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Accents poétiques

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Es-tu d’Europe ? es-tu d’Asie ?
Es-tu songe ? es-tu poésie ?
Es-tu nature, ou fantaisie,
Ou fantôme, ou réalité ?
Dans tes yeux l’Inde se décèle,
Sur tes cheveux le Nord ruisselle ;
Tout climat a son étincelle
Dans le disque de ta beauté !


Sœur des Psychés, ou fille d’Ève !
Quand ma jeunesse avait sa sève,
C’était sous ces traits que le rêve
M’incarnait en un mille amours ;
Je leur disais : « Je vous adore !
» Ne disparaissez pas encore !… »
Mais ils fuyaient avec l’aurore,
Et tu renais avec les jours !

Oh ! pourquoi, divine inconnue,
Pourquoi si tard es-tu venue,
Du ciel, de l’air ou de la nue,
Passer et luire devant moi ?
Du regard je t’aurais suivie !
Ô Dieu ! qui me rendra ma vie ?
Ma part de temps me fut ravie,
Puisque je vécus avant toi.

Jour à jour, d’ivresse en ivresse,
Tu m’aurais conduit comme en laisse,
Sans autre chaîne qu’une tresse,
Depuis l’aube jusqu’au trépas ;
Sur tout l’univers dispersée,
Et dans mille coupes versée,
Ma vie, immobile pensée,
N’eût été qu’un pas sur tes pas !
 

··········

··········

 

··········

··········

 

 

··········

··········

··········

··········

 


Retour perdu vers l’impossible !
Le Temps, sous son aile inflexible,
A passé ma vie à son crible,
Ainsi qu’un rude moissonneur ;
Un peu de terre amoncelée
Dira bientôt dans la vallée :
« De ses jours la gerbe est foulée,
» Et voilà la part du glaneur ! »

Ces heures, en cercle enchaînées,
Qui dansaient au seuil des années,
Sortent du chœur découronnées,
Et leur aspect se rembrunit ;
La dernière vers moi s’avance,
Et du doigt me montre en silence
La couche où le sommeil commence
Sur un oreiller de granit.

Est-ce l’heure d’ouvrir son âme
À ces songes aux traits de femme,
Qui brûlent d’un poison de flamme
Les yeux d’abord, le cœur après,
Quand des jours l’espace et le nombre
Se borne au petit cercle d’ombre
Que décrit, sur un tertre sombre,
La flèche d’un jeune cyprès ?


Mais toi, si tu viens jeune encore,
Au bras de l’époux qui t’adore,
Voir une marguerite éclore
De ce gazon qui fleurit tard,
Dis, en marchant sur ma poussière :
« Celui qui dort sous cette pierre
» Conserve au ciel, dans sa paupière,
» Un rayon qui fut mon regard ! »


Illustration: Laurence attendant Jocelyn, JACQUAND Claude, 1836

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Commentaires recommandés

Jeep Plume expérimentée

Jeep

Semeur d’échos
Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un poème en tous points admirable: qualité de l’inspiration, harmonie des mots, régularité des vers et des rimes et quelle chute! Lamartine reste un maître absolu dans un siècle qui en fut prodigue.

Sophie Plume habituée

Sophie

Semeur d’échos
Posté(e)
  • Semeur d’échos

Vous avez entièrement raison, Jeep. C'est l'un de mes poèmes préférés. Il est intemporel et les images sont sublimes. Je vous fais une confidence. Mon premier prénom est Laurence.

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