleurs ! Pour que mon âme triste Sache encor qu'il exi
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Je suis le Ténébreux, — le Veuf, — l’Inconsolé, Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie : Ma seule Étoile est morte, — et mon luth constellé Porte le Soleil noir de la Mélancolie. Dans le nuit du Tombeau, Toi qui m’a consolé, Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie, La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé, Et la treille où le Pampre à la Rose s’allie. Suis-je Amour ou Phoebus ?... Lusignan ou Biron ? Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ; J’ai rêvé dans la Grotte où nage la S
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Il brille, le sauvage Été, La poitrine pleine de roses. Il brûle tout, hommes et choses, Dans sa placide cruauté. Il met le désir effronté Sur les jeunes lèvres décloses ; Il brille, le sauvage Été, La poitrine pleine de roses. Roi superbe, il plane irrité Dans des splendeurs d'apothéoses Sur les horizons grandioses ; Fauve dans la blanche clarté, Il brille, le sauvage Été.