Jump to content
Joailes

L'épouvantail

Recommended Posts

Joailes

Il s'en foutait complètement

que les oiseaux

mangent les cerises

il ne voulait pas leur faire peur

épouvanté lui-même

par ses propres habits

la culotte de la grand-mère

le chapeau du grand-père

le pantalon du père

et la chemise de la mère

 

il en avait assez

 

il rêvait de beaux costumes

et de bottes de foin

 

le fils est arrivé

il lui a mis sur le dos

son bel uniforme

sa chemise à jabot

son chapeau haut de forme

et ses bottes de sept lieues

 

l'épouvantail épouvanté

s'est enfui à toutes jambes

depuis qu'il attendait

qu'on lui remplace son balai

par deux pieds

 

il est parti

clopin-clopant

à travers champs

a ouvert le portail

s'est retrouvé en ville

 

les épouvantails passent inaperçus

dans les rues

il a voulu boire un café

mais n'avait pas de quoi payer

 

il s'est assis

a posé son chapeau

par terre

les passants lui ont jeté

des piécettes

sans le regarder

épouvantable, se dit-il,

épouvanté

 

à la fin de la journée

il a pu boire un café

dans le bruit

la pollution

l'indifférence

 

 l'épouvantail épouvanté

est retourné aux champs

pour protéger les cerisiers

et les oiseaux

 

il a jeté dans le ruisseau

l'uniforme

les bottes de sept lieues

 

il a repris ses vieux habits

et a souri

plus épouvanté du tout.

 

Tous les oiseaux sont venus

se poser sur lui

ça ne les avait pas empêchés

de manger les cerises

 

c'était la première fois

qu'on voyait des oiseaux

amis avec un épouvantail.

 

(J.E. décembre 2018)

 

 

  • Aimé 4

Share this post


Link to post
Share on other sites
Papy Adgio

Et c'est là que madame Epouvantail a son époux vanté ! Plaisanterie mise à part, j'aime beaucoup ce texte guilleret.

Share this post


Link to post
Share on other sites
Notabene

OU le pourquoi du comment les épouvantails des champs n'ont pas de pieds, contrairement aux épouvantails des villes 😉

 

J'aime bien ces textes où l'on voit ton imagination vagabonder avec des bottes d'au moins 7 lieues 🙂

 

Share this post


Link to post
Share on other sites
Frédéric Cogno

Un portrait merveilleusement poétique que je connais bien pour l'avoir abordé il y a longtemps. Ton style à la Prévert et ton coeur de poétesse signent encore une fois un très joli poème. 

Bravo Jo 

Share this post


Link to post
Share on other sites
Eathanor

Merci pour ce texte enjoué qui ne peut que faire sourire et mettre de bonne humeur Jo 🙂

Pour la petite histoire, je n'aime guère les épouvantails que j'ai toujours trouvé un peu effrayants. Sans doute ai-je été volatile dans une vie antérieure...

  • Haha 1

Share this post


Link to post
Share on other sites
Alcibiade

Tu fais surgir la poésie de la fable dans un style très personnel.

Il y a aussi une petite critique urbaine au passage qui me plaît bien.

Soyons oiseaux poètes chanteurs alors ! Ou bien épouvantails amicaux...

Share this post


Link to post
Share on other sites
Yguemart

@joailes Tu m'as fait pensé au Magicien d'Oz avec ton épouvantail épouvanté qui se carapate 😉

Share this post


Link to post
Share on other sites
Féludorée

@Alcibiade a mieux dit ce que je voulais te dire. Alors, je me contente d'écrire ce petit commentaire insipide...

Share this post


Link to post
Share on other sites
N'Silina

Joyeux, imagé, mouvant et poétique, j'aime beaucoup !

Share this post


Link to post
Share on other sites
Joailes

Merci à tous pour vos gentils commentaires. @Féludorée : aucun commentaire n'est insipide ! A chaque fois que j'en lis un, je ronronne de plaisir 🙂 Merci. 

Share this post


Link to post
Share on other sites
Fleur de poème

On est au cœur de la poésie avec ce texte plein de fantaisie, un épouvantail qui a peur et pourquoi pas !

  • Merci 1

Share this post


Link to post
Share on other sites
Margueritte C.

Sympathique vagabondage d'un épouvantail héros de conte qui a compris le bonheur du pré.

Share this post


Link to post
Share on other sites
Seawulf
Le 07/12/2018 à 09:51, joailes a dit :

Tous les oiseaux sont venus

se poser sur lui

ça ne les avait pas empêchés

de manger les cerises

 

c'était la première fois

qu'on voyait des oiseaux

amis avec un épouvantail.

 

 

Voilà une belle conclusion pour cet épouvantail sympathique vagabondant en périphérie de ses champs!

Share this post


Link to post
Share on other sites

Qui nous sommes

Association régie par la loi du 1er juillet 1901, Accents poétiques vise à promouvoir les auteurs littéraires méconnus ou peu connus à travers la publication de recueils à compte d’éditeur.

En offrant un forum de poésie à toutes les personnes désireuses de partager leurs muses, nous souhaitons également permettre à toutes les plumes de s'ébattre librement en ligne dans un cadre ouvert mais néanmoins garant d'une certaine qualité littéraire à travers les sélections de notre comité de rédaction.

Nos autres sites

×