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Marie Madeleine


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Joailes

 

 

Sur l'immense table de chêne

un seul couvert est dressé

pourtant, Marie Madeleine,

Dieu sait qu'elle a aimé !

 

La cuisine est immense.

Tous ces ustensiles

qui battent la cadence

et brillent sur le fournil,

 

inutiles. L'étage est condamné

si plein de présences et d'absences

dans les lits défaits où la lune s'est nichée

l'escalier y montait la souffrance

 

Elle est là, assise, toujours,

tandis que le sablier s'écoule,

à attendre des mots d'amour

dans les nuits soulevées de houle

 

Peut-être les a-t-elle entendus ?

Ses mains sculptées dans la stéatite

vers l'horizon étaient tendues,

veinées d'étoiles et de clématites

 

Dix ans déjà qu'elle est morte.

Quand ses fils sont venus,

elle était derrière la porte

mais ne les attendait plus.

(J.E. Octobre 2020)

  • Aimé 7
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Darius

La disparition d'un être aimé, la souffrance d'un amour perdu, la nostalgie des jours heureux qui ne sont plus, thèmes chers à Joailes qui s'en empare avec une sensibilité à fleur de peau. Cette Marie Madeleine, dévouée et aimante pourrait à l'instar de toutes les mères y ressembler : mères en solitude meurtries par l'indifférence de l'enfant.

Encore un beau moment d'émotion.

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Frédéric Cogno

Tu as les mots et les silences pour exprimer l'absence.

Il y a 12 heures, Joailes a écrit :

Tous ces ustensiles

qui battent la cadence

et brillent sur le fournil,

 

inutiles.

ça c'est très bien fait poétiquement. Bravo Joailes!

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Seawulf
Il y a 16 heures, Joailes a écrit :

Elle est là, assise, toujours,

tandis que le sablier s'écoule,

à attendre des mots d'amour

dans les nuits soulevées de houle

 

Attendre les mots rêvés depuis si longtemps, bien au-delà, de la lassitude. 

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Jeep

Le prénom de cette mère qui attendait en vain le retour de ses fils fait écho au personnage évangélique qui ne reconnaissait pas le Christ ressuscité alors que la tradition apocryphe en fait son épouse spirituelle.

Edited by Jeep
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Ouintenabdel

Bonsoir Joailes.  Superbe !  Comme vous savez peindre avec talent la vie de tous les jours des petites gens en proie à la solitude ! Le son « ence » : « immense », « cadence », « absence », «  souffrance »  évoquant la solitude (« un seul couvert ») dans la 1re partie du poème fait écho au son « ou » : (« toujours », « s’écoule », « soulevées », «houle »)  et aux sons « en » et "t/d" : («tandis », « attendre », « dans »,« entendus », « quand », « attendait » (2  fois)). Ces sons plutôt lugubres traduisent une certaine inquiétude, une certaine peur. La dernière strophe, opérant un flash back, un retour en arrière  inattendu, est fort émouvante. Un grand bravo. Un coup de cœur bien mérité !

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Lina

Admirable peinture de la dureté et de l'ingratitude de la vie.

J'en suis toute bouleversée. 

Je vous envoie un cœur ému. 

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