Poésie
183 poèmes dans cette catégorie
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Elle est retrouvée. Quoi ? – L’Eternité. C’est la mer allée Avec le soleil. Ame sentinelle, Murmurons l’aveu De la nuit si nulle Et du jour en feu. Des humains suffrages, Des communs élans Là tu te dégages Et voles selon. Puisque de vous seules, Braises de satin, Le Devoir s’exhale Sans qu’on dise : enfin. Là pas d’espérance, Nul orietur. Science avec patience, Le supplice est sûr. Elle est retrouvée. Quo
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Ce que je cherche en toi ce n’est pas de l’ivresse, Ni l’assouvissement d’un désir insensé ; Ma main na pas de feu lorsque ta main la presse, Mon front ne brûle pas où ton souffle a passé. Mes yeux qui n’ont des tiens point cherché la caresse, Ignorent si l’azur en est clair ou foncé ; Mais près de toi mon cœur a la douce paresse Et l’envahissement du souhait exaucé. D’autres voudront sans doute essayer de le lire Ce livre de ton cœur que je n’ai pas ouvert, Tu pourrais leur donner l’extase
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Se croire un personnage est fort commun en France. On y fait l'homme d'importance, Et l'on n'est souvent qu'un bourgeois : C'est proprement le mal François. La sotte vanité nous est particulière. Les Espagnols sont vains, mais d'une autre manière. Leur orgueil me semble en un mot Beaucoup plus fou, mais pas si sot. Donnons quelque image du nôtre Qui sans doute en vaut bien un autre. Un Rat des plus petits voyait un Éléphant Des plus gros, et raillait le marcher un peu lent
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Tout est mensonge : aime pourtant, Aime, rêve et désire encore ; Présente ton cœur palpitant À ces blessures qu'il adore. Tout est vanité : crois toujours, Aime sans fin, désire et rêve ; Ne reste jamais sans amours, Souviens-toi que la vie est brève. De vertu, d'art enivre-toi ; Porte haut ton coeur et ta tête ; Aime la pourpre, comme un roi, Et n'étant pas Dieu, sois poète ! Rêv
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La neige au loin couvre la terre nue ; Les bois déserts étendent vers la nue Leurs grands rameaux qui, noirs et séparés, D’aucune feuille encor ne sont parés ; La sève dort et le bourgeon sans force Est pour longtemps engourdi sous l’écorce ; L’ouragan souffle en proclamant l’hiver Qui vient glacer l’horizon découvert. Mais j’ai frémi sous d’invisibles flammes Voix du printemps qui remuez les âmes, Quand tout est froid et mort autour de nous, Voix du printemps, ô voix, d’où
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Sous le pont Mirabeau coule la Seine Et nos amours Faut-il qu'il m'en souvienne La joie venait toujours après la peine. Vienne la nuit sonne l'heure Les jours s'en vont je demeure. Les mains dans les mains restons face à face Tandis que sous Le pont de nos bras passe Des éternels regards l'onde si lasse. Vienne la nuit sonne l'heure Les jours s'en vont je demeure. L'amour s'en va c
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Dans Arles, où sont les Alyscamps, Quand l’ombre est rouge, sous les roses, Et clair le temps, Prends garde à la douceur des choses. Lorsque tu sens battre sans cause Ton cœur trop lourd ; Et que se taisent les colombes : Parle tout bas, si c’est d’amour, Au bord des tombes.
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Précurseurs de l’automne, Ô fruits nés d’une terre Ou l’art industrieux, sous ses maisons de verre, Des soleils du midi sait feindre les chaleurs, Allez trouver Fanny ; cette mère craintive. À sa fille aux doux yeux, fleur débile et tardive, Rendez la force et les couleurs. Non qu’un péril funeste assiège son enfance ; Mais du cœur maternel la tendre défiance N’attend pas le danger qu’elle sait trop prévoir. Et Fanny, qu’une fois les destins ont frappée, Soupçonneus
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Lorsque l'enfant paraît, le cercle de famille Applaudit à grands cris. Son doux regard qui brille Fait briller tous les yeux, Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être, Se dérident soudain à voir l'enfant paraître, Innocent et joyeux. Soit que juin ait verdi mon seuil, ou que novembre Fasse autour d'un grand feu vacillant dans la chambre Les chaises se toucher, Quand l'enfant vient, la joie arrive et nous éclaire. On rit, on se récrie, on l'appelle, et sa mèr
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Amelette Ronsardelette, Mignonnelette doucelette, Treschere hostesse de mon corps, Tu descens là bas foiblelette, Pasle, maigrelette, seulette, Dans le froid Royaume des mors : Toutesfois simple, sans relors De meurtre, poison, ou rancune, Méprisant faveurs et tresors Tant enviez par la commune. Passant, j'ay dit, suy ta fortune Ne trouble mon repos, je dors.
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Ami, le hibou pleure où venait la colombe, Et ton sang souterrain a fleuri sur ta tombe, Et mes yeux qui t’ont vu sont las d’avoir pleuré L’inexorable absence où tu t’es retiré Loin de mes bras pieux et de ma bouche triste. Reviens ! le doux jardin mystérieux t’invite Et ton pas sera doux à sa mélancolie ; Tu viendras, les pieds nus et la face vieillie, Peut-être, car la route est longue qui ramène De la rive du Styx à notre humble fontaine Qui pleure goutte à goutte et rit d’avoir pleuré. Ta m
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Je veux peindre la France une mère affligée, Qui est entre ses bras de deux enfants chargée. Le plus fort, orgueilleux, empoigne les deux bouts Des tétins nourriciers ; puis, à force de coups D’ongles, de poings, de pieds, il brise le partage Dont nature donnait à son besson l’usage : Ce voleur acharné, cet Esaü malheureux, Fait dégât du doux lait qui doit nourrir les deux, Si que, pour arracher à son frère la vie, Il méprise la sienne et n’en a plus d’envie ; Lors son Jacob, pressé d’avoir jeûn
- Baroque
- Épique
- Poésie engagée
- Satire
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II est, dit-on, il est un âge Où l’homme ne doit point aimer, Où les attraits d’un beau visage N’ont plus le droit de l’enflammer. Serait-ce l’enfance timide A qui l’amour ne convient pas ? Il faut bien qu’elle aime le guide Qui daigne conduire ses pas. Ce n’est point à l’adolescence Que de l’amour brûlent les feux Qu’il faut prêcher l’indifférence ; L’amour seul rend cet âge heureux. Faut-il que l’âge mûr s’impose La triste loi de fuir l’a
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Laborieux valet du plus commode maître Qui pour te rendre heureux ici-bas pouvait naître, Antoine, gouverneur de mon jardin d'Auteuil, Qui diriges chez moi l'if et le chèvrefeuil, Et sur mes espaliers, industrieux génie, Sais si bien exercer l'art de La Quintinie ; Ô ! que de mon esprit triste et mal ordonné, Ainsi que de ce champ par toi si bien orné. Ne puis-je faire ôter les ronces, les épines, Et des défauts sans nombre arracher les racines ! Mais parle : raisonnons. Q
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« Ô Metz, mon berceau fatidique, Metz, violée et plus pudique Et plus pucelle que jamais ! Ô ville où riait mon enfance, Ô citadelle sans défense Qu’un chef que la honte devance, Ô mère auguste que j’aimais. Du moins quelles nobles batailles, Quel sang pur pour les funérailles Non de ton honneur, Dieu merci ! Mais de ta vieille indépendance, Que de généreuse imprudence, A ta chute quel deuil intense, Ô Metz, dans ce pays transi ! Or donc, il serait des poètes Méconnaissant ces sombres fêtes Au
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Tel que Delphes l’a vu quand, Thymos le suivant, Il volait par le stade aux clameurs de la foule, Tel Ladas court encor sur le socle qu’il foule D’un pied de bronze, svelte et plus vif que le vent. Le bras tendu, l’oeil fixe et le torse en avant, Une sueur d’airain à son front perle et coule ; On dirait que l’athlète a jailli hors du moule, Tandis que le sculpteur le fondait, tout vivant. Il palpite, il frémit d’espérance et de fièvre, Son flanc halète, l’air qu’il fend m
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À Lucien Marcheix. Je porte des douleurs plus vieilles que moi-même, Mon cœur est encombré de chagrins hérités, Et je sens quelquefois mon front devenir blême De remords que je sais n'avoir pas mérités ; L'angoisse, les regrets, les tares, les faiblesses De ceux d'où nous sortons roulent à travers nous, Pour passer, augmentés de nos propres détresses, Par le cœur des enfants bercés sur nos genoux ; Un fleuve plus chargé de hontes et d'alarmes Descend en emportant dans ses érosions Des oppr
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Aujourd’hui dans tes bras j’ai demeuré pâmée, Aujourd’hui, cher Tirsis, ton amoureuse ardeur Triomphe impunément de toute ma pudeur, Et je cede aux transports dont mon âme est charmée. Ta flâme et ton respect m’ont enfin désarmée, Dans nos embrassemens je mets tout mon bonheur, Et je ne connois plus de vertu ni d’honneur, Puisque j’aime Tirsis, et que j’en suis aimée. Ô vous ! foibles esprits, qui ne connoissez pas Les plaisirs les plus doux que l’on goûte ici-bas, Appr
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Quand on est heureux, on n’a pas d’histoire. On se cache, on s’aime à l’ombre, tout bas ; Rien de glorieux, pas de fait notoire ; Le monde oublié ne vous connaît pas. Si quelqu’un pourtant, avec un sourire. Dit, en vous voyant fuir l’éclat du jour : «Ce sont des hiboux !» eh bien, laissez dire… Ce sont des oiseaux éblouis d’amour. Quand le baiser fait la parole vaine, On s’en va, muets, dans les grands prés verts. — Loin de mon bonheur, je fixe ma peine Sur l’émail fr
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Soupirez jour et nuit sans manger et sans boire; Ne songez qu’à souffrir; Aimez, aimez vos maux, et mettez votre gloire À n’en jamais guérir. Cependant nous rirons Avecque la bouteille, Et dessous la treille Nous la chérirons. Si sans vous soulager une aimable cruelle Vous retient en prison, Allez aux durs rochers, aussi sensibles qu’elle, En demander raison. Cependant nous rirons Avecque la bouteille, Et dessous la treille Nous la chérirons.
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Granger : Il est vrai qu'à l'âge où vous êtes, n'avoir point de barbe, vous me portez la mine, aussi bien que le Phoenix, d'être incapable d'engendrer. Vous n'êtes ni masculin, ni féminin, mais neutre : vous avez fait de votre Dactyle un Trochée, c'est-à-dire que, par la soustraction d'une brève, vous vous êtes rendu impotent à la propagation des individus. Vous êtes de ceux dont le sexe femelle, Ne peut ouïr le nominatif A cause de leur génitif, Et souffre mieux le vocatif De ceux qui n'ont p
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Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées ; Mon paletot aussi devenait idéal ; J'allais sous le ciel, Muse ! et j'étais ton féal ; Oh ! là ! là ! que d'amours splendides j'ai rêvées ! Mon unique culotte avait un large trou. - Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse. - Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou Et je les écoutais, assis au bord des routes, Ces bons soirs de septembre où je sent
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" C'est moi ; - moi qui, du fond des siècles et des âges, Fis blanchir le sourcil et la barbe des sages ; La terre à peine ouverte au soleil souriant, C'est moi qui, sous le froc des vieux rois d'Orient, Avec la tête basse et la face pensive, Du haut de la terrasse et de la tour massive, Jetai cette clameur au monde épouvanté Vanité. vanité, tout n'est que vanité ! C'est moi qui mis l'Asie aux serres d'Alexandre, Qui plus tard changeai Rome en un grand tas de cendre, Et qui,
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Très-belle et amoureuse joue Sur laquelle mon cœur se joue Et mes yeux prennent leur repas, Joue faite mieux qu’au compas, Joue blanche, ou bien claire et brune Ronde comme un croissant de lune S’allongeant un peu vers la bouche, Qu’il me tarde que ne te touche Et te mesure avec la mienne, Laquelle chose en bref advienne, Ainsi que j’en ai le souhait. Ô joue gaillarde et dehait De qui tout amoureux fait fête Contemplant ta beauté parfaite. Joue de qui le