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Souvenirs d’enfance (Deuxième partie)

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  • Semeur d’échos

Souvenirs d’enfance

Deuxième partie

 

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Le grenier de tante Sybille, avec le concours de l’IA

 

J’avais eu le malheur de rester parfois en la compagnie mélodieuse de tante Sibylle certains après-midis pluvieux et je l’avais bien regretté. Heureusement, les pièces ont des portes grandes ouvertes, la plupart du temps. On ne clamera jamais assez le bien-fondé de cette disposition architecturale. Je m’évadais alors au grand galop dans la bibliothèque ou rejoignais le grenier de la villa, qui me semblait une vraie caverne d’Ali Baba.

Il m’était arrivé cependant d’assister une ou deux fois tante Sibylle dans ses concerts « involontaires », proposant parfois mon aide ou un verre d’eau. Mais Tatie avait réponse à tout. Tantôt, je rêvais toute éveillée, tantôt je devrais demander à mes parents de me faire consulter un audioprothésiste. Son estomac était des plus silencieux, c’était une évidence. Quant à son ventre, n’en parlons pas, seuls les ânes pouvaient en douter. Une fois, une seule fois, tante Sibylle avait reconnu être à l’origine de certains gargouillis désolants. Elle s’était aussitôt lancée dans de grands discours sur l’origine mythique de semblables discours « ventribulaires », leur prêtant une vertu divinatoire. Elle ne gargouillait pas, elle « voyait », elle ne se fichait pas du monde, elle « savait ».

N’étant ni superstitieuse ni crédule, je n’avais pas mordu à l’hameçon. Tante Sibylle, peu découragée, avait enchaîné aussitôt, dans un flot de paroles, sur un remède miracle dont elle avait la connaissance et l’exclusivité. Bondissant de son canapé où elle était à demi allongée, languissante, elle avait couru je ne sais où et avait reparu, tenant victorieusement entre ses doigts une fiole magique. De l’alcool de menthe médicinal à quatre-vingt-dix degrés !

À la bonne heure. C’était l‘heure de l’apéritif, sans doute. Ma grand-tante avait bu la quasi-totalité du flacon en un clin d’œil puis, l’air jovial, m’avait demandé de lui dénicher dans la bibliothèque Le Tour du Monde en trente-deux secondes, de Jacques-Alain Piécette. Autant dire que je serais toujours en train d’essayer de trouver ce fameux ouvrage si le maître d’hôtel ne m’avait conseillé, lors de sa ronde ce soir-là, de cesser mes recherches. Ce fameux ouvrage n’existait évidemment pas.

« Quelle farceuse, cette dame aux gargouillis ! ». Ce fut à cette occasion que je pris connaissance de l’opinion du personnel de la villa sur leur employeuse : elle n’était pas brillante. Outre son perroquet jaune et bleu dont elle raffolait et qui les faisait damner par ses caprices, ils déploraient tous son manque d’empathie et son goût pour l’affabulation. Je me tins, pour ma part, en écoutant les doléances du maître d’hôtel, dans une réserve prudente. Se retrouver coincée entre le marteau et l’enclume n’est pas une posture très confortable. Et c’était la mienne à cet instant précis.

Cela dit, mes vacances d’été avec la grand-tante Sibylle se déroulaient la plupart du temps de façon fort agréable. Surtout lorsque ma tante recevait une de ses connaissances, ce qui était assez fréquent, et que je pouvais explorer la vaste demeure à mon gré ou m’échapper sur la plage à proximité en catimini. Je ne m’en privais pas. Les découvertes que je fis à cette époque dans son grenier ou sur le rivage sont encore dans ma mémoire.

Livres, armes anciennes, masques de Venise, bibelots exotiques, plumes de paon, un véritable trésor était dissimulé dans le grenier. Jusqu’à un manuel ancien de sorcellerie et magie médiévale caché dans un coin sous une montagne de poussière et quelques souris couineuses ! J’avoue avoir été plus effrayée que séduite par ce dernier ouvrage (non par les souris, je les trouvais plutôt mignonnes). Je ne voulais pas me retrouver avec des cornes de bouc subitement plantée dans le crâne. À huit ans, on est craintif, n’est-ce pas ? Quant aux coquillages que je ramassais dans le sable lors de mes virées sur le rivage, ils ne m’ont jamais quittée.

En tout cas, tante Sibylle cachait bien son jeu, sous son apparence de vieille dame fort digne. Qui sait si un cadavre n’était pas caché dans un de ses innombrables placards ? C’était fort possible. Mais les meilleures choses avaient hélas ! une fin. Le mois d’août finissait pas arriver à son terme, mes parents passaient chez Tante Sibylle pour me cueillir au vol, me ramener à Paris et déposer leur paquet de fille dans un pensionnat pour le reste de l’année. Ah ! Les jolies vacances chez ma grand-tante Sibylle ! C’est toujours une belle émotion d’y repenser.

 

FIN

 

 

Modifié par Alba

  • Le titre a été modifié en Souvenirs d’enfance (Deuxième partie)
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