Aller au contenu
View in the app

A better way to browse. Learn more.

Accents poétiques

A full-screen app on your home screen with push notifications, badges and more.

To install this app on iOS and iPadOS
  1. Tap the Share icon in Safari
  2. Scroll the menu and tap Add to Home Screen.
  3. Tap Add in the top-right corner.
To install this app on Android
  1. Tap the 3-dot menu (⋮) in the top-right corner of the browser.
  2. Tap Add to Home screen or Install app.
  3. Confirm by tapping Install.

Les ombres numériques [Première partie]

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Les ombres numériques

 

Première partie

 

Alban aimait cette heure particulière du crépuscule. Sa nature un peu rêveuse se plaisait aux douceurs printanières des quais de Seine. Il regardait les arbres, amples mais jeunes encore, au feuillage tout neuf, et puis le ciel, impeccablement bleu, à peine taquiné de nuages qui frôlaient l’horizon. Sa solitude ne lui pesait pas. Il savait que dans quelques minutes, il retrouverait Sabrina au domicile conjugal, tout juste rentrée du travail. Ou pas. La belle tardait à rentrer parfois, des réunions tard le soir, disait-elle. Quelle importance, tout allait bien dans leur couple. Et peut-être un enfant l’été prochain.

Il regarda autour de lui. Des nez par dizaines sur des écrans miniatures. Oui, bien sûr, c’était l’époque des smartphones et autres ultra-portables. Un engouement certain et une aliénation encore plus certaine à ce rectangle lumineux. Le jeune homme portait, en dépit de son jeune âge, un regard assez critique sur ce monde numérique qui étouffait ceux qui l’embrassaient. Il fut soudain frappé par un fait étrange : ce soir-là, les adeptes des féeries informatiques semblaient particulièrement hypnotisés par le spectacle auquel ils assistaient. Ils paraissaient parler dans le vide, ou plutôt parler « au vide ».

Les passants, pour la plupart fascinés par les écrans, avaient l’œil trouble et, quasi hypnotisés, faisaient penser davantage à des morts qu’à des vivants. En revanche, cela pépiait dru à l’autre bout du fil. Curieusement, tous les promeneurs recevaient le même message, répété en boucle, et prononcé sur un timbre suraigu : « garder l’écoute, gardez l’écoute, gardez l’écoute ». Alban put l’entendre sur la totalité de son parcours. Il regagna finalement son trois-pièces au second étage d’un immeuble cossu du boulevard Saint-Germain. Sabrina était là, ce soir, à l’heure habituelle.

Avant qu’il ait pu s’en réjouir, la jeune femme, très inquiète, lui fit part de son trouble. Informaticienne chevronnée, elle avait assisté dans l’entreprise de pointe qui l’employait à un curieux spectacle : les smartphones des employés et de la direction avait paru se conjuguer pour faire passer un même message, assez curieux, à la même heure, à quatorze heures : « il est minuit, dormez, bonnes gens ». Puis cela s’était calmé. Ses collègues avaient haussé les épaules, habitués aux caprices de leurs petites merveilles mais en ce qui la concerne, elle avait voulu en savoir davantage. L’apathie et la passivité n’étaient pas dans son caractère.

Les tests auxquels elle s’était livrée avaient confirmé son hypothèse : une mystérieuse entité avait surgi au sein de chaque machine, s’était ramifiée puis s’était fondue avec ses voisines au sein d’un même réseau d’énergie globale. Ce qu’ils avaient perçu était en fait un test. Chaque portable, chaque smartphone semblait donc avoir un double, ou une ombre, numériques et ceux-ci s’étaient réunis sans tarder. Quelle horreur ! Le monde numérique était donc désormais dédoublé et sa puissance, décuplée. Alban posa de nombreuses questions à la jeune informaticienne. Celle-ci ne put expliquer la nature ou la cause de ces phénomènes étranges. Reste que quelque chose avait changé dans leur monde. Et ce quelque chose était effrayant, car nul ne pouvait le maîtriser.

La soirée fut assez tendue dans le foyer d’Alban, Sabrina restant très inquiète. Puis les deux jeunes gens allèrent se coucher après avoir regardé un vieux film sur l’écran de leur téléviseur du salon. Dans le lit conjugal, la jeune femme s’endormit très vite mais Alban resta éveillé un long moment. Il repensa à la scène sur les quais de Paris, puis aux révélations de sa compagne. Une illumination le terrassa soudain : oui, c’était certain, la prochaine étape serait la prise de pouvoir par les Ombres numériques, après leur naissance, puis leur réunion au sein d’un même réseau.

Il fallait absolument éviter la troisième étape du processus. Il était déjà presque trop tard : les collègues de Sabrina, les passants sur les quais de Seine… et sans doute bien d’autres victimes de ce péril aussi obscur que numérique. La suite serait pire. Après le flou, viendrait la nuit de la conscience. Alban réveilla Sabrina qui s’était endormie. La jeune femme se réveilla en sursaut. Elle faisait justement un cauchemar, expliqua-t-elle à son compagnon. Elle rêvait que les ombres numériques prenaient le contrôle total des consciences et dirigeaient les êtres humains à leur gré dans un monde nouveau.

 

(À suivre…)

Account

Navigation

Configure browser push notifications

Chrome (Android)
  1. Tap the lock icon next to the address bar.
  2. Tap Permissions → Notifications.
  3. Adjust your preference.
Chrome (Desktop)
  1. Click the padlock icon in the address bar.
  2. Select Site settings.
  3. Find Notifications and adjust your preference.